26 novembre 2008

Drôle de débat, drôles de médias

J'ai écouté le débat d'hier à la radio. J'en garde un souvenir confus ce matin. Beaucoup d'échanges se sont perdus en devenant des monologues parallèles, chacun enterrant l'autre pendant que Stéphane Bureau était impuissant à ramener l'ordre. Généralement en donnant la parole à Charest. Qui en profitait pour débiter ses platitudes habituelles, cet homme me hérisse quand il joue au partisan.

Je n'aime pas tellement Pauline (il n'y que des prénoms au PQ cette saison) mais je dois dire qu'elle s'en est bien tiré, minouchant suavement son programme et jouant la déterminée quand venait le temps de donner quelques baffes (méritées) à notre poodle national qui japillait trop. Juste assez compatissante avec Mario pour ne pas effaroucher sa base électorale, avec ce ton doucereux et ferme d'une travailleuse sociale intervenante. Dumont a été égal à lui même. Démagogue à clips, il a su garder son monopole du gros bons sens et esquiver les conséquences de ce qui lui tient lieu de programme.

Sur le fond, Charest a fait une bonne imitation de la tradition bourassiste chère aux libéraux. Prospérité économique et lénification générale des esprits, tout ira très bien. Pauline, qui partage en gros le même programme, à la souveraineté près, a su marquer cette différence sans trop s'alourdir. Quant à l'ADQ, on cherche encore la substance sous les slogans.

Le cas de l'éducation est patent. Marois et Charest s'entendent pour diminuer la taille des classes ce qui, sans être la panacée qu'on croit, aidera au moins les profs à mieux encadrer les cas lourds de plus en plus nombreux dans les classes. Les deux savent que la réforme pourra être utile à faire face à des élèves trop souvent passifs, zombifiés par la télé, les ordis ou le joint de pot occasionnel. Mario rêve quant à lui d'un high school américain du Kansas des années 1950 et oublie qu'on y trouve parfois maintenant des détecteurs d'armes aux entrées. Ce qui est possible à Rivière-du-Loup ne l'est pas nécessairement dans Côte-des-Neiges ou Montréal-Nord.

Au total, Charest a un peu perdu parce que le jupon de son arrogance du premier mandat dépassait trop souvent, ce qui va lui nuire. Pauline Marois a gagné sûrement en stature: si elle a réussi à moins m'énerver que d'habitude peut être saura-t'elle également ramener les brebis dispersées de son troupeau. Mario Dumont a joué les cordes sensibles de son électorat créditiste et conservateur, là aussi il sauvera quelques meubles ce qui, dans le camp adéquiste, décrit bien son équipe.

***

En ouvrant le compte rendu du sondage de La Presse tôt ce matin sur Cyberpresse on lit (lisait?) ceci :
Trente-huit pour cent des répondants qualifient la performance de la chef péquiste d'«excellente» ou «très bonne». C'est huit points de pourcentage de moins que le chef libéral Jean Charest, qui récolte 30% d'appuis très positifs.
On manque de calculatrices, rue Saint-Jacques.

***
En quête de live blogging suis allé lire Patrick Lagacé et Michèle Ouellet dans Cyberpresse. Entre leurs commentaires sur les sujets on y débat surtout esthétique, entre Botox et perruque.

Édifiant.

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Toujours chez Gesca: match nul, Mario gagne, Charest convainc, pas Marois. Leur propre sondage les contredit, mais une seule chose compte.

L'actionnaire est content.

25 novembre 2008

Questions pour un débat

Je ne sais pas encore si j'écouterai le débat des chefs, possible point tournant de la campagne électorale au Québec. Je crains qu'il ne soit aussi somnifère que le reste. Mais voilà que Michel David du Devoir a décidé de poser les vraies questions. À choix multiples, en plus. Petit échantillon sur le thème de l'économie:
«Économie et finances

À Jean Charest: Quelle est la meilleure illustration de votre capacité de mener de grands projets?

a) la centrale thermique du Suroît

b) le déménagement du casino

c) le CHUM

À Pauline Marois: Quelle est la meilleure illustration de la bonne gestion économique d'un gouvernement péquiste?

a) le métro de Laval

b) la Gaspésia

c) les 771 millions perdus par la SGF

À Mario Dumont: Puisque Gilles Taillon semble résolu à quitter la politique, qui serait votre ministre des Finances?

a) moi

b) ma conjointe

c) j'abolirais le ministère»
Tout le reste est à lire.

20 novembre 2008

Déjà vu

Alors que les mauvaises nouvelles financières s'accumulent quelques blogues économiques se tournent au delà de la crise de 1929 pour aller vers la Grande dépression des années 1873 à 1890.
Le parallèle est troublant.

19 novembre 2008

Un candidat différent

J'aime bien Victor-Lévy Beaulieu. C'est une grande gueule qui, à lui seul, a plus d'humour que les trois chefs de partis qui nous affligent. Il est candididat indépendant-iste dans Rivière du Loup. Si c'était mon coin, je voterais pour lui, ne serait-ce que pour améliorer le niveau du discours politique. Son site web vaut un petit détour.

5 novembre 2008

Une belle victoire ?

Il devait être 10h 30 hier soir quand je me suis couché, trop endormi pour attendre la fin officielle de l’élection américaine dont le résultat était déjà évident. Toute la journée, je naviguais entre deux intuitions sur les résultats. Soit une heureuse surprise et un raz-de-marée démocrate au-delà des espérances, ou, au contraire, une victoire d’Obama un peu plus en demi-teinte. Levé trop tôt ce matin, je n’ai pu constater qu’un résultat plus près de ma deuxième idée.

En bon québécois qui aime les louseurs, j’ai commencé par écouter le discours de concession de McCain Un discours généreux, ouvert et rassembleur, digne de cet homme que je ne peux m’empêcher de trouver sympathique. Et pourtant, on sentait la hargne de son auditoire qui ne se gênait pas pour huer à chaque fois le le nom de l’adversaire honni était prononcé. Réflexe fanatique que l’inconsciente Palin a su si bien attiser ces derniers mois.

J’ai écouté ensuite le discours victorieux et noble d’Obama. Il était émouvant, à la hauteur du grand orateur qu’il est. Mais est-ce moi ? Il me semble que je l’ai vu presque agacé vers la fin quand la foule reprenait comme une incantation guerrière le yes we can qui revenait en refrain dans sa péroraison ? Et si cette victoire n’était pas si triomphale ?

En bon géographe, je retourne donc aux cartes. À celles si bien faites du New York Times qui m’ont accompagnées hier soir dans ma soirée électorale, mes quelques échappées vers les réseaux n’ayant que confirmé mon allergie au clinquant et à la superficialité télévisuelles. C’est que ces cartes ont quelque chose que la plupart de celles que j’ai vues n’ont pas : la profondeur du temps. On peut y comparer les résultats depuis 1992. Et comme aux USA all politics are local voici celle du vote d’hier par comtés :



Et voici celle de la deuxième élection de Clinton en 1996 (celles de 1992 et de 2000 sont assez semblables)




Et c’est là que s’éclaircit mon analyse : Obama et les démocrates avec lui n’ont pas su rejoindre l’Amérique rurale profonde hors de la Nouvelle-Angleterre et de la région des Grands-Lacs, ce que Clinton avait réussi à faire. Il lui faudra donc aller vers ce terrain probablement pas naturel aux démocrates. Je lui souhaite d’être à la hauteur de ce grand défi : la crise qui s’en vient est profonde et les Etats-Unis que lui laissent le calamiteux Bush sont affaiblis.

Espérons qu’il sache construire des ponts qui aillent quelque part, les autres étant une spécialité de l’Alaska.

27 octobre 2008

Des élections, Encore ?

C'est sans doute un ballon électoral que vient de lancer Jean Charest. Pas sûr que l'opinion ne le suive, déjà que les élections fédérales n'ont rien changé ou presque, je ne sesn pas tellement les québécois avoir autre chose que le goût de réélire à peu près la même Assemblée nationale. En ce sens, l'analyse de Chantale Hébert est pertinente: l'électorat est volatil. Il ne serait pas étonnant que les sondages qui laissaient croire au retour de certains adéquistes (je ne parle pas de députés) vers les libéraux donnent une autre lecture une fois la campagne lancée.

C'est que l'adéquisme est un phare. Non pas que les idées de Mario Dumont soient particulièrement brillantes, mais bien parce qu'elles allument l'électorat par intermittence. Possible que ces élections dont personne ne veut ramènent à l'ADQ les gens de rien inquiets de la situation économique.

À moins que ce qui s'annonce au plan économique ne serve d'alibi à Charest pour tenter d'aller chercher un mandat fort avant que ne ça devienne pire.

Pas très réjouissant tout ça.

25 octobre 2008

Rien à dire ou plus

Ce soir, je n'ai rien à dire que des banalités. De rénos ou d'autrement. Alors on laisse la place à d'autres qu'on invite sans que les os leur fassent mal.
Une vieille habitude de radio. Quand il fait chaud en juillet.



Chanson d'automne aussi.

22 octobre 2008

Le temps qu'il fait

Ce matin en me levant très tôt pour terminer de corriger une pile de copies :


Oui c'est un cliché mais je ne pouvais pas y résister ;-)

16 octobre 2008

Nationalisations

Si je comprends bien, la France et les Européens nationalisent partiellement des banques déjà nationalisées autrefois ?

Socialisation des pertes et privatisation des profits qu'y disaient.

14 octobre 2008

Élections

Dans une heure on pourra avoir les résultats des élections. Mais je me doute tellement du résultat. Pour résumer, les conservateurs vont perdre trois ou quatre comtés dans l'Atlantique au profit des libéraux. Au Québec, le Bloc va probablement gagner 4 ou 5 circonscriptions sur les conservateurs, au Saguenay et à Québec mais la tarte du patrimoine restera là, l'ex de Mme Couillard aussi. Peut-être un ou deux gains libéraux à Montréal dont hélas celui du fils de.

Dans le reste du Canada, les conservateurs vont probablement grignoter quelques libéraux dans les banlieues de Toronto, mais moins qu'on ne le croit. Dans les Prairies, les quelques points rouges ou jaunes de la mer bleue disparaitront au fur et à mesure qu'on s'approchera des Rocheuses. Comme toujours, la Colombie-Britannique votera n'importe comment.

Et Harper sera minoritaire.

Il est 20h 55, je m'endors déjà un peu.

11 octobre 2008

Crises

Et pour l'ambiance ce hit instantané d'octobre 1987, du temps où je faisais de la radio.


Si ma contribution à la blogosphère a fondu comme le Dow Jones ces derniers jours, ce n’était pas faute d’en lire. Depuis mars j’ai pris l’habitude de lire beaucoup de chroniques économiques, aussi les turbulences des dernières semaines ne m’ont pas tellement surpris. Il y a l'incontournable Paul Krugman au New York Times, économiste patenté qui, voyant les hésitations des politiciens à faire face à la crise, reprenait ce mot: «We are a Banana Republic with nukes». On verrait bien en effet Bush à la tête du San Theodoros. D'ailleurs le caricaturiste Ted Rall le voit aussi:




J'aime bien aussi Naked Capitalism d'abord pour le titre et ensuite pour les analyses critiques des nouvelles économiques. Le plus noir de ces blogueurs est sans doute l'économiste Nouriel Roubini, surnommé Dr. Doom par le New York Times. Sur son site RGE Monitor il a prévu dès février la longue décomposition du système financier mondial. Et pendant que j'écris ces lignes, les ministres des finances du G20 discutent des mesures à prendre on souhaite qu'ils aient lu sa dernière analyse. Et je suis assez pessimiste sur les résultats.

Au fond, cette crise financière était assez prévisible. La bulle immobilière américaine (mais aussi européenne) ne pouvait pas tenir: le prix des maisons ne peut pas augmenter indéfiniment de 10% par année. De même, les outils de financement sophistiqués ne peuvent pas créer des capitaux qui n'existent pas. Mais si je n'ai aucune pitié pour les boys à MBA qui se retrouveront à la rue, j'en ai pour tout ceux qu'on a bernés dans ce système. Pour les retraités qui voient fondre leurs épargnes de jour en jour. Pour les gens de classe plus ou moins moyenne qui perdent leur maisons. Chez Calculated Risk, autre fine lame de l'analyse financière j'ai vu ce video assez triste et dérisoire sur les conséquences étranges de cette crise. C'est en anglais mais je ne résiste pas à la mettre ici. La présentatrice est, disons assez californienne.




En tout cas. Reste à souhaiter que les dirigeants politiques et les rapaces de la finances apprennent la leçon.

On peut toujours espérer.

10 octobre 2008

De retour

Trois mois sans rien écrire ici. Pas tant que je n’avais rien à dire mais que je n’en avais pas le goût. Attendre l’été pour qu’il arrive à la rentrée. Et avec lui le prétexte de ne plus avoir de temps. Grosse session à temps plein. Et maintenant une pile de copies assez haute pour me redonner le plaisir de procrastiner la correction.


Passer du temps à me demander s’il ne serait pas plus simple de mettre un pont final à ce blogue. Mais ceux qui me connaissent savent que j’ai horreur de finir les choses. J’aime garder une porte ouverte au cas où. Attendre.


J’ai passé une bonne partie de l’été à attendre. Que le l’été arrive. Que finisse mon cours aux adultes. Que j’aie le courage d’arrêter de fumer. Que j’aie une occasion d’aller à Québec. Que ça me tente d’écrire. Que je devienne cinquantenaire. Que l’éclairage soit parfait pour prendre la photo du jardin que Carole m’a demandée.


Et l’été s’est passé.

L’automne est superbe.


Assez pour redonner le goût d'écrire.

19 juin 2008

Les petits bonhommes

Tout d'abord, deux mots pour rassurer mes rares lecteurs, je suis bien vivant, quelque part entre le jardinage intensif et le repos. Les vacances sont presque là et l'automne s'annonce occupé. Il s'ensuit que le chaouin normal prend un peu de repos préventif.

***

Depuis un an ou deux, j'avais remarqué d'étranges petits panneaux qui apparaissaient ici et là à Sherbrooke. Des petits bonhommes à coeur gros, sur des bouts de planches ou de plastique récupérés, affichés un peu partout en ville.

Au début, il y en avait beaucoup autour d'une peine d'amour. Puis d'autres plus joyeuses.
Et d'autres ironiques
Et de plus en plus des idées, des commentaires sur le monde.




Renseignements pris, on m'a dit qu'il s'agit d'un certain Yannick. Il habite en ville, a des idées de gauche. Un gars gentil dont tout le monde me parle en bien. Et pour cause. Voilà de l'art vivant. Plus intégré que plein de commandes officielles. Un art secret à la vue de tous mais que personne ne voit, sauf peut être ceux qui regardent encore la ville.

Il y en a plus qu'on pense.

4 juin 2008

Pour saluer Obama

Il n'était pas mon premier choix, au moins avec la Clinton on savait à quoi s'attendre. Je le trouvais grandiloquent mais les américains ont tellement besoin de croire...



Dans ce duo, la blonde (Dinah Shore) écoute et essaie de suivre Mahalia Jackson qui est probablement la seule personne qui me ferait croire en quelque chose. Allez voir cet extrait de spectacle où des bobos européens, vaguement encore colonisateurs des années soixante, écoutent cette grande chanteuse . Juste le lien, parce que ça se regarde plein écran.

We shall overcome

26 mai 2008

MASH

Il doit y avoir plein de meilleures satires,
Avec salutations à Mistral qui m'en a souvenu.

4 mai 2008

Une solution au prix du pétrole

Le monde globalisé dans lequel on vit a parfois de ces étrangetés. Ainsi, en Inde, dans le Rajasthan le chameau est plus rentable que le tracteur.
À quand le retour du cheval canadien *?

* Il ne me semble pas particulièrement coast to coast, ce cheval qui a un « tempérament énergique et ardent, doux et docile en même temps. Il est très polyvalent, rustique et frugal. Il est fort, d’une endurance et une robustesse légendaire.» comme il est dit ici.
Toute ressemblance avec le bon vieux canadien-français étant ce qu'elle est.

29 avril 2008

Absent

Pour cause de bronchite enfin finie.
Pour cause de trop beau temps
Pour cause de trop de cours à préparer
Pour cause de jardinage hâtif
Pour cause de trop de choses à lire

Parce que les piles de copies à corriger concomitantes

15 avril 2008

Point qc tout court

J'aime bien Daniel Turp. Dans la députation péquiste il me semble plus original que bien des vieux de la vieille pourtant plus jeunes que lui. Et voilà qu'il lance une pétition pour que point qc soit reconnu comme le .cat de la Catalogne. Je ne vois pas pourquoi non.
Même le parlement fédéral prétend que nous sommes une nation.
Alors j'ai signé.

12 avril 2008

Une ballade

Bien sûr, il y aurait beaucoup à dire. Sur l'épidémie de chauvinisme imbécile qui accompagne maintenant la fièvre des séries éliminatoires de hockey à grands coups de drapeaux probablement made in China. Sur cette étrange et inquiétante spéculation dans les céréales: prélude de choses graves à venir ou grand final cacophonique des spéculateurs financiers ?

***

Mais il y avait cette éclaircie inespérée tantôt, tant pis pour les piles à corriger, je sors en profiter. Amenons le kodak.

Le jardin sort de sa gangue de neige. Il y a même des tulipes qui pointent. Le rhododendron a bien passé l'hiver.

Clin d'oeil à un nouvel ami de blogue: notre inukshuk est toujours dans son élément.

La plate-bande à l'avant est plein Sud alors les crocus en ont profité pour s'ouvrir un peu aux quelques rayons de soleil.
Au premier grand redoux du printemps, il y a deux semaines, on a eu des moment magiques de soleil et de brume.
Mais aujourd'hui c'est plus gris. En passant, vous ne voyez pas ce pylône que dans sa vision à courte vue, le conseil municipal à préféré à l'enfouissement pour faire quelques économies de bout de chandelles. Mais la grande révolution prolétarienne s'en vient bientôt:

À voir ces affiches, un gars comme moi qui a connu la prolifération des groupuscules de gauche des années 1975-1980 se dit que c'est normal. Comptez sur les conservateurs pour augmenter le budget des provocateurs des services secrets ;-). Quand même incroyable de croire encore en ces choses en 2008 ! Ça m'apprendra à vivre proche d'un cégep.

En traversant à l'épicerie coup d'oeil à la jauge de la rivière:
et au retour:
Mais c'est qu'elle a monté de deux pouces en une demie-heure... à surveiller donc.

Gros changements dans le quartier: L'hôtel Albert, un chic endroit que les sherbrookois connaissent tous mais que personne ne fréquente, se refait une beauté mais fait dur en attendant:
C'est que la ville a décidé de construire un HLM pour redonner du lustre à ce coin déchu de Sherbrooke les fantômes habitent ce vieux bloc:
Et pour sa dernière séance, le cinéma Capitol est devenu un théâtre grec:
Oui, tout ça est gris. C'est que le printemps québécois est d'abord sale et poussiéreux. Puis il explose. Tout devient vert tendre. Les forêts reprennent les couleurs de l'automne mais dans des tons pastels. Les soirées sont toutes de brises douces. C'est le paradis.
Jusqu'à ce que les maringouins et les mouches noires sortent.

Le lendemain, d'habitude.

29 mars 2008

Les temps modernes

Il fait soleil, mais le fond de l’air est froid. Le froid sec et bleu de l’hiver avec un petit vent qui balaie toute chaleur qui pourrait s’accumuler. Pourtant, les bancs de neige de la rue fondent un peu, comme s’ils étaient gênés d’être encore là si tard. Celui qui couvre la plate-bande d’en avant a assez reculé pour laisser voir la terre. Et ce matin, au pied de la petite falaise blanche, quelques pointes de crocus.
Ça achève.

***

Et lisez le Foglia d’aujourd’hui. Plongée dans le monde ordinaire et à partir de la mort d’une usine, celle d’une époque où l’Humain restait au dessus des machines. Les rouages des temps modernes qui écraboullaient Charlot sont aujourd’hui des impulsions électroniques qui changent les bilans financiers qui commandent des rationalisations pour le grand bien des actionnaires. Dont nous sommes par toutes les Caisses de Dépôt du Monde.

Les sciences administratives sont la forme la plus dévoyée des sciences humaines.

C’est d’ailleurs pour ça qu’elles sont bêtement administratives.

Et ne tuent que ceux qui y croient.

19 mars 2008

La chanteuse

Ginette Reno est l'archétype de la chanteuse québécoise. À cette exception près qu'elle est une vraie chanteuse. Probablement la seule à devoir chanter à 3 pouces du micro parce qu'elle a de la voix, elle. C'est une chanteuse soul. Une négresse blanche d'Amérique.
Ce soir là, elle a été le Québec.


En 1975, une certaine Saint-Jean.

16 mars 2008

Ça sent très mauvais

Passé une fin de semaine grippé à vedger sur internet. Pour me rendre compte que je ne suis pas le seul grippé. Je ne suis pas économiste, mais à lire le blogue de Paul Krugman du New York Times et à fréquenter quelques autres sites d'économistes, je deviens un peu parano.

La palme de l'alarmisme est ici. Et ça craint.

M'est d'avis que les prochaines années ne seront pas drôles.

Surtout qu'on veut nous rassurer.

4 mars 2008

L'accent québécois enfin expliqué

Dans Le Soleil d'aujourd'hui enfin une confirmation de ce que j'ai toujours pensé:
«Les Français disent au départ que l’accent des Canadiens est identique à celui de Paris, puis, au XIXe siècle, ils disent qu’il est tout à fait différent. Alors, comment l’expliquer? Ce ne sont pas les Canadiens qui avaient changé leur façon de parler, mais bien les Parisiens. Donc, il fallait chercher comment eux avaient changé», (...)

Pendant longtemps, deux modèles de diction ont coexisté dans la Ville lumière, souligne M. Gendron : le «grand usage», qui était la langue savante des discours publics, employée au Parlement de Paris, dans les cours de justice, par la bourgeoisie instruite et au théâtre; et le «bel usage», utilisé en privé dans les salons de la noblesse. Sa prononciation, plus relâchée que celle du grand usage, devait paraître «naturelle», c’est-à-dire ni vulgaire, ni affectée.

Elle avait tendance à tronquer certaines lettres et faisait rager beaucoup de grammairiens français. Le bel usage prononçait ainsi, entre bien d’autres : «leux valets», «sus la table», «quéqu’un», «velimeux», «des habits neus», «ostiner», «neyer» (noyer), «netteyer», «frèt», etc.

«On dit dans le discours familier qu’il fait “grand fraid” (…) mais en preschant, en plaidant, en haranguant, en déclamant, je dirois “le froid”», écrivait par exemple le grammairien français Gilles Ménage en 1672. (...)

Mais la haute société parisienne, qui a longtemps flotté entre les deux accents, bascule totalement à la révolution de 1789. Le roi de France, ou le «rouè», comme il disait peut-être, est décapité. L’aristocratie, dont le prestige donnait jusque-là préséance au bel usage, fuit la France (quand elle le peut), ce qui laisse toute la place à la bourgeoisie et à «sa» manière de parler. La révolution, écrit M. Gendron, «sera en même temps politique et linguistique. (…) L’autorité et le prestige acquis par les gens de lettres vont leur conférer le pouvoir d’influencer la langue, en devenant le modèle à imiter».
Ce qui prouve que:
1) Le bobo parisien n'est pas une invention récente.
2) Les Québécois ont un parler aristocratique, ce qui est normal puisque nous sommes toujours en monarchie.

Merci à Gérald de m'avoir signalé l'article

Note: le monsieur Gendron (Jean-Denis) dont il est question dans l'article est un professeur de phonétique retraité de l'Université Laval qui vient de publier D’où vient l’accent des Québécois? Et celui des Parisiens? aux Presses de l'Université Laval

1 mars 2008

Grandes et petites tribus.

Plus ça va, plus je commence à comprendre les coups de gueule de Victor Lévy Beaulieu. Bien sûr, son geste de brûler symboliquement sa Grande tribu relève un peu de l’esbroufe qui fait les bons lancements mais le geste n’en a pas moins une portée plus que symbolique, celle du désarroi de son auteur :

Près de cinquante ans après m’être mis par l’écriture à rêver et à agir, je constate que nous n’avons jamais été aussi loin de l’indépendance que nous le sommes actuellement : nos élites n’ont jamais été aussi veules, même dans les chartes qu’elles nous ont imposées et qui consacrent le seul droit que nous avons encore, celui d’être aliénés ou aliénables.

Fini l’unilinguisme de la Loi 101. Bienvenue au bilinguisme pour tous et, pourquoi pas, au multilinguisme. On ne sait pas apprendre à nos enfants ni à lire ni à écrire le français, mais c’est parce qu’on a besoin d’être immergés, non pas dans la langue de Molière, de Tremblay ou de Lepage, mais dans la mer anglophone.

Pour ces étranges mondialistes-là, on ne devrait même plus avoir de relations privilégiées avec la France. Voyez-vous, elle n’a plus rien d’un empire, tandis que les États-Unis en sont un. Bien sûr, on est contre les guerres que provoque l’empire le plus militaire qu’on ait eu à subir sur la planète, mais qu’importe ! C’est avec l’empire qu’on fait de l’argent.

Demain, on apprendra le mandarin et le cantonais pour les mêmes raisons, non pas pour mieux communiquer culturellement avec le monde comme le prétendent les mondialistes, mais pour mieux y faire de l’argent sale, comme c’est le cas avec le Canada qui, depuis le début de la guerre en Irak et en Afghanistan, est devenu avec les États-Unis, la Chine, la Grande-Bretagne, la Russie et la France, l’un des grands marchands d’armes sur la planète.

On voit le désastre que cela donne en Afrique et dans tous ces pays dits hypocritement en voie de développement : des massacres, des génocides, la mort de millions de personnes, le déplacement de millions d’autres, une pauvreté endémique et les sales maladies qui vont avec.

Il est difficile dans des médias qui, pour la plupart, appartiennent à des intérêts étrangers, de s’y faire entendre vraiment. Même quand Le Devoir promeut le bilinguisme pour tous, on ne peut que désespérer de notre avenir collectif.

Si nous-mêmes comme peuple nous tombons à pieds joints dans l’anglomanie, comment voulez-vous que le français puisse avoir une force d’attraction suffisante pour que les immigrants s’y adonnent véritablement ?

Tout cela pour vous dire que mon désarroi est grand aujourd’hui. Ce Québec français, pacifiste, soucieux des minorités souffrantes d’ailleurs, on est en train de nous l’enlever. Moi, je me sens orphelin ces jours-ci. Doublement orphelin. Orphelin sur ma terre natale, Trois-Pistoles, qui a refusé que je lui redonne ce qu’elle m’avait prêté à ma naissance : ce sens de la culture et son inscription dans la modernité.

Orphelin aussi parce qu’à Montréal on dit de moi que je représente le Québec ancien dont on ne veut plus, que je suis une manière d’ayatollah, sinon de taliban arriéré dont on souhaite la mort, comme l’ont écrit deux lecteurs du journal Le Devoir qui a publié la chose sans sourciller. Imaginez si on avait écrit cela d’un membre de la communauté juive ou d’un musulman ! Le Devoir aurait-il été aussi néolibéral ?

Ce n'est plus la faute à Papineau de VLB, repris par Vigile

Je ne suis pas aussi nationaliste que VLB. Je parle et lis l’anglais. Je n’ai rien contre l’amélioration de son enseignement au Québec. Mais je ne suis pas non plus dupe. Au Saguenay, on est quand même plus bilingue que dans n’importe quelle région comparable du Canada anglais. Pire encore, l’utopie du Canada bilingue à la Trudeau s’effrite. Par exemple, Statistique Canada constate un recul de la connaissance du français chez les jeunes anglophones hors Québec :

Figure 3 Taux de bilinguisme français–anglais chez les anglophones par groupes d’âge, Canada moins le Québec, 1996 à 2006

Description
Figure 3 Taux de bilinguisme français–anglais chez les  anglophones par groupes d’âge, Canada moins le Québec, 1996 à 2006

Et pourtant, je suis assez québécois bonasse pour trouver important de parler l’anglais alors que le reste du Canada se fout complètement du français. Je ne lui donne pas tort, l’espagnol ou le mandarin sont plus importants dans le monde. Mais qu’on ne me dise plus que ce pays est bilingue. Il ne l’a jamais été et ne le sera jamais. Pas plus que la reconnaissance du Québec comme nation par le parlement fédéral n’a de portée juridique. Au fédéral, quand il s’agit de faire des lois sur le cas québécois on vise plutôt la clarté et messieurs Dion et Harper deviennent grands amis.

***

On voudrait bien nous faire croire que l’indépendance du Québec est une question dépassée, qui n’est qu’un phantasme de vieux boomers qui, comme les soixante-huitards français, ont gardé la nostalgie des grands soirs. Ce n’est pas faux. Mais c’est avoir la mémoire un peu courte. L’idée de maintenir une culture francophone en Amérique traverse aussi tout le XIXe siècle et la première partie du XXe, parfois en repli mais aussi en combat de tous les instants. A cet égard, il est aussi constant que la mauvaise foi des anglophones, britanniques ou canadiens.

Et voilà que notre appartenance au Canada nous amène à faire la guerre en Afghanistan. À piétiner Kyoto pour permettre aux albertains de polluer toujours plus, tout en étant largement indemnisés par le fédéral même s’ils sont riches à craquer. À aider la pauvre industrie de l’automobile du Sud ontarien sans rien de semblable pour les régions forestières qui regardent leurs usines fermer une à une. À concentrer toujours plus de richesses dans les mains des financiers de Bay Street.

Et évidemment à devenir toujours plus bilingues, mais ça on le savait déjà:


C’est que, voyez-vous, il y a de ces petites tribus qui se prennent pour le territoire.

Et une grande qui le cherche encore.

19 février 2008

Questions de santé

Je me relève de trois jours d’enfer gastroentéritien dont je vous épargnerai les détails. Si ce n’est que pour vous dire que le virus est méchant cette année. Je reprends tranquillement vie aujourd’hui.

***

Pas grand-chose à dire sur le sujet du jour, le rapport Castonguay, mais pour avoir entendu les réactions tellement prévisibles à la radio aujourd’hui il me semble qu’on va se diriger vers un enterrement de première classe. C’est un peu dommage il me semble. Que les lobby de gauche et syndicaux hurlent est tout à fait normal comme sans doute la droite applaudira à l’ouverture au privé. Mais ce n’est pas de la discussion saine.

Je trouve que c’est quand même dommage. Il y avait là une occasion de remettre en cause certaines manières de faire et notamment la lourdeur d’un ministère somme toute technique qui doit composer avec une pression médiatique et politique qui ont le désavantage de ramener toujours au court terme, aux urgences de madame chose plutôt qu’à une vision de la santé. En ce sens, l’idée de dépolitiser le fonctionnement du ministère en le rendant plus proche d’une agence technique ne me semble pas si bête.

Quant aux hurlements sur la gratuité ils me semblent un peu démagogues : les soins de santé ne le sont pas. On les paie par nos impôts. En ce sens, la proposition d’augmenter la taxe de vente pour le financer peut se défendre (et ramène monsieur Charest à sa démagogie des dernières élections). Et l’idée de responsabiliser les utilisateurs du système par un quelconque montant de coassurance ne me semble pas si bête, d’autant qu’on en exempterait les enfants et les plus pauvres pour conserver l'accès. Et tout le monde sait bien que beaucoup abusent du système en se pointant à l’urgence pour des petits bobos. Et j’aime bien l’idée d’un état de compte de notre consommation à associer aux impôts. Cela ferait peut-être réfléchir les trop taxés.

Mais bon, au Québec on aime bien gueuler quand ça va mal et ne rien faire quand vient le temps de changer les choses.

***

Deux petites choses à signaler, en passant. Dans mes aventures gastriques le site Passeport santé m’a justement permis d’avoir une bonne information crédible sur les moyens de me soigner. Il suffit de passer outre à leur une un peu trop nouvelâgeuse pour sauter aux infos sur les maladies et soins. Peut-être est-ce là justement ce genre de service qui fait économiser beaucoup en consultations inutiles.

Et à la radio de Radio-Canada belle série de reportages sur l’éducation en Finlande. Zéro taux de décrochage, les meilleures écoles au monde aux classements internationnaux. Pas de bulletins chiffrés au primaire, des apprentissages en collaboration, un encadrement individuel des élèves bref la réforme appliquée depuis 30 ans. Mais aussi des classes de 24 étudiants jusqu’à 16 ans. On rêve…

Mon infirmière de mère disait des fois ne pas comprendre comment on gaspillait tant d’argent en santé (acharnement thérapeutique) alors que ce sont les jeunes qui devraient être la priorité.

Elle n’a pas tort, je pense.

12 février 2008

Niaiserie médiatique

Ce matin en visitant un site web de météo que j'aime bien, je tombe sur une référence à un article du Boston Globe dont voici un extrait:
MoveOn.org just pointed out in an e-mail message that last year, the major TV networks asked presidential candidates 2,679 questions. (Who adds all this stuff up?) The question is, how many were about global warming? Hint: 165 were asked about illegal immigration, 3 were asked about UFOs. You know where I'm going with this, yes, there were just three questions about global warming, it ranked right there with questions about UFOs.

Trois questions sur le réchauffement climatique et autant sur les soucoupes volantes.

Depuis le temps que je pense que ces gens sont d'un autre monde...

10 février 2008

Pauvre(s) réforme(s)

Voilà que nos querelles locales rebondissent en France. On s’inquiète dans la République des lettres de l’éventuelle possibilité de peut-être un jour ne plus étudier les classiques français au collégial, au profit de la littérature québécoise. Le lapin a été soulevé dans La Presse par Folch-Ribas et transformé en épouvantail par Lysiane Gagnon (curieux cas de mimétisme ?). Va sans dire que cette consultation n’ira nulle part puisque la chicane existe depuis trop longtemps au collégial pour qu’on change le compromis actuel.

Et tiens, copions le commentaire que j’y ai laissé :
    « Sur la forme, cette histoire est assez drôle. Citer Folch-Ribas, écrivain mineur, catalan et perpétuel exilé parisien ou Lysiane Gagnon, antinationaliste et ultrafédéraliste notoire me fait sourire. Sur le fond, c’est un vieux débat: faut-il privilégier la littérature locale vivante ou une littérature incontournable mais bien ancienne et loin du quotidien des jeunes ? Le compromis est ancien dans les cégeps, on fait un peu des deux et ce n’est pas cette enquête qui y changera quelque chose.

    Ce qui me hérisse c’est le préjugé français selon lequel toute littérature hors hexagone ne peut être que régionale ou provinciale. Il existe une littérature nationale au Québec, elle est forcément différente de celle de la France. Les référents ne sont pas les mêmes, les réalités qu’elle décrit aussi (On est pas sur le même continent, le saviez-vous?) Et la langue a évolué différemment depuis 300 ans donc les écrivains choisissent entre le français standard ou l’accent local, selon leur sensibilité ou ce dont ils parlent.

    En ce sens, la référence à la France est à la fois incontournable et inutile. Un auteur américain n’écrit pas la même langue qu’un britannique et il ne viendrait pas à l’esprit ni à l’un ni à l’autre de se voir régionaliste ou référence incontournable. L’important est qu’ils se lisent les uns les autres. Et savez-vous que jusqu’à ces dernières années il y avait beaucoup plus de centres universitaires d’études québécoises aux États-Unis ou en Allemagne qu’en France ?Question de langue ?

    P.S. On écrit Tabarnak, et je doute que l’équivalent sémantique aurait fait un titre de journal au Québec. »
    Notons que M. Assouline a corrigé son titre depuis. (il avait écrit tabernacle!)

    ***

    Autre débat : la réforme scolaire. Tout d’abord ne pas confondre : la réforme de l’orthographe n’a aucun rapport. On ne fait qu’appliquer les quelques modifications décidées il y a au moins dix ans (accents circonflexes inutiles sur les «i» les «u» et autres babioles). Personnellement, j’irais bien plus loin, mais là n’est pas mon propos.

    On oublie toujours de se demander d’où vient cette réforme. Du constat d’un taux de décrochage alarmant au secondaire et ailleurs. Normal donc de réformer l’enseignement. Mais si ça ressemble de plus en plus à un cafouillage c’est que les moyens n’ont pas suivis et que les ministres successifs naviguent à vue, au gré des tempêtes médiatiques soulevées par des journalistes ou commentateurs ignares, suffisants et démagogiques.

    Les approches nouvelles proposées par cette réforme s’ajoutent en fait aux pratiques existantes. Tout simplement parce que faire du par cœur c’est bien, c’est facile à mesurer et à chiffrer en bulletins mais cela ne suffit pas. Encore faut-il que les élèves apprennent. Et cela ne marche pas. Je viens de passer deux semaines à apprendre à des cégépiens des notions qu’ils ont vu au moins deux fois au secondaire mais dont ils ne se souviennent plus, faute de les avoir appliquées. C'est-à-dire d’avoir construit des savoirs autour de leurs connaissances. D’où le mot constructivisme qui fait tant rire.

    Je suis loin d’être fanatique des verbiages pédagogiques et je trouve qu’il y a là (comme ailleurs) un certain nombre de fumistes. Cela dit, j’en ai aussi contre les imbéciles que la notion de compétences transversales fait sourire. C’est pourtant simple : s’agit de décloisonner les matières pour que tout s’intègre. Parce que écrire une recherche en géographie, c’est un exercice de français. Et de mathématique. Que ça demande des connaissances en histoire. Donc une compétence (savoir écrire correctement) transversale parce qu’elle ne se limite pas à une seule discipline scolaire.

    Si cette réforme semble devenir un immense gâchis, c’est qu’elle heurte les préjugés des médiatiques souvent scolarisés dans des collèges élitistes, qu’elle se fait dans un réseau scolaire où bureaucraties syndicales et patronales se sont fossilisées dans des virgules de conventions, sans oublier que, déficit zéro oblige, on a sous investi en éducation autant sinon plus que partout ailleurs au Québec. Sans compter les classes surchargées d'enfants rois dont les parents clients refusent de se mêler d'éducation puisqu'ils payent assez d'impôts pour ça.

    Et peut être aussi que sous le problème du décochage il y a peut-être quelque chose de plus simple et de plus profond.

    Genre préférer travailler au dépanneur pour se payer un char plutôt que d’étudier.

    On voit ça au cégep.

    Un problème qui est bien de valeur(s)

    4 février 2008

    Un lundi

    Le lundi est ma grosse journée. L’avant midi au cégep et ensuite un saut en taxi pour un autre cours à l’université. Et aujourd’hui, pur masochisme j’ajoute quelques largeurs de piscine (à mon âge, on barbotte alors on laisse les longueurs aux pros). Et ce soir quelques muscles trop flétris me rappellent à leur bon souvenir.

    ***

    Pour passer le temps en autobus, je m’accompagne de Léon Coco et Mulligan de Mistral. Je le savoure tranquillement. C’est de la belle prose, à la fois très classique et réaliste. Les jeux des images lyriques et du banal me fait oublier le décor de Sherby et des étudiants vissés à leurs Ipods. C’est le livre de l’aller. Et je prolonge volontairement le plaisir de lire par petites bouffées.

    Au retour, je me suis lancé dans le Nikolski de Dickner, en retard sur tout le monde. C’est un autre univers, plus distancé, plus mécanique. J’en suis à la moitié mais j’aime bien cet exercice un peu oulipien mais sans la sécheresse universitaire. Ses personnages on une profondeur, une vie à eux qu’il est difficile de ramener à des petites cases.

    Et à la maison, j’ai entamé le gros James Joyce de VLB, mais je crains qu’il ne se retrouve sur la glace pour quelque temps. C’est de la belle ouvrage, du gros matos et je n’ai peut être pas trop le loisir de me laisser avaler, tenu que je suis à produire d’excellentes présentations Power point et d’engageantes consignes de travaux pratiques ou de session.

    Vais le refiler au poète d’en haut.

    L’Irlande, le Québec et les mots, c’est son truc.

    26 janvier 2008

    Un rêve ?

    Ouf, première semaine terminée. Bon premier contact avec les groupes du cégep, les groupes universitaires ronronnent bien. Les semaines seront longues, le vieux que je deviens tranquillement devra faire gaffe. Pour le moment je compte bien reprendre la stratégie dite de la piscine qui consiste à aller barboter trois fois par semaine dans la soupe au chlore de l’université. Je l’ai fait il y a quelques années et j’aurais presque pu faire une pub sur les joies de l’exercice, moi qui ai tout fait pour sécher mes cours d’éducation physique au secondaire et au cégep. Mes vieux chums du secondaire qui me lisent pourront en mesurer l’ironie. Mais bon je ne me sens pas si vieux, juste mature comme on dit dans les chats gais ;-)

    ***

    Ces mois intensifs d’édification de la jeunesse, comme on dit à l’Université de Napierville, me font remonter de vieux phantasmes d’écrivage. Non pas littéraires, je n’en ai pas le talent ni le génie, mais bien platement de l’ordre du manuel scolaire. C’est quand même étrange qu’il n’y ait pas eu de synthèse potable de géographie du Québec depuis le Canada-Français de Raoul Blanchard. Certes il y a eu plein d’ouvrages universitaires fondamentaux comme ceux de Courville ou de Ritchot mais rien entre ça et les beaux livres d’images de Dorion ou des autres.

    Et c’est je pense un des problèmes de la géographie que de ne pas savoir rejoindre ce qu’on appelle le grand public. D’une part, les universitaires ne s’y risquent que peu et la chose n’est de toutes façons pas tellement bien vue des subventionneurs de recherches. D’autre part, l’efficacité de ce genre de sport oblige à bien des raccourcis peu conformes aux civilités et renvois d’ascenseurs en vigueur chez les académiques. Au mieux, cela finit par un collage de contributions disparates sous une direction plus ou moins prestigieuse. Sans l’unité de ton qui mettait Blanchard au ciel d’un écrivain comme Ferron.

    Je rêve souvent d’écrire ce livre mais c’est de l’ouvrage.

    En plus, je n’ai jamais mis les pieds ni dans le Grand Nord, ni au Lac Saint-Jean et encore moins en Abitibi.

    Et je n’ai même pas de permis de conduire.

    Mais ça occuperait mes étés.

    19 janvier 2008

    Interlude

    Comme je n'ai pas trop le temps d'écrire, laissons la parole à d'autres. On le sait, beaucoup d'écrivains s'essaient parfois à la chanson. Voici donc celle d'un réputé écrivain québécois, intellectuel distingué et bonze de l'édition contemporaine.
    Je parle évidemment de M. Jacques Godbout.



    Et le pire, c'est que c'est bon, merci aux Cyniques et à la musique de François Dompierre.

    Addenda: C'est une extraIt d'IXE-13, étrange film dudit Godbout. On y entend Serge Grenier, dans le rôle de Gisèle, Marc Laurendeau dans le rôle du journaliste, qui sera déterminant dans sa carrière, André Dubois en IXE-13, l'as des espions canadiens, et finalement son comparse Marius (Marcel Saint-Germain), dont le grand air «Faites de l'air, ca sent l'ail !» trahit l'origine française.



    Quand même le brave canadien-français et son faire-valoir français, j'aime bien.

    Au second degré.

    Au premier, Jean Layette a eu la brillante idée de bloguer les vrais épisodes qu'écrivait Pierre Dagenais.

    Je m'y plonge

    13 janvier 2008

    Chez ailleurs

    Remises les notes, la dernière session est finie. Commence l’autre. La nouvelle, la grosse. J’ai une vieille coutume de souligner la chose en me payant un livre rêvé. C’est fait. La mesure d’un continent est à la hauteur de mes espérances. C’est un recueil de cartes anciennes qui illustrent la découverte de l’Amérique du Nord par les Européens. Voilà un livre dans lequel le géographe que je suis va se perdre joyeusement. Les cartes sont soigneusement présentées par Denis Vaugeois, historien connu, bon vulgarisateur, qui a en plus le mérite de ne jamais oublier les amérindiens qui sont dans le blanc des cartes. Raymonde Litalien ajoute son savoir archivistique et sait mettre en contexte la production de ces précieux documents.

    La carte de Champlain (1632)

    Le troisième larron du trio s’appelle Jean-François Palomino. C’est un historien de la cartographie. À ce titre, madame Bissonnette a eu la bonne idée de l’embaucher comme cartothécaire de sa Grande Bibliothèque. Ce qui m’amène à une des beautés de la chose. La plupart de ces cartes sont disponibles dans les collections numériques de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). J’ai déjà louangé ce site et il est encore meilleur, puisqu’on y a ajouté beaucoup de cartes topographiques d’avant 1950 et les plans dits d’assurance incendie de beaucoup de villes et villages du Québec. Ce sont des plans très détaillés, jugez plutôt :

    Le carré Strathcona à Sherbrooke en 1907

    Malheureusement, l’outil de visionnement en flash ne permet pas de les copier dans l’ordi, sauf par capture d’écran. Mais bon doit sûrement y avoir un truc, merci de me le dire.

    ***

    Maintenant, quelques provisions pour la route. Parce que vous avez été gâtés ces derniers jours, j’ai presque autant écrit que dans les derniers mois. ( Rien de mieux qu’une épaisse pile de travaux à corriger pour faire autre chose). J’ajoute quelques liens vers d’autres blogues pour ceux qui seront déçus de ne rien trouver de neuf ici. J’ai commencé le Léon Coco et Mulligan de Christian Mistral. J’aime bien Mistral, son style ample presque classique ses envolées. Or voilà qu’il reblogue. Mieux encore, nous avons en commun un certain antimartinisme. Content de le relire en blogosphère.

    De chez Mistral, j’ai rebondi vers un écrivain que je ne connais pas et que je me promets de lire : Éric McComber. Son blogue de voyage fait rêver, son crachoir cauchemarder, mais que c’est bien écrit ! Pour faire bonne mesure, j’ajoute Badsuck, qui commente ici des fois mais il a tellement de pages qu’on ne sait où pointer. Et enfin deux amis, Michel (musiblog-qc) à qui je dois le sauvetage héroique de mon portable dans les détours de tous les boulevards Taschereau de la rive sud et les zones grises de Sébastien de retour en ses terres gaspésiennes.

    Bon. Me reste deux power point à monter, un cours à planifier, des photocopies à faire.

    Et en plus, il fait beau.



    12 janvier 2008

    Insomnie Blues

    Levé à 4h du matin sans envie de dormir, la pizza de la veille y étant peut être pour quelque chose. Petite tournée de blogues et d’actualités. Une chanson me trotte dans la tête, Insomnie Blues de Pauline Julien. Et tiens, si je m’essayais à la mettre dans mon blogue. Longue recherche. Finalement trouvé comment dans Tips for new bloggers, en anglais, mais parfait pour une cybernouille comme moi. Essai donc.





    Sursauté en voyant la une de mon quotidien préféré portant sur les joies de la méditation. Commencé immédiatement une méditation sombre sur le nouvel-âgisme du Devoir qui commence sérieusement à me taper sur les nerfs. Non content de nous infliger une page de Josée Blanchette tous les vendredis, les sermons végétano-puristes de Fabien Deglise voilà qu'on ne trouve rien de mieux pour la une du samedi de ce quotidien qui se prend au sérieux.

    En y pensant plus, passer du catholicisme rigoriste d'Henri Bourassa à celui plus ouvert de Claude Ryan pour finir dans le Nouvel-âge, c'est bien refléter la société québécoise.

    Hélas.

    9 janvier 2008

    Contrôle d'image ?

    C'est drôle, quand je cherche You Tube sur Google, j'arrive ici.

    La première image que l'on voit, c'est celle d'un gars à l'air chaudasse qui a parlé poutine avec l'éponyme.

    Je sais pas si ça marche en France ?

    7 janvier 2008

    Les gens de rien

    Intéressante réflexion de VLB dans Le Devoir de ce matin:

    «Les intellectuels de gauche et, au tout premier chef, les journalistes, n'ont pas cessé durant la campagne électorale de mars dernier de claironner que les adéquistes étaient des gens de rien, des ignares et des illettrés. C'était peut-être le cas, mais c'était oublier que ces gens de rien, ces ignares et ces illettrés avaient par deux fois dit oui à des référendums sur la souveraineté; et c'était oublier aussi que sans ces gens de rien, ces ignares et ces illettrés, le Parti québécois n'aurait jamais exercé le pouvoir. C'était oublier surtout que le seul projet collectif qui intéressait et intéresse toujours les Québécois, donc aussi les gens de rien, les ignares et les illettrés, est la souveraineté.»

    J'ai beaucoup parlé dans ce blogue de ce Québec tranquille, assez à droite que les Têtes à claques font rire. On leur prête souvent, à raison, un sentiment anti-intellectuel diffus ou exalté. Mais n'empêche que VLB m'amène à me poser une bonne question : ce sentiment ne viendrait-il pas aussi d'une certain mépris des intellectuels envers cette classe qui n'a pas les mots pour s'exprimer ou nuancer sa pensée ? Pensez simplement aux sourires en coin des médiatiques qui accueillaient certaines interventions à la commission Bouchard - Taylor. Ou encore à ce sketch (bien drôle quand même) du Bye bye de RBO sur Héroutyville.

    Tout ça pour dire qu'il y a là un dialogue ou des ponts qui sont rompus entre les élites politico-médiatiques satisfaites d'elles-mêmes et une masse de gens plus ou moins indifférents repliés sur l'ordinaire du monde. Ils ne demandent portant qu'à être écoutés.

    Quitte à en prendre et en laisser.

    6 janvier 2008

    Jardin d'hiver


    Dédié à la fidèle Carole

    Chose promise, chose due. (Après deux jours à chercher le fil de ma caméra). Voilà ce que je vois de ma fenêtre de salon. Évidemment j'ai cadré surtout le centre-ville. Derrière le plus gros arbre, on voit le chevet de la cathédrale, encore plus beau la nuit quand il est illuminé. À sa droite la tour et les bâtiments de brique du Séminaire. À son pied, on devine le dôme de l'ancien palais de justice devenu hötel de ville.

    Et vous, que voyez-vous de la fenêtre où vous bloguez ?

    5 janvier 2008

    Il y a boomer et boomer

    Yen a marre de mettre tout sur le dos des boomers, j'en suis un.

    ***

    La génération du babyboom correspond, en gros, aux gens nés entre 1945 et 1965. Mais il faut distinguer. Effectivement la première vague (45-55) a largement profité des emplois liés entre autres à l'expansion des systèmes de santé et d'éducation, et en général de la prospérité d'après guerre. Ce seront, hélas, parfois nos profs. Ceux qui ont remplacé le cours classique par le programme cadre de français. Privilégié l’expression plutôt que la grammaire bourgeoise au service de la classe dominante.

    Mais la deuxième vague (la mienne) arrive sur le marché du travail entre 1975 et 1985, au moment où tous les postes sont comblés et où on tombe en récession. Vous souvenez-vous des hypothèques à 16 % ? Des affiches on n’accepte pas les CV dans les portes des entreprises ? J’ai le souvenir de navigations hasardeuses entre le chômage, la job subventionnée dans du communautaire (en général fondé par des boomers première cuvée), en attendant de retourner sur le chômage pour avoir droit à un autre emploi temporaire. On en a gardé disons une habitude de la précarité.

    Cela est expliqué fort sérieusement par François Ricard (boomer première cuvée) dans La Génération lyrique et sur un ton plus cynique et drôle dans le Manifeste de l'acceptation globale de François Benoit et Philippe Chauveau (boomers seconde cuvée).

    Tout ça pour dire que le boomer comme bouc émissaire est un de ces raccourcis démagogiques qui me tombent sur la tomate.

    Laissons à M.M. Dumont et Martineau leur fond de commerce.


    P.S. Je modifie ici un commentaire laissé sur le blogue de Maphto, Considérations intempestives. Malgré cette rare bourde, j'aime bien le lire, il est curieux et fait réfléchir. La philo est une arme dangereuse et il la manie bien. Ah la jeunesse!


    2 janvier 2008

    L'oeil de Gracq

    Moins douze, une petite neige cache le paysage que j’ai devant moi. Le cèdre du voisin, engoncé sous une coupole de neige ressemble à un gros cornet de crème glacée. Il faut dire que depuis quelques mois, je travaille de plus en plus au salon, le bureau étant parfois squatté par les colocs que j’héberge. Et j’en suis bien heureux. J’y découvre un panorama que les arbres cachent l’été. La vue du centre-ville qu’on a d’ici est une des plus belles qu’on puisse avoir de Sherbrooke. C’est mon jardin d’hiver. Je vous en promet une photo quand le temps se sera dégagé.

    ***

    « Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler ! » La phrase est de Julien Gracq, mort peu avant Noël. Je l’ai trouvée dans le blogue de Pierre Assouline. Je m’en voulais un peu de ne pas saluer la mémoire d’un de mes écrivains préférés. Cette courte phrase en dit long sur son œuvre. Julien Gracq, sous le nom de Louis Poirier, était géographe de formation ; elle traduit bien un des aspects que j’aime le plus de ses écrits, cette capacité à décrire le monde extérieur, les moments de beauté ordinaires ou merveilleux qu’on trouve dans ses Écrits du grand chemin, ses Lettrines et ailleurs dans ses essais et romans. Une langue très belle, précise, classique, pourtant jamais prétentieuse ou pédante. Hors du temps et des modes.

    Jamais rééditée en poche, son œuvre se découvre dans des livres à l’ancienne dont on doit découper les pages. Cette attitude vient d’un certain refus de ce qui est devenu l’industrie du livre. Fidèle à ses idées, il avait d’ailleurs refusé le Goncourt en 1951 pour son admirable Rivage des Syrtes, roman par lequel je l’ai découvert. Puis j’ai lu La forme d’une ville, évocation du Nantes de ses études secondaires. C’est un livre qu’on rêverait d’écrire sur la relation qu’on a avec une ville. Et curieusement, il rejoint là une dimension nouvelle de la géographie, celle de l’espace vécu, celle alchimie par laquelle l’espace froid et mesurable se transforme en lieux habités, en territoires hantés par les souvenirs, les rapports sociaux ou le simple quotidien de la vie. D’ailleurs Armand Frémont, un premiers géographes à avoir travaillé cet aspect dans La région, espace vécu s’est lui aussi amusé à refaire les explorations de Gracq dans Le Havre de ses origines. Une histoire plus tragique, puisque sa ville est disparue sous les bombardements en 1944.

    Dans les commentaires du blogue d’Assouline un imbécile considère que la phrase qui ouvre ce texte est élitiste, voire méprisante. J’y vois au contraire une invitation à mieux regarder le monde, à le savourer. Et peut être aussi à penser un peu avant de le transformer.

    Peut-être que nos paysages contemporains seraient plus beaux.

    Et ça changerait de la télé.


    P.S. Le même Assouline rend compte du livre sur Joyce de notre VLB national. Lire les commentaires est assez savoureux...


    30 décembre 2007

    Bonne année quand même

    Oui, je sais, ma présence est rare sur ce blogue. Cela ne risque pas de s’améliorer d’ailleurs, puisque la prochaine session s’annonce assez active avec cinq cours à donner cet hiver, donc trois préparations à faire. J’ai songé un temps à fermer boutique et passer à autre chose. Possible que ça arrive mais, pour le moment, ne fermons pas la porte, quitte à ne pas l’ouvrir trop souvent.

    ***

    Profitons de la saison pour faire un petit bilan.

    Au plan politique, le virage à droite se sent de plus en plus, surtout à Ottawa. Même si je n’aime pas ses idées, force est de constater que Harper gouverne habilement. La guerre afghane en est un bon exemple. J’ai beaucoup de sympathie pour ce petit pays qui résiste aux envahisseurs et qui m’a souvent permis de gagner des parties au jeu de Risk. Qu’on ait dégommé le régime des Talibans n’est pas en soi une mauvaise chose, quoique en fait de rigorisme religieux il n’ait pas été pas tellement plus épouvantable que celui de l’Arabie Saoudite. Le problème étant que cette occupation bienveillante risque de ne jamais se terminer.

    Et justement ,l’an prochain va se poser la question du renouvellement de l’engagement canadien là bas. Je crains bien que ça va continuer. Jamais intervention militaire canadienne n’a été aussi médiatisée. Vous souvenez-vous de la Bosnie ? Pourtant l’armée y a été plusieurs années. Or médiatiquement on ne nous épargne rien sur le sort de nos braves soldats à Kandahar, leurs épouses éplorées mais fières. Et ces rubans appuyons nos troupes qu’on voit sur nos autos, on se croirait aux Zétats. La militarisation des esprits est en marche.

    ***

    Tout cela pour dire que Harper singe de plus en plus le pire de la politique américaine. Répression accrue des drogues, peines de prisons plus hâtives et plus sévères, hostilité bornée à toute intervention de l’Etat dans l’économie, dépenses militaires à gogo, environnement à zéro. Et ça marche bien. Sa cote se maintient. Et comme les libéraux et les autres partis d’opposition finiront bien par cesser de s’abstenir, probable qu’on aille en élection l’an prochain.

    J’ai bien peur qu’il ne fasse qu’une bouchée de Stéphane Dion et des libéraux qui risquent de perdre une partie de leur vote de centre gauche dans le Canada. Quant au Québec… les nationalistes mous d’Adéquistan seront-ils assez naïfs pour mordre à la reconnaissance bien théorique de la nation québécoise ? Possible. Ils aiment bien Mario…

    ***

    Me voilà bien sombre. Pourtant il fait un beau soleil et la journée d’hiver s’annonce agréable. C’est peut-être que je sens le Québec devenir une immense garderie peuplée d’immatures toujours insatisfaits à la fois du manque de protection des gouvernements mais qui râlent à chaque fois que ce maternage d’État vient contrer leur droit sacré de consommer, de gaspiller ou de ne rien savoir. On veut tous les services mais sans payer d’impôts. On veut de bonnes écoles, sans effort à apprendre. Des lois pour nous protéger qui ne s’appliquent qu’aux autres.

    ***

    Une anecdote, entre mille. Dans l’autobus qui me ramenait de Montréal il y avait cette jeune fille, 20 ans max qui avait un bébé. Le genre c’est cool, un enfant. Pendant une heure et demie, concert de braillage, de limonage et de babillage. Pas une fois la jeune fille n’est intervenue pour le faire taire, occupée qu’elle était à raconter sa vie à un voisin (chum, ami ?). Probablement qu’il ne fallait pas brimer l’expression de son flot. Peut-être que maintenant on est plus obligé d’élever ses enfants puisqu’il y a des spécialistes pour ça dans les garderies. Mais la quiétude des autres ? Faudrait peut être faire un règlement sur les nuisances sonores dans les autobus interurbains comme on l’a fait pour le tabac ?

    ***

    Et tiens, parlant de tabac. Les derniers règlements ont interdit la vente de cigarettes sur tout le campus de l’université. Bien. L’autre jour, manquant d’allumettes, je vais m’acheter un briquet à la coop-dépanneur du campus. Nenni. Il est également interdit de vendre des briquets ou des allumettes sur le campus puisqu’ils pourraient servir à des fumeurs.

    Et 2008 s’annonce meilleure, on devra cacher les cigarettes à la vue des clients dans tous les commerces. Préparez-vous à faire la file aux caisses.

    Et soyez heureux, la garderie veille sur vous.

    Bonne année quand même.

    Et Bonjour chez vous.

    7 novembre 2007

    Ansaigné le franssait ?

    Quelque part dans les insolences du frère Untel il y a cette page où il rend compte d’une dictée donnée à ses étudiants. Il s’agissait de retranscrire la première strophe du Ô Canada. Le résultat était assez comique. Ton histoire est une épopée devenait ton histoire est une des pas pires. Et le bon frère de conclure à l’urgence d’un redressement de l’enseignement du français au Québec. En 1959.

    Depuis, périodiquement les journaux se scandalisent du piètre état de la langue des étudiants et hurlent à une réforme majeure, tout en contestant aveuglément toute tentative d’en réaliser une. Cette semaine, La Presse reprend ce vieux cheval. Hier, on s’attaquait à une des racines du problème, celui de la formation des futurs profs du secondaire. Je connais. Je leur enseigne.

    C’est vrai qu’il y a des cas pathétiques. Et le resserrement des normes linguistiques a amené une petite hécatombe des étudiants cette année. Devrions-nous pourtant s’en réjouir ? Je ne suis pas si sûr.

    ***

    Évidemment, tout le monde est pour la vertu et les professeurs devraient avoir une langue impeccable, mais est-ce réaliste et surtout est-ce une condition sine qua non pour faire d’un étudiant un bon enseignant ? J’en serais moins sûr. Évidemment on s’attend d’un prof de français qu’il soit presque parfait de ce coté. Mais quid du prof de sciences ou de math ?

    J’ai une amie mangeuse de maths. Elle enseigne auprès de raccrocheurs. Elle réussit à leur transmettre sa passion et à faire réussir des élèves peu motivés, souvent médiocres. Ils sortent de ses classes avec une meilleure opinion d’eux-mêmes, plus confiants d’obtenir leur diplôme secondaire. Elle parle avec un gros accent, fait souvent des fautes de français et on le lui reproche. Elle s’améliore tranquillement mais on est loin de la perfection. Est-ce pour autant un mauvais prof ?

    Je ne crois pas. Parce qu’un bon prof, c’est autre chose qu’un bollé de français. C’est un communicateur de passions, un allumeur de cerveaux, pour ça je suis prêt à tolérer quelques fautes.

    J’en fais moi-même.

    4 novembre 2007

    Comme quoi

    Reprenons le clavier. Non pas que je l’aie abandonné, mais tout simplement qu’il y avait à la fois trop et rien à dire.

    Rien à dire de cet automne superbe qui a prolongé l’été jusqu’en octobre. En fait, j’ai à peine commencé à planter mes bulbes printaniers n’ayant pas le cœur à arracher les annuelles qui n’ont finalement gelé que la semaine dernière.

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    Trop à dire des débats calamiteux autour des accommodements raisonnables et du défouloir qu’est la commission Bouchard-Taylor. La palme des audiences insignifiantes va sans doute à la région de Québec. Outre le retour au catholicisme pur et dur cher au cardinal Ouellet, on a pu y entendre l’inquiétude du citoyen adéquiste moyen (ou des féministes universitaires) face à la menace que représentent les musulmans de la région de Québec. Ils y sont 3020 contre une population de 673 000 habitants, soit 0,44 % du total. Comme quoi à Québec on a peur de son ombre.

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    Il y aurait aussi beaucoup à dire de la profondeur abyssale des médiatiques. La semaine passée on a vu la nullissime ministre de l’éducation passer un mauvais quart d’heure aux Francs-tireurs. Elle a raconté n’importe quoi, désavoué son ministère (imaginez un chef d’entreprise dire à la télé qu’il se méfie de ses employés mais qu’il doit malheureusement les supporter parce qu’ils sont syndiqués, songez ensuite la motivation subséquente des employés). Sa nullité n’a été surpassée que par celle de Patrick Lagacé (que j’aimais bien portant) qui a posé des questions démagogues, approximatives, bourrées de clichés sur une réforme qu’il ne connaît manifestement pas. Tout ça dans un français tellement mauvais qu’on en conclut à l’urgence d’une réforme de l’enseignement de la langue si on se fie à celle qu’il a utilisée ce soir là. Sachant que Martineau co-anime cette émission on en vient à penser que le martinisme est une grave maladie contagieuse qui abolit l’intelligence. Comme quoi si Québec a eu longtemps le monopole de la trash radio, Montréal réinvente la trash télé.

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    Pour le reste, je me plais de plus en plus dans la nouvelle maison, j’y redécouvre la beauté des couchers de soleil derrière la cathédrale et les édifices du centre-ville. J’y héberge maintenant deux colocs réfugiés pour des histoires de blondes.

    Comme quoi une commission sur les accommodements raisonnables dans les foyers serait peut-être utile.

    7 septembre 2007

    Le petit inquisiteur

    Richard Martineau est probablement un des emblèmes les plus parfaits de la médiocrité médiatique contemporaine. Baveux, inculte et se prenant pour un justicier. Il sévit au Journal de Montréal où il symbolise assez bien le virage populiste trash que prend le navire amiral de Quebecor média.

    Voilà que le justicier s’en prend à l’intégrité intellectuelle de Charles Taylor sous prétexte qu’il aurait reçu une subvention d’un groupe religieux de droite. Pis après. Grassement payé qu’il est par Quebecor ou par nos taxes, quand il sévit à Télé Québec, monsieur Martineau ne sait pas que s’il y a un secteur de la recherche universitaire où les financements sont rares, c’est bien la philosophie, alors on prend ce qui passe.

    J’ai peu lu Taylor, mais disons qu’au plan de l’envergure intellectuelle et de la nuance dans le discours, les écrits de Martineau ressemblent plus à des borborygmes de cloporte à l’agonie qu’à un discours raisonnable de philosophe. Je le lisais aujourd’hui dans le journal de Montréal et voilà qu’il faudrait que M. Taylor lui rende des comptes. Mais notre Martineau est magnanime (et je cite son blogue) : «Contrairement à ce que certaines personnes ont écrit, je n'exige PAS la démission (ou le renvoie) de monsieur Taylor... » (4 septembre 2007)

    La qualité de la phrase est exemplaire. On y voit une faute grossière et un abus de trois points ou de majuscules, signes en général d’un manque de maturité stylistique.

    On en a hâte qu’il achève sa puberté.

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    Il faut lire à ce sujet les observations de Pierre Nepveu dans Le Devoir d’aujourd’hui. Tous ces procès mal intentionnés sentent mauvais. Ils avivent encore le malaise du Québec face à ses intellectuels, alors qu’on leur demande précisément de réfléchir pour le bien de la communauté. Je souhaite que la commission Bouchard –Taylor en arrive à des conclusions intéressantes et utiles.


    Ne serait-ce que pour limiter le fond de commerce de ces coquerelles chroniqueuses.