26 août 2006

C'est l'automne, rentrons dehors.

Ce soir les latinos d’en arrière font la fête. Méchoui tout l’aprème et maintenant danse et musique en conséquence. Je m’isole sous le casque de mes écouteurs.

Toute la semaine était en automne. Visite du climatopithèque en break de soins palliatifs, son (un peu ex) blonde se meurt d’un cancer généralisé et ses filles ont pris sa relève. Pas facile à faire, je me demande si j‘aurais son courage. C’est ça l’automne, apprendre à voir venir l’hiver.

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Autre signe d’automne, rentrée officielle lundi et officieuse hier pour moi. Journée assez exaspérante. Mon université pour faire développement durable, offre à ses employés un bel incitatif à l’utilisation au transport en commun. Offre généreuse : 10% de rabais sur l’abonnement annuel et en prime l’accès gratuit à son centre sportif d’une valeur de 250 $. Yéé me dis-je voila une belle économie avec reprise de natation et mise en forme à la clef. Je me pointe à l’inscription, oups je ne suis pas dans l’ordi. Et j’apprends par la suite que cette offre ne s’applique pas aux employés irréguliers que sont les chargés de cours.

On me suggère de me plaindre à un quelconque vice-recteur adjoint .Je compte bien le faire. Le développement durable, c’est comme la tarte aux pommes, on ne peut pas être contre. Mais quand, après quelques conférences de presses de glorification de l’Université verte, on prive son plus grand et plus désargenté des ses corps d’employés de quelques avantages la tarte aux pommes devient tarte à la crème et le développement durable montre ce qu’il est : un slogan burlesque pour les naïfs comme moi.

Frustré, je me rends dans mon squat, un ancien bureau de profs qui sert maintenant d’entrepôt départemental où on m’avait permis officieusement d’installer un bureau. Je mets la clef dans la serrure, rien ne se passe. J'essaie mon trousseau universitaire et j’apprends finalement de ma voisine que mon local est condamné depuis juillet par l’administration de la fac, le service d’incendie et toutes sortes d’autorités réglementaires. Et bien sûr, pas question de m’en aviser par le très efficace réseau de courriel interne. Mon chum poète appelle ça le tit code des fonctionnaires. À moins que ce ne soit une politique de la santé au travail dans le cadre d’une gestion intégrée du développement durable. Cela dit je m’en fous un peu. Ce local avait son utilité quand je donnais 5 ou 6 cours par année mais, à un cours par session, ça devenait un privilège un peu gênant.

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Je resterai à la maison, c’est tout. Je viens de terminer le déménagement de mon bureau dans le débarras/chambre d’amis, ma chambre dans l’ex-bureau pour que ma nièce s’installe dans ses quartiers. J’en ai profité pour installer un réseau sans-fil et pour la première fois je dépose ce texte en direct du jardin. C’est quand même bien la technologie.

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Et fêté discrètement ma fête jeudi. Il y a des années comme ça où je tiens ça mort.

15 août 2006

Pas de couilles

Une délégation de députés fédéraux part vers le Proche-orient et le Liban demain. Le représentant du parti conservateur n'ira pas, question de sécurité.

Mais que craindre ? La modération d'Israël ? Il est vrai qu'il aurait été mal accompagné, la députée bloquiste étant d'origine libanaise. Et comme les députés sont invités par le conseil des relations canado-arabes, il devait craindre également d'être barré à la frontière des USA, ce qui est triste pour un conservateur.

14 août 2006

Note de lecture et d'un voyage

« Les Canadiens, c'est-à-dire les Créoles du Canada, respirent en naissant un air de liberté qui les rend fort agréables dans le commerce de la vie & nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre Langue. On ne remarque même ici aucun accent. »

Pierre François Xavier de Charlevoix, Journal d’un voyage fait par ordre du roi dans l’Amérique septentrionale.

Cela s'écrit en 1720. Je l’ai toujours pensé. Ce sont les français qui ont changé d’accent depuis.


Qu’il est doux de voyager ainsi dans la langue et dans le temps.

12 août 2006

De plus en plus pire

Trouvé ici par cette info: 39% des américains croient que les musulmans des USA devraient avoir une manière d'ètre identifiés (should carry special I.D.).

Un croissant jaune tatoué mettons ?

10 août 2006

Le Québeckistan vous salue

J’avais entendu hier à la radio un compte-rendu de cet article du National Post. Le ton est simple : toute protestation contre la guerre au Liban est un appui aux terroristes. Et comme la manif de la fin de semaine dernière avait le soutien de la mouvance souverainiste pas besoin d’ajouter qu’on fait l’amalgame simple : les souverainistes sont pro terroristes, anti-israéliens, antisémites et évidemment un Québec indépendant deviendrait la nouvelle base du terrorisme international.


Ce genre de propos relève de la meilleure tartufferie canadian (a proud tradition since 1867, maybe 1837 or even 1763). Le Québec bashing (dénigrement ?) est un sport habituel au Canada. C’est d’ailleurs le seul moment où le Québec y est reconnu comme nation distincte, différente, autre, donc pas canadienne. Autrement, toute aspiration à une quelconque différence et à sa conséquente autonomie est un crime de lèse Canada.

Que les québécois soient plus sensibles au sort du Liban dans ce conflit relève tout d’abord de ce simple calcul : selon la BBC le conflit a fait 102 morts en Israël contre 998 au Liban. La réplique israélienne au Hezbollah est démesurée, en plus de punir lourdement un pays voisin. Que je sache, un bombardement aérien systématique et répété n’est pas la même chose que le tir de roquettes, si nombreuses soient-elles.

Par ailleurs, étant francophones la plupart des québécois ont accès à d’autres médias que les anglo-canadiens qui de toutes façons écoutent surtout la télé américaine. Entendre simplement la position de la France dans ce conflit suffit à relativiser celle de Bush et de son roquet Harper. Et bien sûr, la présence d’une forte communauté libanaise francophone locale crée inévitablement une certaine sympathie.

Quant à l’antisémitisme présumément longuement enraciné au Québec, notons qu’en 1807 la très francophone Trois-Rivières élisait Ezekiel Hart, premier député de religion juive de tout l’Empire britannique. Dans les années 1930, quelques intellectuels québécois ont bien sûr singé la pensée de l’Action française. Mais ce n’était que rhétorique. Le premier ministre de l’époque, Mackenzie King un antisémite caché dont la tête orne les billets de 50$, a systématiquement refusé tous les réfugiés juifs en provenance d’Allemagne. C’était aussi le temps où la vertueuse Université McGill avait des quotas de juifs dans ses facultés, ce qui en amené plusieurs à étudier à la pourtant très catholique Université de Montréal.


Ces préjugés sur le Québec circulent pourtant toujours. Parce que le Canada anglais WASP a une histoire raciste trop longue et trop abondante pour qu’il ne l’assume. Les Amérindiens, les francophones, les irlandais, les juifs, les japonais, les chinois et aujourd’hui les arabes, ça finit par faire beaucoup de monde.

2 août 2006

Coming out

De par chez Embruns j’ai lu ce tas de clichés de la grosse Presse (allégée sur le Net et depuis quelques années aussi sur papier).

Je ne sais pas les marques du linge que je porte, je connais tous les restos du coin où on mange pour moins de 10$, je ne danse pas, déteste le disco en général et le techno en particulier, Madonna m’énerve, je voyage par Allo stop, je ne mémère (presque ) pas, je suis allé 5 fois au max dans le village, je ne suis pas dans le showbiz, je ne suis pas riche, je me meuble à l’Armée du salut ou des surplus des autres, mon écran de télé est très bombé, les gyms me font penser à des salles de torture et les rolleristes m’énervent.

J’ai de l’humour mais je ne suis pas sûr que Mario Girard en ait.

Mais suis gai pareil ;-)

30 juillet 2006

cours et décours

Depuis une semaine ou deux on entend parfois des cigales se plaindre, hier soir j’ai remarqué pour la première fois que les grillons chantaient la nuit, les verges d’ors commencent à fleurir et pour la première fois depuis longtemps, on endure une laine à l’heure de l’apéro. C’est le décours de l’été.

Belle journée à gosser au jardin et à poursuivre le chantier du déménagement de mon bureau vers une nouvelle pièce pour faire place à ma nièce de coloc. L’embêtant quand je fais ce genre d’opération c’est que j’y redécouvre des bouquins que j’avais oublié de lire ou de relire.

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Ainsi j’ai passé quelques heures à pagayer sur l’Orénoque avec Alexandre de Humboldt. À traverser les Andes aussi. À conspuer l’esclavagisme et le sort des incas déchus tout en soupesant la possibilité que l’Amérique espagnole de l’époque devienne indépendante. Un grand homme ce Humboldt. Probablement un des derniers savants universels, à la fois géologue, arpenteur, physicien, astronome, botaniste, linguiste, ethnographe, pour tout dire un premier géographe scientifique ?


Je ne ferai pas sa biographie complète ici, on en trouvera une là. Mais c’est un homme étonnant pour l’époque. Chambellan et noble de Prusse il a passé une bonne partie de sa vie à Paris, sympathisant républicain, méfiant de Empire, déçu de la restauration navré du conservatisme prussien à son retour à Berlin. À 80 ans il sera des funérailles des révolutionnaires allemands de 1848, trop considérable savant pour être inquiété par le régime.


Heureuse époque où ses conférences publiques étaient aussi courues que les concerts de Madonna aujourd’hui. Il recevait des centaines de lettres chaque jour de savants, de curieux ou d’admirateurs. Redoutable capacité de travail pour mener tout ça de front. Célibataire toute sa vie, on croit maintenant savoir qu’il était homosexuel. Sa famille a détruit une bonne partie de sa correspondance trop personnelle, mais j’ai lu de lui une lettre enflammée adressée à son grand amour de jeunesse qui se mariait avec une dame. On connaît bien des exemples de gais dans l’histoire mais rares sont ceux qui n’étaient pas dans les arts et lettres. Un modèle de vie universel, en tout cas.

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À l'épicerie libanaise où j’achète mon pain, partout des affichettes remerciant les gens de bien vouloir donner à la croix rouge. Au dos d’une d’entre elles, quelqu’un avait écrit au proprio qu’on pensait à lui (il est retenu là bas). C’est un coin du monde où les pensées sont moins dangereuses que les prières, mais tout aussi inefficaces. On y sème et engraisse la haine comme s’il s’agissait de gagner un prix à une foire agricole. Méthodiquement. En négligeant qu’à la fin on crée des monstres.

26 juillet 2006

Pétition Liban

Je reprends ici le lien vers le site de la pétition (fort modérée dans les termes) demandant au gouvernement canadien d'intervenir pour faire cesser le massacre au Liban.

Merci à Monsieur Bachand de me l'avoir signalée en commentaire.

24 juillet 2006

Comptabilité

On lit ceci sur le site de Radio Canada :

«Depuis le début de l'intervention israélienne, 319 civils et 26 militaires libanais ont été tués, pour la vaste majorité lors de bombardements. Du côté israélien, 17 civils et 22 militaires ont été tués.»

Et notre crétin de premier ministre plus bushiste que Bush trouve toujours la riposte modérée ?

Cette histoire libanaise est trop triste pour en faire une récupération politique, mais n’empêche qu’encore une fois elle montre la différence québécoise en matière de relations internationales, si on se fie à ce sondage :

«Deux Québécois sur trois (67 pour cent) condamnent la position de Stephen Harper qui appuie l'intervention armée d'Israël au Liban, tandis que 48 pour cent des Canadiens y sont défavorables.»

Même à Québec ?

22 juillet 2006

Jardin mutin

Il pousse des choses étranges dans mon jardin :

Quand on vous dit que la nature est fertile...

En fait, il s'agit d'un champignon (bien) nommé Satyre des chiens ou Mutinus caninus, du genre ( très bien nommé) Phallus, de la famille des Phallacea laquelle appartient à l'ordre des Phallales, comme je l'apprends dans cette page d'un mycologue amateur. Le Phallus impudicus est plus explicite encore.

Il poussait hier dans le bois assez pourri qui retient le sol autout du patio.

C'est un champignon immangeable et qui sent mauvais, ce qui attire les mouches à marde (Musca coprophilla ?) qui en butinent (?) le gland (?).

Au jour d'aujourd'hui il est débandé euh... non... fané. Mettons.

20 juillet 2006

de lacs en lacs

Quelques jours de visites d’amis. Avec Jean-François, nous avons passé les derniers jours caniculaires à tester les rares plages publiques des lacs du coin. La plus belle est sûrement celle-ci sur le bord du très chic Memphrémagog.

C’est un endroit peu connu, don d’un notable local dont la grande gloire est d’avoir traduit le chant patriotique canadien français qu’était O Canada en hymne national canadian. C’est peut être une des plus belles traditions anglo-américaines que ces legs généreux aux municipalités. Si bien que ce vaste terrain est accessible gratuitement à qui veut s’y baigner, y camper ou mettre à l’eau une embarcation. Je reste volontairement vague sur l’emplacement précis de cette rare plage accessible sur le Memphré pour éviter les foules à cet endroit magique. Toutefois, je suis prêt à en donner la direction à toute personne qui veut bien m’y reconduire, je connais d’ailleurs les plus beaux chemins pour s’y rendre.

On est allé aussi au lac Brompton. Belle plage mais il y a foule en ce dimanche caniculaire.

En prenant le chemin de Saint-Georges de Windsor on tombe sur ceci :

C’est un observatoire vachement bien. Et toujours venteux ce qui est chouette quand il fait 32 à l’ombre. On est arrêté au village visiter son église assez remarquable par ses sculptures. Malheureusement le toit coule, les fondations se désagrègent et pour avoir accès aux subventions du patrimoine religieux ce petit village de 300 habitants doit amasser 300 000$. Si bien qu’on y tient tous les dimanches un marché aux puces dans le presbytère vide où les dames de la paroisse y vendent aussi leur artisanat local à des prix ridicules : deux dollars pour une paire de mitaines tricotées main, c’est pas cher, si bien qu’on laisse cinq pour la cause. Avis aux amateurs d’économies et de patrimoine. Et en plus à la fromagerie locale on trouve un cheddar non pressé tellement frais qu’il se compare au Bocconcini.

De beaux et rafraîchissants tours de machine.

12 juillet 2006

Journal extrême

Journées chaudes, pour la première fois de l’été, arrosage matinal du jardin, c’est dire. Temps chaud du cœur de l’été. Propice à des lectures toujours sulfureuses. Je suis retombé dans la lecture du Journal de Jean-Pierre Guay. C’est un cas.

J’en avais dévoré une grande part l’hiver dernier puis suis passé à d’autres choses sans écrire le billet que je voulais. Et voilà que j’ai trouvé trois tomes que je n’avais pas lus, à 1$ pièce, chez François Coté. Plus de mille pages qui ne couvrent même pas deux ans de sa vie. Deux jours de lectures pigrassantes fort agréables.

C’est l’œuvre d’un écrivain qui renonce à la littérature mais pas à écrire. Ni au grand bluff littéraire. Dans les six premiers livres de son journal, cet ancien président de l’Uneq règle son compte au non-Québec, à sa langue qui recule et à sa non-littérature, surtout quand elle poétise. C’est un brasseur de marde me disait un littéraire institutionnel. Voire.

Il raconte tout. Les vacheries entre collègues et amis. Le système des administrateurs, professeurs, universitaires, journaleux, écrivains bien vus de la littéraklatura québécoise. La réalité des jury qui doivent financer 240 000$ de demandes de bourses avec 40 000$ de budget (Cas récent, dont on ne parle pas, multipliez par 100 pour la télé ou le cinéma, dont on parle). Toutes choses qui ne se disent pas mais qui sont la mécanique même des petites cultures subventionnées comme la nôtre. Et encore, tout monde rêve ici des standards européens, bien plus élevés que ceux de la pingre Nord-Américanie. C’est vrai qu’il s’agit de petites cultures en péril comme celles de la France, de l’Allemagne ou du Royaume-Uni (dont nous ne sommes pas tout à fait séparés).

Je comprends qu’on ait détesté Jean-Pierre Guay. Sa vie étant devenue son œuvre, il raconte tout. Il est chum avec Marie-Andrée, la blonde à Gaston (Miron). Déteste Michèle (Lalonde) ou Yves (Beauchemin) collègues de l’UNEQ. Conchie Jean (Royer) alors promoteur littéraire au Devoir, a des tendresses pour Réginald (Martel), toujours à la grosse Presse. Dégonfle les ministres responsables des dossiers. Ne nous épargne rien des douleurs éditoriales de Pierre Tisseyre (CLF) son vénérable et fédéraliste éditeur. S’épanche sur le triste sort de l’écrivain qui attend son livre et se désole ensuite de sa mévente. Il retranscrit ses critiques, sa correspondance, ses conversations téléphoniques et même les sujets, éditeurs et imprimeurs des nombreuses cartes postales qu’il envoie à tout ce beau monde.

On lui a reproché de rendre public ce qui est privé. Question qui ne s’est jamais posée dans la blogosphère, évidemment. Il a d’ailleurs fini par se brouiller avec bien des gens, si je comprends bien. Guay met fin à la première période de son journal en 1988. Sur une lettre de refus de demande de bourse. La même qui circulait alors qu’il travaillait au ministère quinze ans plus tôt.

Le texte de cette redoutable lettre n’a pas grandement changé, quinze ans plus tard (on m’en a fait lire une, il y deux ou trois ans). Les institutions un peu, les budgets ont augmenté, un peu aussi, mais moins que la demande, elle. (En télé, en cinéma, à l’université même, rien, je me tais)


Depuis sa période Tisseyre, Guay a repris la publication de son journal aux Herbes Rouges. Une première série plus personnelle couvre la période 1992-1994. Après un revers financier, écarté un peu plus des ses relations littéraires Guay plonge dans ses rêves, ses prières ou ses chiens à Château Richer. Il y a des trésors dans son naufrage. Puis, en 1999, on le retrouve dans un sous-sol de Beauport asticoté par le Béesse. Plus détaché, drôle encore. Description crue de la vie ordinaire des écrivains purs et durs de la littérature québécoise qui font vivre tout un monde périphérique et qui crèvent. Question cruelle : quelle est la différence de salaire entre un animateur télé, un prof de littérature et un écrivain ? Réponse synergétique.


Guay est attachant, enfant, désespérant, redondant, souvent touchant, parfois agaçant et on y revient toujours. Comme bien des blogueurs. Comme tous ceux dont on lit les journaux, de Montaigne, Saint-Simon à Renaud Camus ou Julien Green. Il m’a donné le goût de lire Léautaud et aussi, parce qu’il le fait trop bien, d’écrire mieux.

C’est déjà ça.


P.S. D’ordinaire, je déteste les parenthèses, mais à lire Guay, on ne peut s’en empêcher. Par contre, il m’a confirmé dans le renoncement aux trois points. Pas encore au point d’interrogation?

9 juillet 2006

lectures sulfureuses

Ce soir j’écris coupé du monde. Des écouteurs sur la tête. Mais devant le jardin.

Dans un lot de bouquins à 1$ trouvé un livre au titre étrange : L’avenir de l’intelligence, d’un auteur infréquentable : Charles Maurras.


Le style est évidemment dépassé, grandiloquent mais tout de même efficace. Sa rhétorique ressemble parfois à celle du chanoine Groulx. Ses idées sont évidemment royalistes nationalistes conservatrices et plus que douteuses. Le pouvoir suprême par les liens du sang contre celui de l’opinion, ça n’est pa une bonne idée. Sauf chez les Bush ou les Kennedy.

J’y trouve des phrases curieuses : « Mais le principal avantage que trouve l’Argent à subventionner ses ennemis déclarés provient de ce que l’Intelligence révolutionnaire sort merveilleusement avilie de ce marché. Elle y perd sa seule source d’autorité, son honneur : du même coup, ses vertueuses protestations retombent à plat. » Tout ça me fait penser aux mésaventures récentes d’un certain quotidien français. Et sera vraisemblablement réécrit ici.

Cela dit c’est une pensée qui a été influente au Québec, et cette curiosité qui me l'a fait lire. On sait que Trudeau et bien des intellectuels de sa génération y ont été sensibles. Dans le contexte catholico national du des collèges classiques des années trente cela se comprend. Mais bon. On en est heureusement revenus depuis.

1 juillet 2006

Le retour du magoua

Le magoua est de retour. De quelques jours autour de Montréal, dont un tour de machine sur le bord de la rivière Châteauguay. De retour de jardinage aussi. De retour au blogue maintenant. Somme toute de retour de vacances.

***

C’est le jour du Canada day. Jusqu’à maintenant je n’ai vu qu’un gars se balader en auto avec un drapeau brésilien, ce qui est de mauvais augure pour la France. Quelques déménagements dans le quartier aussi. Et sans doute il y aura une fête vaguement suivie au Lac des Nations. Je suis rassuré d’ailleurs. Malgré le changement de gouvernement, le Québec a eu encore une fois la moitié du budget de l’anniversaire de la confédération. Ce qui donne une idée de l’enthousiasme spontané local.

On fête quoi d’ailleurs ? Un accord de rationalisation de la gestion des colonies britanniques de l’Amérique du Nord, un acte du parlement britannique. On attendra 1930 avant d’avoir un droit de relations internationales autonomes. Et 1982 avant que cette loi britannique ne devienne une constitution locale, adoptée sans l’accord du Québec.

Il faut lire le discours merveilleux de l’ineffable Stéphane Dion dans le Devoir d’aujourd’hui. Il affirme que le risque d’assimilation des francophones a disparu. C’est vrai que dans son super Canada les francophones de Winnipeg vivent tous les jours en français. S’ils ne sortent pas. Il dit aussi que le Canada est autre chose qu’un accord fiscal. Il a raison.

Le Canada est un contrat auquel il manque des signatures. Celles du Québec et des Amérindiens.

4 juin 2006

Rien

Non suis pas mort, juste pas là. A lire Moderne contre moderne de Philippe Muray. À regarder le jardin pousser. À travailler mon manuscrit. À niaiser sur le web.

J’aime bien dériver comme ça. Je suis doué pour ne rien faire.

23 mai 2006

Sherbrooke Urbain 2 : de la reine aux castors.

Après plus d’un an, reprenons cette chronique lâchement abandonnée.

1. Les castors sont de retour.

Il y a bien des années les Castors de Sherbrooke étaient l’équipe de hockey locale. Voilà t’y pas que leur mascotte sévit au centre-ville. Disons que de puis quelques années les berges des gorges de la rivière Magog souffrent d’un certain déboisement. Ainsi, finis les amélanchiers qui fleurissaient autrefois. (voir ancien blogue au 17 mai 2005)

Voilà maintenant qu’ils s’attaquent aux chênes :

Le castor urbain est un squatteur. Pas besoin de construire de barrage, Hydro Sherbrooke est là.

Quant à la hutte, un coin de berge suffit. Je ne sais pas pourquoi, mais j’imagine ce castor un peu punk.

Et je peux confirmer que la bête est bien là. Comme je montrais la hutte à un ami, celui-ci, qui a un œil plus vif que le mien, a attiré mon attention sur deux petites oreilles qui traversaient la rivière. Castor bien confirmé donc, par ce genre de soir où on regrette de ne pas traîner la caméra. Beau problème en vue pour les écolos : doit-on privilégier la vie sauvage ou les arbres ? Et qu’importent les jérémiades des amis des bêtes, je pense que le métier de trappeur urbain a de l’avenir. Cet ami a vu un vison dans cette rivière, moi j'y ai vu une loutre et il y a des rats musqués en quantité. De quoi se faire un petit manteau ?

2 Sherbrooke plus reine que jamais.

Autrefois Sherbrooke était surnommée reine des Cantons. Depuis la fusion, le slogan est devenu Sherbrooke plus que jamais. Voilà que l’harmonisation des noms de rue des villes fusionnées crée une intersection hyper royaliste :

Ce coin de rue est situé juste en haut de la rue King, évidemment. Notez au passage à quel point les nouveaux panneaux de rue sont moches.

Pour l’anecdote, disons que le comité de toponymie avait plutôt prévu renommer cette rue René Lévesque mais quelques vieux anglos qui l’habitent s’y sont opposés. On se demande pourquoi. Et on ne se demande pas pourquoi notre maire ultrafédéraliste a préféré plier.

C’est vrai que nous sommes au royaume de Jean Charest.

21 mai 2006

24 heures ou moins

Après une brève éclaircie, le temps est revenu à son aspect normal des derniers jours : pluvieux, venteux et frais. Le jardin était à son apogée printanière mardi dernier où j’ai pris cette image.

Depuis, je me suis réencabanné dans les livres. Continué d’explorer Marcel Aymé en dévorant Les tiroirs de l’inconnu, belle prescience de l’époque qui est la nôtre. Je m’attaque maintenant à l’histoire de la maison québécoise de Paul-Louis Martin, question d’enrichir la réécriture du mémoire.

***

J’ai également eu le plaisir de recevoir un abonnement au service expérimental Cinéroute de l’ONF. On est loin d’avoir accès à tout leur riche catalogue, mais il y a de quoi meubler quelques journées pluvieuses. Ainsi, j'ai exploré les oeuvres de ce cinéaste mythique au Québec qu’est Gilles Groulx. C’est vraiment un cinéma d’auteur, étrange, expérimental mais pourtant prémonitoire.

J’ai revu son célèbre 24 heures ou plus, film militant tourné en 1971, censuré par l’ONF, qui en a retardé la sortie à 1976. Censure bien inefficace puisque je l’avais vu en vidéo au cégep avant sa sortie officielle. Le film m’avait marqué par sa qualité et sa vérité mais son ton gogauche m’avait agacé à l’époque, pris que j’étais dans les magouilles des groupuscules M-L, trotskystes et autres qui cherchaient à contrôler les associations étudiantes.

Revoir ce film trente ans plus tard, à tête reposée, m’en a fait encore plus apprécier ses qualités filmiques. Le montage est nerveux, l’alternance couleur/noir et blanc efficace. La musique du groupe Offenbach, planante. Quant au propos, le temps a fait son œuvre et on se rend compte que ce Québec du temps est loin de l’actuel. Voir Claude Beauchamp futur fondateur du groupe Transcontinental (Publisac, Les Affaires, etc.), délégué syndical CSN de La Presse s’en prendre à son patron Desmarais est ironique. Et est-ce bien Alain Dubuc qu’on voit opiner derrière Michel Chartrand ?

Bernard Derome est déjà là. Grand et bon témoignage d’une époque.

Sur le fond, on se rend compte que bien des réformes sur le droit du travail ont été faites. Que les problèmes de santé et sécurité au travail sont probablement moins épouvantables, remplacés par la précarité. Les tensions ouvrières de l’époque se sont aussi apaisées dans la concertation péquiste. Elles se sont noyées depuis dans la mondialisation. Je serais curieux de voir aujourd’hui en version comparée ce long plan séquence du début qui traverse, en train, le vieux quartier industriel du Sud-Ouest de Montréal. Que d’usines fermées ! Que de condos pour jeunes guerriers de la nouvelle économie en vue !

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Comment faire en 2006 le même portrait réaliste social de Groulx ? Il faudrait trouver un noble producteur du plateau, bien vu de la SODEC ou de Téléfilm Canada ou de tout autre subventionneur. Prévoir des pauses publicitaires pour le diffuseur télé. Gommer les scènes trop longues, trop réelles, pas assez glamour. Se faire accompagner d’un pédant médiatique. Abuser des gadgets techniques et des plans croches. En un mot, faire de la télé.

Normal. Elle est devenue la réalité.

13 mai 2006

Patrouillage

Petit après midi tranquille à relire Philippe Muray que j’aime toujours autant. Je me rends compte qu’on peut perdre facilement beaucoup de temps sur le net, surtout quand il pleut. Il y aurait d’ailleurs toute une recherche à faire sur la corrélation entre le temps qu’il fait et la fréquentation du ouèbe. Mes errances m’ont porté à patrouiller la réception française du film C.R.A.Z.Y.

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De ce que j’ai vu des blogues indexés par google, ce n’est pas si mal. Bien aimé le commentaire de Matoo qui prouve qu’entre le 93 et le 450 il n’y a pas toujours un océan. La meilleure talle de commentaires que j’aie lu est celle d’Allociné. Bonne compilation de presse et mes prédictions étaient pessimistes : comme je le pensais, Le Monde n’a pas aimé, mais, par contre, Télérama a adoré.

Les commentaires du public y sont élogieux, le film est même le plus apprécié des utilisateurs de ce site. En lisant les commentaires, on voit que l’histoire est bien comprise, que la bande son joue son effet. Le cas de l’accent est intéressant. Peut être le tiers des usagers du site en parlent, rarement pour s’en plaindre, parfois pour le pittoresque, ce qui est toujours un peu vexant. Mais on sent que ce n’était pas une mauvaise idée de sous-titrer une partie du film. Ce qui ne m’offusque pas du tout.

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J’ai eu une bonne discussion à ce sujet avec l’ami poète. Il y a, bien sûr, une question d’oreille. On est habitué ici au français standard pratiqué dans les médias écrits ou parlés. On est familiers à l’accent français parce qu’il est largement diffusé au Québec par les films, la télé, la chanson, etc. Et nos chanteuses prennent l’accent là-bas, ce qui est bien, puisque dans certains cas, elles ne sévissent plus ici.

Mais revenons à cette question d’accent. Le poète me faisait remarquer que c’est tout à fait normal qu’un français qui entend pour la première fois les sons matdirdekwa pense plus à un mot huron qu’au vieux français je vas te dire de quoi. C’est une forme de créolisation. Concept un peu colonialiste, prouvé par l’existence de Druon. Pourtant. Ça m’a pris pas mal de temps à comprendre ce que kiffer veut dire. Et je pigeais que dalle à mes premiers San Antonio. Dirait-on que la banlieue parisienne se créolise ? Possible. Le pauvre est toujours un colonial. Quelle que soit sa couleur. Certaines sont plus colonisées que d’autres.

Quoiqu’il en soit, au Québec la colonisation a une langue, mais ce n’est plus le français depuis 1763. Le francais y est une résistance. Et nous sommes trop riches pour être une colonie. Quoique. Ça dépend des quartiers.

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Lisant tout ça, je me suis posé une question existentielle. Pourquoi les français ne retiennent du Québec que le sacre tabarnak. C’est vrai que le mot est passé aussi en espagnol et sans doute dans quelques langues amérindiennes; mais ciboère, y’en a une ostie de calisse de gagne d’autres, viarge.

12 mai 2006

Doux printemps

L’avantage d’un blogue sur un jardin, c’est que les mauvaises herbes n’y poussent pas quand on le néglige. Il a tellement fait beau ces derniers jours que je me suis laissé aller à une douce farniente entre deux coups de jardinage. C’est la magie du printemps au Québec, on passe des bourgeons aux premières feuilles en une semaine ou presque. Et chaque jour de nouvelles fleurs au jardin, des plantes à transplanter, des boutures et des semis à faire. Journée douce encore aujourd’hui mais on sent la pluie qui vient et une bonne odeur de gazon coupé.

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Lu ces derniers jours La Jument verte de Marcel Aymé, que je rebaptiserais bien volontiers la France chaouine. J’aime bien cet auteur qui sait observer ses personnages avec amour mais non sans ironie. Lu aussi Le Goût de Monsieur, un des tomes de l’histoire de l’homosexualité masculine de Didier Godard. Au fond, sa thèse est simple, c’est le 19e siècle, la première moitié du 20e (et encore) qui sont les périodes les plus sombres dans ce domaine, puisqu’à la répression légale se sont ajoutées les répressions sociales, familiales ou psychologiques. L’interdiction des amours masculines en devient plus totale qu’avant. Et bien plus dangereuse aussi. Car elle tue beaucoup plus par suicides plutôt que par quelques rares bûchers de sodomites. C’est tellement plus discret.

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Pour le reste, j’attends mon chômage, je mijote sur le doc et médite sur le bouquin à tirer de ma maîtrise. Ce chantier s’ouvrira la semaine prochaine.

Surtout s’il pleut

Et les oies ? Demain.

6 mai 2006

Palindrone temporel: 06/05/06

Le blogueur que je suis est atteint du syndrome annuel des ongles noirs. Qui consiste tout simplement à passer plus de temps à guizounner au jardin qu’à s’asseoir devant un ordi. Je viens de passer quelques belles soirées à regarder le soleil jouer avec les bourgeons, l’herbe et les nouvelles pousses. On a tellement chanté les couleurs de l’automne qu’on en oublie qu’au printemps, si le spectacle est plus discret, il n’en est pas moins beau. Tout le plaisir du jardinage est dans sa contemplation.

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Visite aujourd’hui de ma sœur et de sa fille, qui s’inscrit en sciences pures à l’Université de Sherby. On a convenu que je lui louerai une chambre ce qui m’aidera à payer le loyer à court terme. Drôle de cohabitation en vue. Nous vivons sur des planètes différentes elle prototype de la nerds et moi plutôt bohème. Tant qu’à changer des habitudes, changeons les.

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Le Québec est décidément un territoire politique étrange. Voilà que Le Devoir propose par sondage interposé un mariage politique Lucien Bouchard/Mario Dumont. Qui ferait un tabac politique. Le gros bon sens au pouvoir. Cela prouve que le Québec – et avec lui bien d’autres sociétés politiques – se cherche encore un messie, même s’il a deux têtes. Deux hommes étrangers à leurs anciens partis. Deux assis entre deux chaises contre les deux chefs trop petits pour les leurs que sont Charest et Boisclair. Belle tablée! Et au menu: 140 ans de fiction canadienne, une constitution bien faisandée, du pétrole et de l’électricité. Au centre, une province prédatrice qui se prend pour le Canada mais dont le chef ne sait trop que faire, alors qu’un prince vaguement russo-anglo-québécois-harvardien torontois patiente dans l’antichambre pour l’exalter.

Le feuilleton continue.