27 avril 2006

Histoires

Grosse manchette du Devoir sur l’édulcoration des programmes d'histoire au Québec. À lire l’article de Robitaille on veut verser dans le politiquement correct et éviter de trop mettre l’accent sur les conflits, notamment entre francophones et anglophones. C’est évident que l’histoire se réécrit toujours. On sait à quel point elle participe à la construction des nations, ou du moins de leurs imaginaires collectifs.


Pour ma part c’est effectivement par le cours d’histoire Canada-Québec que le trudeauiste que j’étais est devenu souverainiste. Non pas tant que mon prof ait été militant, mais disons que la mauvaise foi britannico-canadienne revient tellement souvent qu’on ne peut que tirer les conclusions qui s’imposent. Au fond, c’est normal aussi quand on a été colonisé de ne pas trop aimer la culture du colonisateur, et ça explique autant la méfiance envers les Anglais que la trouble relation Québec-France dont parlait le Devoir de samedi dernier.

Ce n’est pas mauvais en soi que l’histoire du Québec soit un peu ethno-centrée, après tout s’il existe un cas québécois cela vient précisément de cet acharnement étrange à vivre en français en Amérique. Encore qu’on devrait plutôt parler d’une histoire linguo-centrée puisqu’on trouvera toujours dans l’arbre généalogique d’un québécois de souche un irlandais, un anglais, un écossais, un allemand, un acadien et plus d’amérindiens qu’on ne le croit généralement. Et encore là, la souche français est assez diversifiée elle aussi : le premier ancètre du coté de ma mère était breton, poitevin du côté paternel. Il aurait pu être gascon, basque, normand, picard ou parisien.

Au fond, la ceinture fléchée était un beau symbole. Pure laine. Mais de brins de toutes les couleurs.

17 avril 2006

Sainte Toutoune et les oies

Des fois les meilleurs tours de machines sont ceux où on part sans trop savoir où on va et surtout comment on y arrive. Ça été le cas dimanche dernier quand mon vieil ami Daniel est passé me prendre chez ma mère sur la rive sud. Photographe accompli, il avait la vague idée d’aller voir la migration des oies blanches. Mais nous avons dérivé. Vers Saint-Amable tout d’abord, village mythique et perdu de la rive Sud. C’était un de ces coins pauvres du Québec, nid de quêteux de magouas et de chaouins, comme Saint-Gervais dans le bout de Bellechasse. Il y a 20 ans c’était la capitale des dépotoirs plus ou moins légaux de la Rive Sud de Montréal. C’est devenu la capitale de l’asperge locale et une banlieue banale. La surprise venait après. A Sainte-Toutoune.

Sainte-Toutoune, c’est le surnom local de Sainte-Théodosie, petit village perdu entre Verchères et Saint-Marc-sur-Richelieu. Le vrai nom de ce village est en fait devenu Calixa-Lavallée, du nom de l’auteur de la musique du O Canada. Pas sûr qu’il ait gagné au change.

Mais ce qu’il n’a pas perdu c’est sa richesse architecturale. Le village est sans doute un des mieux conservés du Québec. Il a à peine été modernisé. Nous nous sommes arrêtés évidemment à l’église, une des rares encore entourée par le cimetière, selon la vieille coutume.

A coté il y avait cette vieille maison de la fin du XVIIIe, à l’œil. Cela se voit au solage peu élevé de terre et à la fenestration asymétrique. Elle est évidemment accompagnée de sa cuisine d’été en bois et d’une grange ancienne.










Pendant que Daniel mitraillait le secteur avec sa caméra gros calibre un type s’approche de lui et lui demande s’il vient d’un quelconque ministère. Ce qui entame la conversation et le mec nous invite à voir sa boutique de forge qu’il a reconstituée. Mon grand-père était forgeron de village alors j’étais curieux de voir ce lieu qui nous était toujours interdit, étant jeunes.

Il y a d’abord un attirail impressionnant, résultat de quelques successions. Le gars a décidé dans le fond de maintenir en vie un métier qui se perd. C’est son passe-temps. Il fait partie d’une association qui s’est donné comme but de préserver ce patrimoine immatériel que sont les métiers anciens. Parmi ses trésors, il y a une série de moules de toute sortes dont un à crucifix :











Et cette curieuse version d’un tableau connu :


Et on est finalement repartis, munis d’une grosse cuillère en étain à motifs amérindiens sortie d’un moule du début de la colonie peut-être.

Le rang de la Beauce qui suit le village est sans doute la plus grande concentration de maisons de pierres que j’aie vue au Québec et les bâtiments de ferme sont anciens aussi. Sans doute une des plus beaux paysages ruraux profonds du Québec, un des mieux préservés sûrement, il est maintenant heureusement classé.

Et les oies ? On les a vues, mais ce sera pour une prochaine fois.

16 avril 2006

Rien de Pâques

Toute la journée a été grise, novembresque, mais au moins deux fleurs dans le jardin ; une sauvage, le tussilage, vraie première fleur à pousser ici et des primevères revenues de l’an dernier. Les tulipes poussent, le gazon verdit.

Je n’ai pas trop la tête à bloguer, emmêlé que je suis dans ma tête et mes cv. J’ai des goûts de grand ménage, de boîtes même. Je sens une page qui tourne. Un détachement qui se fait tranquillement aussi. L’intuition est bonne pour le moment. Mais encore trop de choses sont possibles. Éclaircies en vues malgré tout.

Ainsi qu’un tour de machine à écrire et des impressions de Trois-Rivières à noter dès que ma caméra débogue.

12 avril 2006

Première veillée

Aujourd’hui temps presque chaud. Première presque journée d’été. Le soleil est parti la pluie s’en vient. Suis arrivé de Montréal ce midi, je viens de passer deux heures à nettoyer le jardin. Il vente un peu mais l’air est doux et les oiseaux entament leur concert du soir.

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Je suis revenu de Trois-Rivières hier, encore plus perplexe que quand je suis parti. Mon contact là-bas m’a plutôt suggéré un sujet nouveau, plus près de la géographie physique que de l’humaine. Ce n’est pas trop dans mes cordes mais peut-être plus court à réaliser que ce à quoi j’avais pensé. Le contact a été très sympathique. Par contre, les locaux de l’UQTR ressemblent à un gros cégep, dans le style carcéral des années 1970.

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Mes nombreux déplacements en bus m’ont permis de lire Le cœur éclaté de Tremblay. Une belle histoire. J’ai mieux compris le génie de sa langue. Elle est québécoise à tel point que les dialogues qui se passent à Key West, qu’on imagine en anglais, sont traduits en québécois de Tremblay qui est une savante notation. On serait curieux de lui faire traduire Kérouak, c’est une langue plus amériquaine que celle du VIe arrondissement de Paris.

En ce sens, le faux débat sur Tremblay, bien rendu chez Laurent, me semble plus refléter la profonde nullité des grands médias québécois. On fait une montagne probablement parce que le journaliste québécois moyen ne l’a jamais lu. Ou compris. Parce que le journaliste québécois moyen est expert ailleurs. Ainsi RDI a été bien déçue de ne pouvoir faire son émission spéciale sur le libération conditionnelle de Guy Cloutier. On a du paniquer dans salles de rédaction sur le non événement qui en devient forcément un puisqu’on en parle.

Pendant ce temps, il y avait combien d’autres procédures semblables au Québec ?

Décidément, le téléjournal est devenu un très mauvais téléroman.

7 avril 2006

Chaouin ?

L’activité bloguante doit être inversement proportionnelle aux préoccupations du blogueur. Bien des choses en réflexion, démarches et autres en vue. En fait, je ne suis pas tant occupé que préoccupé. Je n’aime pas le changement mais il est inévitable, je crois. Entrevue lundi sur le projet de doctorat. Exploration concomitante de Trois-Rivières, éventuelle nouvelle ville cet automne ? Et tiens c’est vrai un magoua ça vient de Trois-Rivières non ?

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Par ailleurs, mon loyer n’est plus compatible avec la chute de mes revenus. Cela rend la relocalisation inévitable à court terme. Mais, compte tenu de mon sujet de doctorat et des revenus d’emploi possibles, ce serait utile de garder un pied-à-terre à Sherbrooke? Comment ?

Et puis, hier quelqu’un a glissé dans mon casier une offre d’emploi. Remplacement d’un an d’un prof dans mon domaine. À Winnipeg. Ça m’a fait rêver un peu. Partir un an dans la splendeur du Manitoba. Boulot payant sûrement. Peu de candidatures vraisemblablement. Mais Winnipeg! Ça prend un passeport pour aller là ? En tout cas, paraît que les nuits y sont longues.

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Je pars pour la banlieue profonde de Montréal demain. Vais voir ma famille là-bas ce qui m’aidera sans doute à démêler mes idées. J’en ai besoin je pense. J’y aurais bien pris une bière avec le capitaine mais il recevait jeudi, et le jeudi je suis de permanence aux Beaux Dimanches. Suis bien touché qu’il m’ait mis dans sa blogoliste, ça incite à continuer. Et à mettre à jour la mienne aussi.

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Mais là encore, possible que le magoua s’enchaouinise bientôt. Je songe en effet à une mutation de ce blogue. Un nouveau titre en tout cas. L’esprit chaouin. On peut jouer au magoua à Sherbrooke mais à Trois-Rivières le mot a un sens tout autre. Le chaouin est une manière de magoua, mais du piémont appalachien. Mon vieux chum Boisvert a écrit un livre là-dessus. Le texte d’ouverture s’intitule L’esprit chaouin préféré à la pensée niaiseuse. On lit ce début de poème :

Encombré d’altitudes sur des seuils captifs
les averses lui creusent la ride appalache.
Le monde d’abord étonne, mais il croule;
la braise westerne écarlate une lune intégrale
et, l’âme basse dans la distance qui l’étreint,
le mouton s’arrête.

Yves Boisvert, Les chaouins, XYZ/Le Sabord

Je pense que le mouton s’arrête pour voir quelque chose de neuf, dans mon cas.

À moins qu’il ne devienne un loup ?

1 avril 2006

Fin de parenthèse(s)

Fin de la parenthèse de presqu’été. Encore cet avant-midi j’avais trop chaud faisant mes courses en chandail de laine. Et hier petit apéro au jardin avec des amis. On en est pas aux doux soirs, il faisait 21 à 17h mais 6 à 20h. Quand même il y a quelque chose d’enivrant à suer en défrichant le jardin au gros soleil le 31 mars. Les bouteilles subséquentes l’ont d’ailleurs confirmé.

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Mes démélés académiques se sont soldés par une ultra solution : le cours est annulé. Tout le monde y perd, mais l’honneur est sauf. Un câble de moins qui me retient ici. Du boulot à trouver aussi. Et direction Trois-Rivières ?

Il y a un pont à traverser.

25 mars 2006

Académie sans star

Malgré les nuages, on dirait que le printemps veut percer. Il ne reste plus de neige au jardin. Après le crachin du matin on a une belle éclaircie propice au ravitaillement à pied.

Une dent en moins depuis hier. Une dent en plus contre les dessous parfois peu reluisants de la vie universitaire.

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J’ai appris jeudi, par hasard, qu’un département voisin offre cet été un cours en tout point semblable à celui que je donnais depuis six ans. Le poste est attribué. J’aurais eu l’ancienneté mais trop tard, le concours est terminé. On aurait pu me prévenir. On ne l’a pas fait. On aurait pu prévenir mon département. Pas plus. C’est le genre de jambettes interdisciplinaires plus fréquentes qu’on ne le croit dans ce monde. On fait de grands discours sur l’intégration des chargés de cours. On en fait de plus grands encore sur la nécessaire interdisciplinarité. Mais le fric, l’administration sont prioritaires et la compétition pour les dollars par tête d’étudiant est plus féroce que les beaux principes.

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Par contre, ça a fait drôle de voir ma recherche reprise par un prof qui ne connaît pas le sujet. Il m’a bien crédité. De mon coté, je me rends compte que ce contenu est intéressant. Et il va me refiler les splendides diapos de la présentation. Faudrait bien que je me trouve un endroit où colloquiser la chose. Publish or perish qu’y disaient.

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Je me rends compte quand même que, tout précaire qu’il soit, le métier de chargé de cours a un grand avantage, celui de rester toujours un peu périphérique aux institutions. Je ne dépends pas des domaines de recherche et de la bureaucratie qui va avec. Je choisis mon sujet de doctorat pas parce qu’il est finançable mais parce qu’il m’intéresse. C’est une liberté rare de nos jours. Elle a un prix que j’assume.

Cela s’appelle la liberté académique.

L’argent l’enchaîne peut-être un peu trop aujourd’hui.

18 mars 2006

Métonymies toujours

Il fait aujourd’hui un froid coupant, un vent aigre sous des nuages indifférents qui crachent quelques maigres flocons. Comme si l’hiver doux se venge des sa faiblesse générale en s’éternisant. Un hiver louseur qui s’acharne malgré sa défaite inéluctable. Je suis sorti à peine pour faire quelques courses et j’ai gelé autant que par moins 25.

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Les choses commencent à se dessiner tranquillement. Je vais bientôt rencontrer une prof de l’UQTR pour explorer l’idée d’un doctorat en études québécoises. Je n’ai pas assez de travail ici alors passons à autre chose. Je me rends compte en peaufinant mon projet et sujet que ce sera un gros contrat. La démarche doit aussi être rare : entamer un doctorat à 47 ans est chose étrange. Je m’imaginais hier performer dans un séminaire avec des jeunes qui pourraient presque avoir l’âge des enfants que je n’ai pas eu. On verra bien sur place les modalités de la chose.

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Je compte quand même financer mes études en continuant mes rares charges de cours ici. C’est un métier que j’aime bien, la paye est presque bonne, même si je constate que l’intérêt pour la géographie reste fort limité dans mon propre département. J’ai même du dépanner un collègue trop dur scientifique pour savoir quoi dire à un raoût universitaire sur le développement durable. Je riais dans ma barbe de voir cet illustre défenseur des vraies sciences s’abaisser à aller chercher les lumières d’un humble humaniste, simple chargé de cours par surcroît. Je lui ai conseillé la lecture de mon mémoire J’espère qu’il lira la conclusion :

«Au début des années 1980, j’ai commencé mes études au département de géographie de la Faculté des Arts de l’Université de Sherbrooke. Je me suis inscrit en maîtrise à ce qui était devenu le Département de géographie et de télédétection de la Faculté des lettres et sciences humaines. Au moment d’écrire ces lignes (octobre 2003) ce département entend changer de nom pour en devenir un de géomatique appliquée. On n’en est pas encore à la faculté de gestion ou de génie social.

Il ne s’agit pas ici de contester ces changements. Ils sont cependant symptomatiques d’une époque en perte de sens. Si les mots veulent dire quelque chose on remarque une sorte de glissement métonymique dans l’appellation de mon propre département. On le sait, la métonymie consiste, à prendre l’objet pour le contenu et vice-versa. On peut donc se demander si toutes ces techniques qui nous permettent de mieux voir la terre ou de mieux en cartographier les éléments ne sont pas en train de devenir une fin elles-mêmes, quitte à faire l’économie de ce qu’elles sont supposées nous aider à voir.(…) On se demande si à force de s’acharner à maîtriser ces merveilleux instruments on n’oubliera pas un peu de se demander à quoi ils servent.
(...)
À l’heure de la société du spectacle, décrite par Debord (1996), des rencontres virtuelles par Internet, du cocooning, on peut se demander si on a encore besoin de toutes façons de la réalité. Le contenu est si peu important. (…).»

***

Ajoutons que le dernier changement d’appellation de mon département survenait après des menaces de fermeture de la part d’un certain Pierre Reid, alors recteur de l’université.

Et dans le fond, ma théorie de la métonymie générale s’appliquerait bien au gouvernement dont il fait partie. En politique, la gestion d’image c’est ce qui compte de nos jours. Mais si on ne fait que ça, ça ne marche pas toujours. Heureusement.

Jean Charest en est la preuve.

Quoique.

15 mars 2006

Propos vides sur le néant

Jean Charest, c’est vraiment n’importe quoi. C’est un non-premier ministre. Une entité qui occupe une fonction question de faire marcher la machine. Non seulement son bureau est incapable de lui écrire un discours sans fautes, il n’est pas capable non plus d’y ajouter une once de contenu.

Je viens de relire le texte de ce soporifique discours inaugural et j’y vois en conclusion cette phrase clef : À la question nationale, nous allons proposer la richesse nationale. C’est tout Charest en une ligne. Cela ne veut tout simplement rien dire. Proposer la richesse nationale pour répondre à la question nationale ? Acheter le monde donc. À moins que ce ne soit un choix ? Ou l’indépendance ou la richesse. Pourtant le Québec est relativement plus pauvre que la moyenne canadienne. Et la province quémande à Ottawa. Pourrait-on dire qu’à la pauvreté fédérale on doit proposer la question fédérale ?

***

Pas un mot sur la culture si ce n’est pour la figuration à l’UNESCO ; au moins, M. Charest ne s’aventure pas à parler de ce qu’il ne connaît pas. Et le développement durable. Ça pis la tarte aux pommes. C’est vrai que ça dure les condos dans les parcs nationaux.

***

Dans tout discours Charestien revient toujours le mot leadership. C’est un refrain, une incantation. C’est tout à fait normal.

On fait des incantations pour demander ce qu’on n’a pas, c’est connu.

11 mars 2006

Ayoye

J’ai passé hier une des pires journées de ma vie. Depuis quelques jours une vieille carie se rappelait à mon souvenir. Et dans la nuit de jeudi à vendredi on sentait l’abcès grossir. Ouille. Ouille. Ouille. Et un cours à donner dans cet état. Aie. J’ai réussi à le faire mais j’étais complètement mort après. Malgré les anti-inflammatoires, la douleur est insupportable toute la journée, les muscles font mal. Rendez-vous d’urgence chez le dentiste qui ne peut faire mieux que de me prescrire des antibios en attendant l’extraction. Retour sous la pluie les jambes me font mal, la gencive hurle. Pas capable de rester debout plus qu’une heure. Pas capable de rien manger sauf des repas liquides en canne trop sucrés qui ravivent la douleur.


Nuit agitée nombreux réveils la douleur s’est atténuée mais ma joue est tellement gonflée ce matin que j’ai le sourire de Jean Chrétien.

Je connais quelqu’un qui va vedger toute la journée.

7 mars 2006

Souvenances et marche sur les eaux.

C’est donc avec mon vieil ami Daniel qui tient la caméra mieux que moi et qui a pris les photos que je suis retourné marcher sur les eaux du fleuve. Plus précisément sur le pont de glace qui relie la rive sud et les îles de Boucherville.


On est ici à peu près au milieu de ce bras du fleuve. Avec l’hiver assez doux que nous avions eu le pont ne s’est formé qu’au cours des dernières semaines et les grands vents ont soudé les glaçons pour former une surface chaotique que la neige a plus ou moins recouverte. Il restait encore des espaces libres de part et d’autre du pont, mais la glace semblait assez solide pour traverser. Comme sembler n’est pas suffisant pour nous, nous avons fait demi-tour.



On voit ici le village avec les toits de tôle de l’église, du couvent et du gros presbytère qui brillent au soleil. C’est l’archétype des vieux villages du Saint Laurent, un paysage emblématique du Québec. Il a failli être gâché complètement. Dans les années soixante, on prévoyait y prolonger sur la berge du fleuve l’autoroute 132 qui y a hélas été construite partout ailleurs sur la rive sud. Mon défunt père ingénieur qui travaillait pour la municipalité à l’époque s’y est opposé (avec beaucoup d’autres aussi) tant et si bien qu’on en a détourné le tracé. Son argument était imparable : à quoi ça sert de construire des échangeurs dont la moitié ne dessert que des canards ?

Voici la rue Saint-Charles qui était encore la rue commerçante du village quand j’étais jeune. Elle s’est assoupie depuis et les quelques commerces qui y restent ne sont que bons restos ou boutiques d’antiquités et d’artisanat. Depuis on en est à la troisième génération de centres d’achats. Et le plus ironique, c’est que la municipalité veut maintenant reconstruire une rue piétonne villageoise ailleurs, au milieu de cette mer de bungalows chics qu’est devenue ma lointaine banlieue du temps.

Et ça fait 25 ans que je l’ai quittée, après y avoir habité 20 ans. Voilà que je pourrais bien quitter Sherbrooke aussi. Le temps passe, les paysages restent. Mais se transforment.
Les humains suivent le cours du temps.

5 mars 2006

en banlieue

Je suis sur la rive sud de Montréal chez ma mère et ma sœur. De retour d’une ballade dans le village noyé dans une mer de bungalow. J’ai passé ici mon enfance et ma jeunesse, ça fait toujours étrange de revoir les traces anciennes. Le village s’est considérablement gentrifié et les petites maisons des journaliers pauvres sont devenues coquettes. Et il y a le fleuve Saint-Laurent sur lequel j’ai marché un peu. Un pont de glace le relie aux iles. Je n’ai pas eu le courage de traverser, il y avait encore un petit vent frais mais je me promets de le faire d’ici la fin de mon séjour.
En empruntant l’appareil photo de ma sœur, question de vous en faire profiter.
Sinon rien à signaler de neuf, on attend des nouvelles

28 février 2006

Mariages

Il fait un froid québécois depuis quelques jours avec un vent aigre qui empêche le soleil de l’atténuer. En ce genre de temps le magoua s’active à classer ses papiers pour trouver les reçus d’impôts des deux dernières années pour calmer le fisc et lui réclamer son dû. Rentrée d’argent utile en ces temps incertains. Cette semaine de relâche me servira aussi à faire avancer quelques projets à moyen terme, nouveaux cours à proposer et possible inscription au doctorat l’automne prochain.

***

Ce temps propice à la lecture m’a fait commencer l’histoire de l’homosexualité masculine de Didier Godard. Je n’en suis qu’à la première moitié du premier tome et j’aime bien. C’est une synthèse bien construite de choses lues ailleurs, chez Boswell notamment, mais le parti pris de vulgarisation ne simplifie pas trop et demeure plus agréable à lire que les traités érudits.

Lecture d’autant plus pertinente que des prêtres québécois contestent l’attitude de fermeture de l’Église locale et pontificale face à l’homosexualité. Il s’était dit des énormités à ce sujet durant le débat l’an dernier et ma lecture de Godard me rappelle quelques faits bien connus pourtant trop oubliés. Tout d’abord que le mariage comme sacrement religieux n’a été institué qu’au XIIe siècle et n’est donc pas si fondamentalement chrétien. . Qu’il existait dans le rite byzantin un cérémonial d’union de personnes de même sexe, utilisé presque jusqu’au début de XXe siècle. Que l’Église vouait un culte à Saint Serge et Saint Bacchus (fête le 7 octobre selon le calendrier liturgique) un couple de deux gars martyres romains. Ils ont même encore un sanctuaire à Constantinople, aujourd’hui Istanbul.

Saint Serge et Saint Bacchus Photo trouvée ici

La leçon de Goddard jusqu’ici est simple, la répression de l’homosexualité est quelque chose de récent et servait à des fins plus souvent politiques que morales. Je vous laisse conclure.

J’y reviendrai.

24 février 2006

Brokeback Mountain

Suis finalement allé voir Brokeback Mountain mercredi dernier. Rarement film m’aura autant ému. Les mauvaises langues diront que comme je vois un film ou deux par année, c’est normal, mais j’en suis quand même sorti tout chose et le film me hante depuis. On a tout dit sur ce film. Ce n’est pas un film gai, dans tous les sens du terme. C’est l’histoire d’occasions ratées, d’un amour impossible comme Tristan et Iseult sauf qu’il s’agit de deux Tristans. J’ai aimé la sobriété du film, ses silences, son coté ordinaire dans un espace qui ne l’est pas. Il m’a ramené à mes hésitations, à mes refus aussi. À mes silences obligés.

Ce film juge l’Amérique et son puritanisme mais, en ce domaine, elle n’a pas de leçons à recevoir de la moitié de l’humanité. Il y a des Brokeback Mountain, en Chine, en Inde, dans la moitié du monde musulman ou de l’Afrique. Dans le Québec profond des années soixante aussi comme au Wyoming.

***

C’est aussi une belle observation du monde états-unien. Pauvres et riches dans les mêmes croyances, floues mais présentes. Les uns dans l’arrogance criarde les autres dans la misère silencieuse. D’un coté, le Texas exubérant, riche et sans cœur. De l’autre, le Wyoming comme une Nouvelle-Angleterre perdue dans un décor étranger. L’Amérique des louseurs.

Qui y croient encore.

21 février 2006

Au neutre

Le temps est gris. L’hiver passe au neutre. Il tombe une petite neige décorative. Le ciel a la blancheur orangée des lumières urbaines.

Je me sens un peu sur le neutre aussi. Je me cherche du boulot. Pour le moment je tâte le terrain dans les quelques universités que je connais, mais je sens qu’il me faudra aussi voir ailleurs. Un ami m’a suggéré de présenter un projet en radio que je commence à gosser sans trop savoir comment m’y prendre. Ca me ferait probablement du bien de retâter de ce media où je me suis bien amusé il y a 15 ans, mais la concurrence est féroce et le marché petit.

Et mauvaise nouvelle aujourd’hui l’appart pas cher sur lequel je comptais un peu n’en est pas un finalement, c’est plus une colocation et ce qui ne m’intéresse pas pour le moment. Dommage, le voisinage était intéressant, l’appart plus chouette et c’aurait été plus économique. D’un autre coté, cela me laisse plus de portes ouvertes.


Et la semaine prochaine je vais finalement commencer le travail de réécriture de mon mémoire pour publication en livre. Moi qui n’aime pas écrire et surtout voir le résultat imprimé j’y vais un peu à reculons en procrastinant toujours. Ça me fait toujours peur de voir mes mots figés. Mais faut ce qu’il faut et une modeste publication serait une bonne carte de visite, d’autant plus qu’un éditeur local serait intéressé.

Un bouquin, un projet radio, un projet de doc., ce blogue, tout ça fait bien de l’écrivage en vue

17 février 2006

Stanstead (un tour de machine)

Il fait un vent à écorner les bœufs. De 8 ce matin on est rendus à moins 13 et ça descend toujours. Et comme ce blogue manque de photos depuis quelque temps, sortons-en de nos archives et embarquons pour un tour de machine limologique.

***

La limologie (du latin limes) étudie les frontières et les faits qui les entourent. Et comme la géographie s’apprend par les pieds, et que j’aime les excursions j’avais l’habitude d’amener mes étudiants voir la frontière Canada-USA à Stanstead. Comme je cause beaucoup dans ce genre de circonstances je n’ai pas pris autant de photos que je ne l’aurais aimé, aussi j’en ai emprunté deux pour illustrer la chose.

Derby Line au Vermont et Stanstead au Québec ne font géographiquement qu’une seule agglomération. Des deux cotés de la ligne, comme on dit ici, les mêmes familles, des francos, des anglos. J’y étais allé en excursion il y a 12 ans et on traversait aisément. Ce n’est plus le cas. Soyons francs, les USA sont devenus paranos. Et comme mon groupe comptait une européenne et un africain, pas question de traverser les lignes et beaucoup d’autorisations à demander. Et encore…

Voilà une borne frontière, rue Cordeau. Remarquez à gauche l’auto de la GRC qui nous a accompagné discrètement pendant une heure. La Canada est à gauche et les édifices sont aux USA. Un telle situation est économique: on paie l’électricité moins chère à Hydro-Québec et les impôts moins élevés aux USA. En passant ce genre de bornes se faisait voler souvent autrefois. Plus maintenant, tout est fliqué. Et je rend flous les visages pour éviter les poursuites...

Une autre maison à cheval sur la frontière et deux étudiants qui font les zouaves devant. On frôle l’arrestation, mais bon, les douaniers étaient prévenus.

On trouve aussi sur la frontière la Haskell Opera House and Free Library. (les deux photos suivantes sont de Kables sous licence CC)

C’est le dernier édifice à être construit sur la frontière, la pratique étant interdite depuis 1905. C’est le don d’un mécène local. On en voit la façade aux USA et un échafaudage international à gauche. Il y a une bibliothèque publique transfontalière au rez-de-chaussée et, au premier, une salle de spectacle réplique, semble t’il, de l’opéra de Boston. Et vous serez heureux d'apprendre que l'aide de l'état québécois a permis la restauration, le soutien américain étant plus chiche aujourd'hui. Les priorités sont ailleurs ?

A l’intérieur (superbe) on a tracé une ligne à l’emplacement de la frontière, qu'on voit en bas, à gauche Le tracé en a été peint après un litige d’assurance : un début d’incendie dans un garde-robe frontalier. Qui paie l’assureur canadien ou l’assureur américain ? (photo Kables)


Entre Stanstead et Beebe Plain, la ligne jaune de la route est également celle de la frontière sur environ un kilomètre. Qui paie pour le déneigement ? Le Québec s’en charge puisque la route dessert deux de ses villages, mais le Vermont paie la moitié des frais. Au Vermont on enfouit les fils, au Québec on fait un trottoir. Priorités d'infrastructures ?

La douane US à Beebe. On a rétréci le passage. On y a même vu une patrouille de soldats américains, chose rare avant le 11 septembre.

***

C’est un peu triste de voir ces trois villages frontaliers (Stanstead et Beebe au Québec, Derby Line au Vermont) de plus en plus séparés par une ligne de presque fictive qui est devenue réelle, même surréelle depuis 2001. Le comble de l’absurde a été atteint lors de la crise de la vache folle: une équipe de jeunes baseballeurs du Québec a été obligée de faire vérifier leurs lunchs à la frontière pour éviter toute contamination aux bœufs américains.

A safer America ?

Parlez-en aux gens de la Nouvelle-Orléans.

15 février 2006

Le Snoro

Suis allé voir hier soir Jean-Pierre Ferland à grande salle Maurice O’Bready. Je ne l’avais jamais vu en spectacle aussi, malgré mes finances précaires, je ne me suis pas fait prier quand un ami m’a suggéré de l’accompagner voir sa tournée d’adieu. Et je ne l’ai pas regretté.

À 71 ans, le père Ferland est encore capable d’un spectacle remarquable. Enjoué, charmeur c’est un vieux pro mais aussi une remarquable présence sur scène. En plus de deux heures, sans entracte il présente une sorte de compilation de sa carrière. Le show se fait en trois temps :sa période années soixante un peu parisienne, sa période Jaune des années 70 et enfin sa presque renaissance des années 1990 autour d’Écoute pas ça dont il a livré hier soir une interprétation remarquable qui a soulevé la salle.

Il est accompagné de dix musiciens sur scène, d’une belle et bonne choriste tous complices et visiblement heureux d’être là. À l’entendre, on voit à quel point il a été important dans la chanson québécoise. Son répertoire est si vaste qu’il ne peut éviter de faire quelque medley pour en faire le tour. Moments merveilleux quand il reprend Sing Sing ou Un peu plus loin. Des enchaînements d’enfer entre God is an american, Soleil ou Le chat du café des artistes.

Tout s’enchaîne au quart de tour, éclairages, effets de scène et interventions de Jean-Pierre qui prend plaisir à jouer aussi de son public. A l’entendre on se rend compte aussi qu’il nous a accompagné depuis longtemps. Pourvu que ça dure.

Amis qui me lisez, ne le manquez pas s’il passe près de chez-vous.

C’est son dernier show.

En attendant le reste…

14 février 2006

Sauvages

Je viens de terminer la lecture de Sauvages de Louis Hamelin. Comme beaucoup, je l’ai découvert il y a 15 ans par La rage, qui a été une bouée à un dur moment de ma vie où j’étais salement débarqué d’un boulot que j’aimais beaucoup. Je l’ai dit ailleurs, cet homme avait écrit mon livre, ce qui m’épargnait une carrière littéraire. J’ai dévoré par la suite Cowboy et Betsi Larousse ou Le sommeil des gouffres. Moins aimé Le joueur de flûte ou les Spectres agités.

Au fil du temps, je l’ai connu par des amis communs au cours de soirées généralement assez arrosées. Un gars charmant, simple qui cache sous une certaine gêne une profonde connaissance de la chose littéraire et beaucoup d’humour. J’avais vaguement entendu parler que son prochain livre était plus proche de l’autofiction, ce qui m’étonnait un peu le croyant assez pudique.

Samedi dernier, j’entends qu’il parlera de son livre à la trop bordélique émission de radio de Cloutier. En entrevue, il parle d’une nouvelle qui décrit une soirée de l’an 2000 quelque part dans les Cantons de l’Est avec un personnage de vieux nationaliste. Ce qui fait tilt dans ma tête. Je n’y étais pas, mais bon à l’époque j’avais sous-loué la maison de campagne que j’habitais à cet ami commun qui l’avait refilée à Louis et ils avaient sauté là le millénaire avec blondes, progéniture et sans doute quelques bouteilles.

Je mets finalement la main sur son bouquin jeudi dernier, l’ouvre, le feuillette et voilà, page 104, une description précise de l’endroit où j’ai habité deux ans. Ça me fait tout drôle. Voir dans les mots d’un autre l’esprit d’un lieu qu’on a hanté. Une précision rare dans l’écriture, presque géographique. La nouvelle est découpée en moments, marqués par une heure précise. Parfois, je crois reconnaître les protagonistes, puis non, Louis a assez d’imagination (ou de prudence ?) pour transposer.

Tout le recueil forme ainsi un miroir éclaté dont les fragments reflètent chacun fidèlement quelque chose mais où il est impossible de reconstituer une image d’ensemble. Ainsi, chacune des nouvelles est un bout de territoire ou de vie, lui-même segmenté par plusieurs formes ou temps de narration. Pour relier un peu les nouvelles entre elles on croit voir un alter ego de l’auteur, changeant parfois de nom, absent ailleurs, central ici.

A priori, j’étais surpris qu’un auteur qui ne craint pas la brique se lance dans la nouvelle. J’en ai été ravi. Sans doute un peu parce que le monde dont il parle est proche du mien. Mais aussi parce que ce procédé permet de mettre en valeur la grande beauté et la souplesse de son écriture, la diversité de ses territoires et de ses errances. Bien sûr, Louis Hamelin aime le bois, les marginaux un peu décalés et ça revient souvent. Il revient même sur les traces de son Cowboy dont le pays est dévasté de coupes à blanc ; car sans appuyer sur le fait, il est un des rares auteurs que je connaisse à savoir parler des problèmes des régions éloignées avec exactitude.

La nouvelle qui clôt ce livre est sa plus personnelle. C’est aussi la plus émouvante et sans doute l’un des plus beaux textes que j’aie lu de lui. Comme tout son livre, elle lui permet de parler « De cette vie où la joie et la beauté ne se laissent deviner que pour mieux s’évanouir, toujours fantômes ».

Merci d’être vivant, Louis.

11 février 2006

Ignorances

Ce n’est pas mon habitude de citer longuement les journaux mais en lisant mon quotidien régional unique et récemment tabloïdisé, voilà que je tombe sur cet article qu’on trouve aussi chez Cyberpresse.

«Selon un sondage réalisé pour le compte du ministère des Finances en août dernier, 37% des Canadiens croient en effet que le gouvernement fédéral dépense toujours plus d'argent qu'il n'en reçoit, bref, qu'il se trouve toujours dans l'ornière des déficits.

Seulement 36% des Canadiens affirment correctement que le gouvernement fédéral nage dans les surplus, toujours selon ce sondage que La Presse a obtenu en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Enfin, 20% des personnes interrogées sont convaincues que les budgets fédéraux sont équilibrés. (…)

De tous les Canadiens, ce sont les Québécois qui semblent malgré tout être les mieux renseignés. En effet, 41% des Québécois affirment que le gouvernement fédéral engrange des surplus tandis que 32% disent le contraire. Et 21% d'entre eux croient que le budget est équilibré, sans plus. (…)

Étonnamment, c'est en Alberta, la richissime province qui nage dans les surplus, que l'on retrouve la plus forte proportion des gens qui croient que le gouvernement fédéral croule encore sous les déficits. En effet, 44% des Albertains affirment qu'Ottawa accumule toujours les déficits tandis que seulement 28% estiment qu'il y a des surplus. Une maigre part de 17% des gens interrogés disent que le budget fédéral est équilibré. »

Tout cela illustre un phénomène assez connu des politologues : il y a peut être le quart de la population qui soit au courant des choses politiques, une moitié qui suit ce que dit ce premier quart et un dernier qui s’en fout complètement.

***

Cette simple information explique bien comment l’ignorance peut fanatiser facilement la population. En cela, les réactions exagérées dans le monde musulman à cette histoire des caricatures sont exemplaires. Les médias amplifiant la chose cette histoire banale enflamme un peu tout le monde, on s’accuse, s’oppose et le soufflé médiatique se dégonflera éventuellement. Sur cette affaire, je suis bien sûr contre la censure religieuse, mais tout autant agacé par les propos des bouffeurs de curés. Je ne suis pas religieux ni croyant, mais les religions comme toute les constructions humaines sont capables du pire et du meilleur, de la guerre comme de la paix. Même chose pour les grandes et nobles idéologies sociales de gauche.

Encore là, l’ignorance crasse des uns envers les autres me semble la plus dangereuse. C’est un terreau pour tous les fanatismes. Je ne peux m’empêcher ici de revenir sur le phénomène de la droite québécoise. C’est en tablant sur l’ignorance que tous les Fillion, Athur et autres grandes gueules ont fait leur beurre et créé le phénomène des X. C’est en ignorant ou en regardant de haut ce Québec profond que les politiquement corrects de gauche du Plateau ou d’ailleurs l’alimentent.

On peut rêver qu’ils se parlent un jour.

31 janvier 2006

Exit Dompierre

Réaction à chaud après le combat des livres qui vient de sortir celui de Dompierre, Un petit pas pour l’homme, que je viens de terminer. En partie d’accord avec le coté léger de la chose. Ce qui est loin d’être un défaut. Le style Dompierre est cabriolant, inventif, drôle, agréable et à lui seul m’a permis de comprendre un univers qui n’est pas le mien, tant par le lieu que le propos.


Cela ne le rend pas superficiel pour autant. Je ne sais pas pourquoi mais rendu page 87, c’est un hasard plus qu’un déclencheur précis, j’y décelais cette même impuissance que j’avais trouvée dans le livre de VLB Je m’ennuie de Michèle Viroly. Ces deux auteurs sont à des années-lumières l’un de l’autre mais pourtant il me semble y avoir un désarroi commun devant le monde. Bien sûr le propos n’est pas le même, mais l’impuissance est semblable. Et c’est un sujet grave dont il semble interdit de parler sur un ton léger.


J’ai été outré par les accusations de misogynie. Tant qu’à faire on pourrait aussi parler de la misoandrie des madames qui ont dit des énormités sur le sujet. Si c’est être misogyne que d’aimer les femmes pour leur corps, on me permettra de renoncer définitivement à comprendre l’hétérosexualité.


Conclusion. Les gars ne peuvent pas parler selon leur voix, leur point de vue, sans être considérés comme forcément immatures. Ils doivent faire des enfants, rester fidèles à bobonne, pour sa tête mais pas pour son corps. Étant entendu que leur cerveau ne saurait être que reptilien, tout autre point de vue est donc nul et non avenu.

***

Quant à l’issue du combat, je parie sur Francine Noël. Je ne l’ai pas lue, ni ne la lirai, ce n’est pas mon genre de truc. On me dit qu’elle écrit bien. Ça semble un peu rural, historique et bucolique et ça parle de relation mère fille. Une formule gagnante non ?

Addenda 15h30 Je trouve sur le site de Carole Beaudoin cet extrait du livre de Francine Noël qui me donne presque le goût de la lire:

« L'idée que le mâle est un être à modeler traîne dans la tête de bien des femmes : les hommes seraient tous à sauver. Mais de quoi, bon Dieu ? » (p. 123)

Ya au moins trois bonnes femmes du jury qui ont sauté ces lignes...