7 novembre 2007

Ansaigné le franssait ?

Quelque part dans les insolences du frère Untel il y a cette page où il rend compte d’une dictée donnée à ses étudiants. Il s’agissait de retranscrire la première strophe du Ô Canada. Le résultat était assez comique. Ton histoire est une épopée devenait ton histoire est une des pas pires. Et le bon frère de conclure à l’urgence d’un redressement de l’enseignement du français au Québec. En 1959.

Depuis, périodiquement les journaux se scandalisent du piètre état de la langue des étudiants et hurlent à une réforme majeure, tout en contestant aveuglément toute tentative d’en réaliser une. Cette semaine, La Presse reprend ce vieux cheval. Hier, on s’attaquait à une des racines du problème, celui de la formation des futurs profs du secondaire. Je connais. Je leur enseigne.

C’est vrai qu’il y a des cas pathétiques. Et le resserrement des normes linguistiques a amené une petite hécatombe des étudiants cette année. Devrions-nous pourtant s’en réjouir ? Je ne suis pas si sûr.

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Évidemment, tout le monde est pour la vertu et les professeurs devraient avoir une langue impeccable, mais est-ce réaliste et surtout est-ce une condition sine qua non pour faire d’un étudiant un bon enseignant ? J’en serais moins sûr. Évidemment on s’attend d’un prof de français qu’il soit presque parfait de ce coté. Mais quid du prof de sciences ou de math ?

J’ai une amie mangeuse de maths. Elle enseigne auprès de raccrocheurs. Elle réussit à leur transmettre sa passion et à faire réussir des élèves peu motivés, souvent médiocres. Ils sortent de ses classes avec une meilleure opinion d’eux-mêmes, plus confiants d’obtenir leur diplôme secondaire. Elle parle avec un gros accent, fait souvent des fautes de français et on le lui reproche. Elle s’améliore tranquillement mais on est loin de la perfection. Est-ce pour autant un mauvais prof ?

Je ne crois pas. Parce qu’un bon prof, c’est autre chose qu’un bollé de français. C’est un communicateur de passions, un allumeur de cerveaux, pour ça je suis prêt à tolérer quelques fautes.

J’en fais moi-même.

4 novembre 2007

Comme quoi

Reprenons le clavier. Non pas que je l’aie abandonné, mais tout simplement qu’il y avait à la fois trop et rien à dire.

Rien à dire de cet automne superbe qui a prolongé l’été jusqu’en octobre. En fait, j’ai à peine commencé à planter mes bulbes printaniers n’ayant pas le cœur à arracher les annuelles qui n’ont finalement gelé que la semaine dernière.

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Trop à dire des débats calamiteux autour des accommodements raisonnables et du défouloir qu’est la commission Bouchard-Taylor. La palme des audiences insignifiantes va sans doute à la région de Québec. Outre le retour au catholicisme pur et dur cher au cardinal Ouellet, on a pu y entendre l’inquiétude du citoyen adéquiste moyen (ou des féministes universitaires) face à la menace que représentent les musulmans de la région de Québec. Ils y sont 3020 contre une population de 673 000 habitants, soit 0,44 % du total. Comme quoi à Québec on a peur de son ombre.

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Il y aurait aussi beaucoup à dire de la profondeur abyssale des médiatiques. La semaine passée on a vu la nullissime ministre de l’éducation passer un mauvais quart d’heure aux Francs-tireurs. Elle a raconté n’importe quoi, désavoué son ministère (imaginez un chef d’entreprise dire à la télé qu’il se méfie de ses employés mais qu’il doit malheureusement les supporter parce qu’ils sont syndiqués, songez ensuite la motivation subséquente des employés). Sa nullité n’a été surpassée que par celle de Patrick Lagacé (que j’aimais bien portant) qui a posé des questions démagogues, approximatives, bourrées de clichés sur une réforme qu’il ne connaît manifestement pas. Tout ça dans un français tellement mauvais qu’on en conclut à l’urgence d’une réforme de l’enseignement de la langue si on se fie à celle qu’il a utilisée ce soir là. Sachant que Martineau co-anime cette émission on en vient à penser que le martinisme est une grave maladie contagieuse qui abolit l’intelligence. Comme quoi si Québec a eu longtemps le monopole de la trash radio, Montréal réinvente la trash télé.

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Pour le reste, je me plais de plus en plus dans la nouvelle maison, j’y redécouvre la beauté des couchers de soleil derrière la cathédrale et les édifices du centre-ville. J’y héberge maintenant deux colocs réfugiés pour des histoires de blondes.

Comme quoi une commission sur les accommodements raisonnables dans les foyers serait peut-être utile.