8 juillet 2010

Un voyage en Gaspésie 1

Il fait une chaleur torride sur le Québec, prétexte aux éternels insatisfaits du temps qu'il fait que nous sommes pour râler et oublier qu'on en rêvait au coeur de l'hiver. Pour ma part je m'adapte, me lève tôt pour profiter de la fraicheur du matin qu'on a dans les cantons et faire mon ordinaire. Je vedge ensuite le reste de la journée absorbé que je suis dans le gros pavé de VLB sur Joyce. 

***

De retour à la semaine dernière. On a décollé de Sherbrooke lundi vers 8h sous une pluie battante qui nous accompagnera jusqu'au soir avec plus ou moins d'intensité. Trajet classique par la 55 et la 20 ensuite, Ma collègue n'aime pas la 20, moi non plus. Trop de circulation, un tracé ennuyeux plate. On s'explique mal pourquoi tout le monde se lance sur cette autoroute alors que la 40 qui passe sur la rive Nord du fleuve est plus belle et beaucoup moins fréquentée. Force de l'habitude ? Souvenir qu'elle a déjà été à péage ?

On arrive à Montmagny, arrêt bouffe sur le pouce et ensuite on laisse la 20 pour la bonne vieille 132. C'est un trajet que je ne saurais trop recommander. Si la 20 est moins moche à partir de Québec, on y perd le chapelet des petits villages de la rive du Saint-Laurent dont on longe le grand estuaire.  La pluie et la brume nous privent aujourd'hui de la vue sur l'autre rive mais on le sent. Les battures aussi. 
Les battures à l'Islet-sur-Mer. Derrière la brume et la pluie, les îles du fleuve
 et les premières montagnes de Charlevoix.

Premier arrêt à l'Islet (Prononcez l'ilette, on est dans le Bas du fleuve). L'église est ouverte, on en profite. On en débute la construction en 1768, elle sera ensuite souvent agrandie, décorée, redécorée. J'adore les églises, ce sont presque nos seuls grands monuments et la dominance de la religion autrefois a fait qu les villages rivalisaient entre eux de décorations sculptées sur bois, confiées aux artistes locaux et plus réputés.


La nef de l'église

Retable d'un autel latéral, on est longtemps resté baroques au Québec.

Ce Saint-Jean-Baptiste était autrefois dans une des niches de la façade de l'église. 
Autrefois recouvert de plomb doré, on a voulu le restaurer et en enlevant sa couverture, il s'est fendu en deux. Beau symbole de l'état politique du Québec. 

L'église a une chapelle latérale, cas rare au Québec. Elle a des bancs réversibles qu'on tournait vers la grande nef lors des grands événements. Authentique patentage ingénieux typique du monde du coin. On en verra une version appliquée à la microclimatolgie plus tard.

L'Islet a aussi un Musée maritime considérable que nous n'avons pas eu le temps de visiter. On voit ici un ancien brise-glace fleuron de ses collections.

Et nous avons continué notre chemin sous la pluie battante, serpentant d'un village à l'autre entre les crêts et la rive du fleuve. J'ai fait découvrir à ma collègue le musée François Pilote de La Pocatière. Un bric à brac de trésors anciens ethnographiques, pédagogiques et zoologiques. J'aime ces musées d'histoire locale encombrés de toutes sortes de choses et épargnés de la muséographie contemporaine souvent forte en mise en scène et avare d'objets. On y trouve une des rares tourtes empaillées du Québec. Triste histoire que l'extinction de ce pigeon migrateur autrefois surabondant qui disparaît au début du siècle.

Pas de photos du reste de cette étape passée sous la pluie battante qui nous cachait le beau paysage de ce coin de pays. Nous avons amené la pluie avec nous à Rimouski où nous avons retrouvé dans son antre habituel mon ami le microclimatopithèque qui a eu la gentillesse de défaire ses boites de déménagement pour héberger deux voyageurs pas trop détrempés quand même. 

Prochaine étape: entre la Matapédia et Restigouche.

6 juillet 2010

De retour

Ouf ! Je suis revenu samedi soir  de cette expédition en Gaspésie, à la fois heureux et fourbu. Fourbu parce que se taper pendant six jours plus de 2000 km en petite machine devient à longue dur sur le dos et que de voir tant de beaux paysages en si peu de temps finit par saturer les neurones.

Il faut bien le dire, ce voyage était mi vacances mi travail. Il s'agissait de préparer une excursion de cinq jours cet automne avec un troupeau d'une trentaine d'étudiants. Il s'est donc passé en bonne partie en repérage d'auberges de jeunesse, de musées et autres arrêts logistiques. Comme je ne conduis pas, c'est ma collègue qui s'est tapé la route parfois assez accidentée. Et quand on ne contrôle pas la machine on va selon le compromis chauffeur passager.

Ça été tout de même assez agréable de changer de décor, d'autant plus que je ne me souvenais pas à quel point la Gaspésie était belle. On voudrait s'arrêter toujours plus longtemps dans les lieux qu'on traverse, prendre le temps de faire quelques rangs de niaiser à regarder la mer ou le fleuve. D'où deux conclusions: Y retourner et reprendre mon permis de conduire pour assouvir mes fantaisies exploratrices.

Le village de Petit Cap près de Gaspé

Dans les prochains jours je compte bien en faire un bon résumé, jour par jour, aventures et petites découvertes comprises.

Pour le moment, en ce temps caniculaire me manque la fraîcheur de la mer, que je compense par la lecture du gros bouquin de VLB sur James  Joyce. Ça aussi j'y reviendrai.


1 juillet 2010

Un cliché

Me voici donc à la fine pointe de la Gaspésie, en pleine carte postale du Rocher Percé

Il a beaucoup plu lundi, moins mardi, pas hier. Au programme ce matin : écouter les galets rouler sous les vagues.

21 juin 2010

L'esprit vacant

Je suis à cette phase de l'année où j'ai l'esprit vacant. Un goût de ne rien faire, de simplement regarder le temps passer. Même au jardin, la fièvre du printemps se change en torpeur alors qu'il me reste plein de choses à planter. Cela vient sans doute du vide nécessaire pour oublier l'année scolaire avant de voir venir la prochaine, assez chargée merci puisque j'aurai un nouveau cours à monter dans un domaine qui m'enthousiasme moins que la géo et qui terrorise les étudiants : les méthodes quantitatives en sciences humaines. Heureusement, je vais pouvoir compter sur l'aide et l'appui des collègues. Je suis chanceux d'être tombé sur une équipe de profs qui s'aident au lieu de se jalouser les uns les autres. C'est plus rare qu'on ne le croit. Ce n'est pas pour rien que Virginie roule depuis si longtemps...

Pour le reste, je me lance aujourd'hui dans un sprint de plantation d'annuelles, je pars pour Montréal ce soir faire un séjour en famille et amis. Et lundi prochain, grand départ en Gaspésie terre de mes ancêtres maternels. Un voyage mi-vacances mi-boulot puisque il s'agit de reconnaître le terrain en vue d'un voyage d'étudiants l'automne prochain. Bien hâte de revoir ce coin du Québec où je ne suis pas allé depuis les funérailles de mon grand père il y a plus de vingt ans...

Bon c'est maintenant l'heure de sortir la petite pelle, le compost et tout le barda, mes fleurs attendent depuis trop longtemps.

11 juin 2010

La décérébration tranquille.


C’est insidieux. Mais force est de constater que depuis quelques années les grands médias deviennent de plus en plus insignifiants. Je ne parlerai pas de la télé, je l’écoute peu et disons que les grands réseaux n’ont jamais brillé pour leur contenu depuis longtemps. Il est loin le temps où la télé de Radio Canada programmait du théâtre classique le dimanche soir. Quant au privé, n’en parlons pas.

Il m’est longtemps resté la radio. Celles de Radio Canada Première chaîne et l’ex chaîne culturelle devenue Éspace musique.  La première se maintient et elle doit à la qualité de ses animateurs, variable selon les goûts et les équipes de recherche. La deuxième a déjà fait son virage liquidant les émissions de création et de contenu pour devenir essentiellement musicale. Si au début la programmation musicale demeurait éclectique, il me semble que les créneaux musicaux se referment tranquillement au profit d’une sorte de pop plus ou moins alternative.  

Pis encore, Espace musique liquide tranquillement ce qui lui reste d’animateurs compétents et originaux. Je pense à Chantale Jolis quoique dans son cas la maladie puisse expliquer son retrait. Mais voici que pour des raisons nébuleuses, on se débarrasse de Dan Berhman. Ce spécialiste du blues et des musiques du monde qui a été longtemps tourneur apprécié faisait mon bonheur les soirs de fin de semaine. Il avait un ton, une manière bien à lui de présenter des musiques qu’il aimait. Et voilà que j’apprends par Facebook qu’il disparaît des ondes. On le remplacera par un quelconque disc jockey insipide, qui nous serinera les éternelles actualités artistiques et nous demandera aux demie heures de lui écrire par le site web d’espace musique. On comprend ces animateurs d’avoir besoin de courriels pour se désennuyer de leurs propres émissions.

 Au final, on se retrouve avec une radio sans âme, trop lisse et finalement ennuyeuse. Disons une sorte de rock matante pour intellos plateauiques.

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Changeons de média. Comme tout québécois qui se respecte, je lis le Journal de Montréal au restaurant. Entre les années 1970 et disons 2000, j’ai vu tranquillement le tabloïd sensationnaliste devenir un meilleur journal. Toujours populiste certes, mais les chroniques de Michel C. Auger et de tant d’autres mettaient de la chair autour de l’os des trois S (Sang, sexe et sports) qui sont le fond de commerce des journaux du genre.

Mais voilà que depuis que le fils Péladeau a succédé à son père, on sent un retour vers une insignifiance et surtout une démagogie inquiétantes. Il y a bien sûr le tartuffe Martineau, modèle de clown dans le genre. Depuis le lock-out cette dérive à droite ne fait que s’accentuer. Va sans dire que le conflit a fait s’éloigner les chroniqueurs de gauche. Mais au-delà des circonstances quand même étonnant de voir à quel point le journal de Montréal devient le journal de l’Institut économique de Montréal, think tank de la droite patronale pure et dure.

Tout d’abord deux de ses dirigeants y tiennent chronique et lire que de payer des impôts est un esclavage me laisse un certain malaise. À ce titre, se soumettre aux quatre volontés d’un patron le serait aussi aussi. Et dire que seuls les entrepreneurs créent la richesse, c’est négliger toutes celles créées par l’éducation et la santé. Mais je m’éloigne de mon propos.

La dérive à droite du journal l’empire Québécor se reflète surtout dans les choix éditoriaux des derniers mois. À pleines pages, on nous épouvante sur le délabrement des finances publiques, les gaspillages de l’État, les bonis aux cadres de l’État. On parle moins de ceux des cadres des entreprises qui servent de modèle à la fonction publique. 

Et voilà que Québécor débauche l’ancien directeur des communications de M. Harper pour gérer le bureau de Québécor média à Ottawa et éventuellement développer une sorte de FOX News version canadienne anglaise. On connaît la recette : l’État c’est mal, l’impôt c’est du vol, on manque de flics, bref toute la démagogie qui fait la fortune des radios populistes de Québec.

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C’est là où ces manœuvres m’inquiètent. Qu’on le veuille ou non, ce discours ambiant influence réellement l’opinion. Il explique au moins partiellement l’étrange comportement politique de la région de Québec. La mentalité individualiste qui le sous-tend entre parfois en collision avec l’intérêt collectif. Il n’y a qu’à voir l’ironie de la nouvelle de ce matin : Après avoir fait carrière sur le dos des transports collectifs voilà que le maire Labaume vient de se convertir aux vertus d’un tramway à Québec.  L’ex maire L’Allier en avait proposé un, ce qui avait soulevé la colère des gars de char et accéléré la déconfiture de son parti aux municipales et la montée du même Labaume.

Des années plus tard, on se rend compte que ce n’était pas une si mauvaise idée. C’est le problème du démagogue. À ne pas voir plus loin que son nez, il fait perdre du temps à ceux qui voient plus loin. Qui voient les réserves de pétroles se tarir. Qui comprennent que les gaspillages de la vie du consumériste ne sont tout simplement pas viables à long terme.

Au fond, ce qui me choque le plus dans tout ça, c’est l’amoralité de ceux qui profitent de ce système. Les populistes de droite font des fortunes à maintenir dans l’ignorance leur bon public. Leurs marketeux sont heureux de vendre n’importe quoi en tirant toujours plus bas, vers l’instinct  plus que la raison. Et surtout ne jamais s’adresser à l’intelligence.

Elle n’est pas rentable.

1 juin 2010

Vacances en vue

Ouf ! ce qui est en passe d'être un rituel semestriel est terminé. Mes notes sont remises depuis vendredi, après un sprint de corrigeage non stop de trois jours. C'est un peu mon problème, j'aime bien travailler sous pression et cette corvée sied à merveille à ma nature procrastinante. Et depuis, mes journées se sont passées à arroser le jardin et à y planifier les plantations. Je vais m'y mettre demain, maintenant que la belle pluie d'aujourd'hui  a ramolli la terre. Et d'ici les vacances officielles le 15 juin, il ne me reste que les réunions et la préparation des cours de l'automne. Il y en a un nouveau, très matheux, qui me fait peur un peu; mon défi sera de faire aimer aux étudiants ce que je n'aimais pas tellement au bac. Je sens que je vais m'amuser. Heureusement les collègues vont m'encadrer.

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Pas trop de projets de vacances en vue, sinon une expédition en Gaspésie pour monter un cours terrain avec une collègue, quelques virées à Montréal, une autre à Québec, peut-être aussi une grande ville américaine. J'espère bien quelques visites aussi, mais depuis trente ans, j'ai compris que la distance entre Montréal et Sherbrooke est dix fois plus longue que le trajet inverse. Et il y aura de la peinture et de l'entretien de maison à faire aussi.

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Même si compte bien me faire quelques journées sans ordi, je ne me priverai pas d'errer sur le web au hasard des sites. C'est ce que j'ai fait aujourd'hui. Ça m'a permis de découvrir le blogue de Fred Hidalgo, Si ça vous chante. C'est que cet homme était à la tête de nos bibles de la chanson qu'étaient les revues Paroles et Musique et Chorus qui lui a succédé. Cette dernière est morte l,an dernier dans le naufrage de la compagnie qui en avait pris le contrôle. Content de voir que le web a repris le flambeau puisque Hidalgo et les anciens collaborateurs de Chorus ( Théfaine ici, Pantchenko là et beaucoup d'autres à suivre via leurs sites. )

Ces revues étaient importantes à mon époque radio. C'est que nous devions combler une programmation à 60% francophone en proposant autre chose que les chansons formatées que choisissent les trois ou quatre programmateurs radio des réseaux commerciaux. Il y a 25 ans, sans ouèbe, nous ne pouvions effectivement compter que sur Paroles et Musiques pour savoir ce qui se passait en France et ailleurs dans notre créneau. Ma contribution était de simplement acheter la revue, mon peu d'oreille et ma tâche de journaliste ne me laissant pas le temps d'explorer les musiques. Mais que de découvertes : Isabelle Mayereau, Sarcloret, Maurane, Pigalle, Mano Negra, Parabellum, Manset, CharlÉlie Couture, Thiéfaine et tant d'autres. Le bonheur de la radio libre aussi.

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Ce n'est pas le moindre paradoxe de notre temps que d'écouter des radios de plus en plus formatées, dédiées à des groupes cibles savamment étudiés pourtant de plus en plus interchangeables comme leurs animateurs qui naviguent d'un média à l'autre. Même celle de Radio Canada m'ennuie parfois.

C'est que j'aime les chansons informatables.

26 mai 2010

Choses vues

Entre les piles de copies, j'ai vu:



Un ballon orange sur un clocher

Des azalées zélées illuminées

La lune enfumée s'oranger


On peut donc en conclure:

a) que j'ai hâte de remettre mes notes
b) que je m'ennuie de jardiner
c) que les forêts brûlent fort  
d) que j'ai besoin de leçons pour photographier la lune convenablement ou
e) que mon appareil photo a ses limites.

Toutes ces réponses sont bonnes.

18 mai 2010

Question futile

J'ai un gros rhume de gars qui me liquéfie les neurones. C'est toujours énervant quand il fait beau et chaud comme c'est le cas cette semaine, tellement on est habitué aux rhumes d'hiver. On cherche la neige et on ne trouve que du vert. C'est déstabilisant.

La combinaison du temps estival et du cerveau ramolli m'a ramené à une observation qui me turlupine depuis quelques années. Les jeunes filles portent le short (ou le maillot) de plus en plus court alors que chez les gars, c'est le contraire. Le mecs sont en bermudas, les maillots s'allongent en deçà du genou. Où sont les  speedos et les jeans coupés courts de ma jeunesse ?

On me dira que c'est la mode. Pourquoi cette mode ? Un retour de la pudeur envers le corps masculin dans une société plus féministe ? À la niche les machos on ne veut plus voir vos entrejambes moulés ! Pourtant on hypersexualise toujours chez les dames.

À moins que ce ne soit un effet pervers de la relative ouverture envers le monde gai.  Pour éviter de se faire cruiser, cachons les bijoux et évitons les regards trop appuyés. Fausse sécurité pourtant, un beau torse sera toujours allumeur. Je parle en connaissance de cause ;-)

Je ne comprends rien à la mode.

Je la regrette parfois.

11 mai 2010

Le serpent se mord la queue

Acte un: Par des spéculations effrénées, le monde financier se met lui même en faillite entrainant avec lui l'économie réelle.


Acte deux. Pour éviter la catastrophe, les États s'endettent à la fois pour sauver les banques et relancer l'économie réelle.


Acte trois. Devant l'endettement des États, le monde financier spécule contre la dette des États, ce qui les force à réduire leurs dépenses et déprime l'économie réelle pendant que les financiers engrangent des profits.


Pas de morale: pour les banques, c'est face, je gagne, pile tu perds.


C'est pas grave, le Canadien a gagné.

8 mai 2010

Culture générale




Il y aurait plein de sujets à traiter aujourd’hui. La simple lecture du Devoir m’en suggère plusieurs. Cette série d’articles et ce sondage qui disent que sur la constitution canadienne, le Québec et le ROC sont sur des directions opposées. Mais ça, on le sait depuis longtemps. Un excellent dossier sur la politique albertaine nous ramène finalement au même sujet, sinon pour dire que si l’Alberta est riche de son pétrole, elle oublie tout ce qu’elle a reçu pour le développer et que son attitude finalement très à droite nous promet quelques collisions.

***

Mais comme je suis en pleine corrections, c’est plutôt la série d’articles de Foglia sur l’éducation qui me titille le plus. C’est un sujet où d’ordinaire il me ravit et m’exaspère. Il m’exaspère dans sa condamnation aveugle de ce qu’il est convenu d’appeler la réforme.  Il me ravit souvent aussi quand il parle de l’effort que suppose l’éducation, de sa vocation à transmettre ce qu’il appelle aujourd’hui la culture générale. C’est une notion bien vague que les savants pédagogues cachent trop souvent sous des concepts peut-être plus précis mais qu’ils sont seuls à comprendre.

Il est à cet égard beaucoup plus nuancé aujourd’hui. Il y va même d’un plaidoyer pour les formations techniques, un domaine largement méprisé par les élites médiatiques et autres, où on est pourtant en grave pénurie de main d’œuvre. Un secteur où finissent par aboutir la plupart des décrocheurs, une fois qu’ils se rendent compte que la job qui les libérait à leur adolescence devient une impasse à bas salaire. Et pour avoir donné quelques cours dans ce type de formation, c’est rafraichissant pour un prof d’avoir des classes peut-être pas toujours brillantes mais motivées et curieuses, ce qui change des certains cégépiens ou universitaires moins souvent aussi allumés.

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Revenons à la culture générale. Savoir lire, comprendre le monde, c’est l’échec de nos écoles dit Foglia : « Tout ce que je sais, c'est qu'on trouve aujourd'hui dans les universités une majorité d'étudiants qui vont y chercher des connaissances «utiles» à leur réussite sociale, sans rien avoir de cette culture générale. » Je constate aussi que les étudiants ne s’intéressent pas tellement à d’autre chose qu’à ce qui leur est utile. Sauf peut-être au hockey.

En ce sens, l’école reflète la société dont elle est issue. Abreuvée de télé, de médias de plus en plus spécialisés, elle atomise de plus en plus la trame du sens commun qui s’effiloche. Ça fait marcher un système qui veut des consommateurs qu’on peut cibler selon leurs intérêts préprogrammés. Ça rassure le patronat, les marketeux, les banquiers, les parents et les étudiants eux-mêmes. Et la normalisation des techniques d’apprentissage fait vivre des facultés d’éducation entières.

Depuis que j’enseigne, je prends tous les moyens pour ouvrir des horizons à mes jeunes, quitte à railler gentiment leurs obsessions utilitaires, facebookiennes ou hockeyeuses. J’aime les déstabiliser. Cette semaine, je l’ai passée à me balader en ville avec mes groupes. À leur faire observer des choses inutiles qui ne seront même pas à l’examen. À leur conter une très belle fable dans la superbe chapelle de l’Université Bishop's.




Je ne crois pas avoir appris grand chose d’utile à mes jeunes. Simplement à regarder le monde où ils sont. À lire leur environnement. Depuis vingt ans que je pratique ce genre d’excursions je sais que malgré que cela ne serve à rien, ils m’en sont toujours reconnaissants. Je crois que dans les facs d'éduc. on appelle cela de la métacognition
Je pense que j’ai fait mon travail.
À eux de transmettre et de continuer.

6 mai 2010

Encore du Brigitte Fontaine.

Le gentil commentaire de Tambour Major m'a fait penser à une autre chanson de Brigitte Fontaine et Areski cette fois. C'était une de ces chansons fétiches qu'on diffusait autrefois à la radio communautaire et qui faisait toujours réagir l'auditoire. Un hit local. 
Et voilà qu'en cherchant le vidéo je trouve celui qu'en a fait quelqu'un de Kino Sherbrooke. 



Comme quoi on récolte ce que l'on sème sans faire exprès.

4 mai 2010

Brigitte

J'ai toujours adoré Brigitte Fontaine. Elle est souvent devenue caricature d'elle même. Elle existera toujours par cette chanson
Et celle la aussi. Elle y devient personnage.

Brigitte Fontaine est autre. C'est l'intérêt.

1 mai 2010

Un curieux souvenir

Je ne fais pas assez attention aux chansons. Même si je les aime, je sais rarement ce dont elles parlent, surtout si elles ne sont pas en français. Pour moi c'est au delà des paroles, de l'intelligence de la musique et des mots. Tout juste un peu de bruit.

J'ai toujours aimé celle là sans savoir.


Maintenant que je sais ce dont elle parle, je sais pourquoi je l'ai toujours aimé.

27 avril 2010

Un autre sacre du printemps.

Dans la série à la recherche du printemps québécois, c'est une chanson que Éric Lapointe a bien défendue. La voici en version originale, avant que Richard Desjardins ne devienne lui-même. Abbittibbi première version, qualité vinyle, vidéo inexistante. Pas le chanteur.

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22 avril 2010

Le sacre

Le sacre du printemps est une de mes chansons préférées. Cette version est géniale. Boulez avec des chevaux !

17 avril 2010

Un nouveau carnet

Ceux qui me connaissent savent que j'aime jardiner. C'est à mon sens un des gestes les plus inutiles et par là gratuits que l'on peut faire pour améliorer le monde où l'on vit. Il y en a de plus importants, c'est sûr, et le jardinage n'est jamais tout à fait exempt d'orgueil. Mais bon, depuis que tout petit ma mère m'a montré la magie qu'il y a à semer, planter et sarcler, je n'ai jamais arrêté de le faire.

C'est pourquoi j'ai décidé de m'ouvrir un nouveau blogue consacré à l'air du temps et à mon jardinage. Ce sera un blogue saisonnier, le chalet d'été de l'esprit chaouin, que je conserve évidemment.

Bienvenue donc au carnet du jardin, que je dédie spécialement à Carole et Gérald, mes plus anciens lecteurs et amis des fleurs par surcroît.


13 avril 2010

Chartrand


Il y a presque 30 ans, je travaillais avec un vieux menuisier dans une jobbine de chômage entre deux sessions à l’université. Un midi, Michel Chartrand est l’invité de la radio AM locale. Mon menuisier se tait, écoute religieusement. Chartrand parle fort. Il va jusqu’à dire l’indisable en Estrie. Il faut oublier l’amiante, fermer les mines et se replier vers la sylviculture. Mon menuisier opine, même s’il vient d’Asbestos.


À la fin de l’émission il me dit que Chartrand et Réal Caouette sont les seuls hommes politiques qu’il aime et écoute. Les autres racontent n’importe quoi. Je suis perplexe. Comment mette à égalité la droite crédististe et la gauche syndicale. Oui, deux populistes, mais encore ?


***


Cinq ou six ans plus tard, je travaille à la radio communautaire et j’ai une entrevue avec Chartrand. Je suis nerveux. C’est que c’est un personnage intimidant, ombrageux parfois. Il entre en studio de production, avise un disque de Pablo Casals qui traîne et s’exclame qu’on a tort d’en faire un musicien baroque, il est à son goût meilleur dans le romantique. Il est gentil, simple, demande un café, insiste pour que nous le partagions, sort son flasque de rhum (du cubain précise-t’il) et en verse une rasade dans nos tasses. L’entrevue peut commencer.


Je ne me souviens plus si j’ai posé plus qu’une question. Tout y est passé. Des infirmières qui se brisent le dos à manipuler les alités, aux médecins incapables de défendre les accidentés du travail, aux gouvernements qui n’écoutent que les riches. Tout ça avec les trucs du fort en gueule mais aussi cette tendresse profonde pour les humains d’où naissait sa colère.


Un homme droit, sans concession qui agaçait l’éternel temporisateur que je suis. Parce qu’il nous ramène aux idéaux.


On les oublie trop souvent. Il était la pour les rappeler.

Merci camarade

9 avril 2010

Allume l'ordi on va écouter de la radio

En cherchant des choses sur le prochain Duteurtre, je suis tombé sur une chouette émission de France Inter, station peu diffusée au Québec. Je ne juge pas du reste de la programmation mais cette émission, c'est de la vraie radio, qui parle au lieu de hurler avec les loups en accompagnant les pubs. Et comme le livre de Benoît Duteurtre porte sur le retour du général de Gaulle en France (à 120 ans), c'est assez génial comme contenu.

Voici donc un lien vers l'émission du 22 mars de l'Humeur vagabonde animée par Kathleen Evin* un certain 22 mars 2010 sur France Inter.

C'est si rare de la radio qui ne ressemble pas à de la télé.


* Drôle comme elle a un peu la même voix que Samantha dans Ma sorcière bien aimée

6 avril 2010

Une belle fin de semaine.

Les derniers jours ont été magiques. Mon infirmière de mère m'ayant dispensé des festivités pascales pour cause de maladie, j'en ai été quitte pour me défouler dans le jardin. J'y perds le souper familial et la tarte au sirop d'érable (une vraie, sans cassonade) mais je me reprendrai d'ici mai. J'y gagne de l'avance dans mes corrections et surtout au jardin que j'ai dégagé de sa gangue hivernale. En voici la partie arrière jeudi:

En voilà l'état tantôt:

Entre ces deux images, trois gros bacs roulants bruns remplis, des journées exceptionnelles et des plantes qui se réveillent rapidement. En fait, il faisait même trop chaud pour jardiner samedi (29° !), si bien qu'on a plutôt fêté l'anniversaire du locataire. Et aujourd'hui petite touche finale, quelques projecteurs solaires pour l'illumination nocturne. Ces petites lampes à diodes donnent un bel éclairage lunaire.

Mais de mémoire de jardinier je n'ai jamais vu printemps si hâtif. Tous les arbustes sont en bourgeons, les vivaces (même les hostas!) se pointent partout et mes semis ne sont pas encore faits. On en vient même à penser qu'heureusement les prochains jours s'annoncent plus frais et pluvieux pour ralentir cette explosion. C'est que le temps trop chaud est dur pour les crocus déjà presque fanés.

Et le boulot est recommencé aussi, mais ça fait du bien au moral de voir tout ça pousser.

5 avril 2010

Kropotkine à l'urgence



Mardi soir dernier j’avais cette drôle de sensation d’avoir la joue gelée, une sorte d’anasthésie locale comme si je sortais de chez le dentiste. Le lendemain, buvant mon café, je me rends compte que le coté droit de la bouche ne fonctionne pas très bien rendant aléatoire l’étanchéité propice à ce rituel matinal. Personne à risque que je suis, je soupçonne vaguement un ACV, mais vérification faite, peu probable et de toutes façons je ne peux pas annuler le cours que je donne à l'université.


Après une journée inquiète, retour à la maison, souper et toujours préoccupé, je téléphone à info-santé où on me conseille de me pointer à l'urgence mon cas étant trop douteux. J'avise le locataire ami qui s'offre à m'y reconduire et armé de bouquins, je me pointe à l'hôpital du centre-ville. On vient d'y ajouter un aile comprenant une urgence toute neuve. (La rumeur sherbrookoise veut que les travaux en aient étés savamment planifiés en fonction des échéances électorales de notre illustre député provincial chauffeur de machines gouvernementales)


Il est 19h30 quand je mets le pied à l'urgence. C'est froid, technique et par une belle journée la salle d'attente est peu encombrée; une quinzaine de cas ? Au tri, on ramasse ma carte santé, ma carte d'hôpital on me questionne. Finalement, on me cote 3 pour cause de diabète, donc électrocardiogramme rapide et si rien d'anormal, je suis rabaissé à la cote 5 donc pas urgent.


Une heure plus tard, électrocardiogramme fait, je retourne à la salle d'attente. Il y a là une soixantaine de chaises en rangées de dix bien fixées au sol. La plupart donnent sur des télés branchées sur Canal Vie (!). Il y a des enfants fiévreux et leurs parents, des jeunes un peu éclopés, des habitués aussi qui ont le visage de gens qui n'ont rien d'autre à faire que d'être malades. Une vieille dame au beau visage qui peine à se déplacer sur sa chaise roulante. Je l'aiderai quelquefois.


Je me plonge dans la biographie de Pierre Kropotkine achetée pas cher à la coop de l'université. Au cégep, j'avais fréquenté un peu l'oeuvre de ce prince russe théoricien de l'anarchisme et excellent géographe, j'étais donc curieux de savoir comment on passe de prince russe à rebelle articulé.


Le livre est écrit dans le style plat des camarades qui ne veulent pas trop monter leur sympathie et qui, ce faisant, la hurlent. Je ne le résumerai pas ici. Mais Dieu que cette Russie du 19e était répressive, régressive et pourtant en même temps souterrainnement grouillante d'idées neuves, d'une culture époustouflante chez ses élites.


10h 30. Kropotkine termine brilamment ses études militaires, il est même choisi aide de camp personnel du Tsar Alexandre II qu'il côtoirera quotidiennement pendant un an. Je sors fumer une clope sur le parvis de l'urgence où l’on a soigneusement peinte la ligne des 9 mètres au delà de laquelle il est permis de contrevenir à la doxa de la Santé. Je jase avec un beau grand gars de six pieds cinq en chaise roulante. Quelques vertèbres broyées. Accident de 4 roues. Il déparalyse un peu mais ne sait pas si. Je l’encourage. Mais dans ma tête je trouve ça triste. J’espère pour lui.


Minuit. Refusant une carrière à la Cour Kropotkine va commander un régiment de cosaques à l’extrême est de la Sibérie. Il explore la région de l’Amour et les montagnes à l’est du lac Baikal. Derrière moi un jeune père latino et son enfant malade s’agitent en attendant de passer. On leur donne une couverture, l’enfant s’endort le père aussi. Ensemble, ils font une belle Piéta masculine.


1h30 Kropotkine est en prison à saint Pétersbourg pour ses idées politiques. Le latino et son fils sont partis après avoir rencontré une infirmière. Il ne reste presque plus personne. La vielle dame en chaise roulante est disparue après quelques examens. On la garde. Je commence à cogner des clous. Je m,enquiers de mon sort on me dit de patienter, un nouveau médecin va s’occuper de moi.


2h30 Trop endormi pour lire attentivement (suis levé depuis 5h du mat) je pigrasse dans la bio de Kropotkine. J’aime bien ses idées sur l’organisation humaine qui ressemblent étrangement à celles des granos contemporains : agriculture locale, simplicité volontaire avant la mode... Je fume une clope dehors il y a un gars saoul qui parle fort.


2h45 On m’appelle enfin. Suis assez zombie. Le médecin m’examine soigneusement m’ausculte teste mes réflexes ne voit rien de grave pense que j’ai une paralysie de Bell, maladie dont on ne sait la cause mais plus bénigne qu’un ACV. On me gardera sous observation quand même le temps de faire les examens. On me pose un bracelet de plastique, me donne une jaquette on m’installe sur une civière et je pars.


3h15 La salle des radios est dans la partie en réaménagement de l’hôpital, impression d’une zone abandonnée après la rutilante nouvelle aile. On me scanne la tête, on me radiographie aussi les poumons, je vois pas le rapport mais bon je fume alors on est toujours une cancéreux en devenir. Et tant qu’à être là...


4h30 Le doc confirme rien de grave mais on me garde sous observation dans une salle d’évaluation, une sorte de cabine vitrée où l’on me branche à un moniteur cardiaque. Je finis par tomber d’un sommeil entrecoupé par le ménage et le babil bu personnel de garde.


7h30 Un nouveau médecin tout guilleret me répète ce que j’ai entendu un peu plus tôt, le neurologue va passer. Ensuite, le plateau déjeuner (miam! du gruau ! j’aime ça) accompagné de mes médicaments ordinaires, ils y ont pensé, sont vraiment efficaces.


9h00 Visite du neurologue qui me refait le même topo que les médecins précédents, on ne sait pas la cause de cette maladie, on croit que c’est viral mais ça part généralement tout seul mais bon on vous prescrit de la cortisone, un antiviral et une pilule pour faire passer tout ça parce que c’est dur sur le système digestif. Il me signe les prescriptions, on me redonne ma carte d’hôpital, je suis libre. Il est 9h30.


Cinq jours plus tard, mon état n’a pas tellement changé. je bouffe mes pilules. Globalement, je n’ai pas eu à me plaindre sinon du manque de médecins qui m’a fait poireauter à l’urgence. Les gens sont gentils, les soins de qualité. Dans la salle, les gens s’entraidaient spontanément ce qui aurait conforté Kropotkine. Il aurait aussi constaté, comme moi, que l’un des problèmes de ce système vient de l’autoritarisme incarné par les savoirs étroitement hiérarchisés et défendus bec et ongles par les corporations professionnelles. Cette somme de règles nuit parfois.


Mais bon on ne rigole pas avec la santé.

D’ailleurs je prends un traitement que je sais fort probablement inutile et coûteux.

Au cas où.


Il faudra que je relise Kropotkine.


3 avril 2010

Le printemps n'existe pas


Ils sont bien braves ces crocus. Leurs hampes florales étaient prêtes depuis presque deux semaines. Puis il y a eu beaucoup de pluie, de la neige, un moins 17 cette semaine et maintenant 26°.

C’est que le printemps québécois n’existe pas. La chose est connue depuis depuis longtemps : Voici ce qu’en disait Pierre Boucher dans son Histoire Véritable et Natvrelle des Mœvrs et et Prodvctions de la Novvelle France parue en 1664 :

Puisque ie suis tombé sur l'Hyuer, ie diray vn petit mot en passant des saisons : on n'en compte proprement que deux, car nous passons tout d'vn coup d'vn grand froid à vn grand chaud, et d'vn grand chaud à vn grand froid ; c'est pourquoy on ne parle que par Hyuer et Esté. L'Hyuer commence incontinent après la Toussaints ; c'est à dire les gelées et quelque tems après les neiges viennent, qui demeurent sur la terre, iusques enuiron le quinzième d'Avril pour l'ordinaire : car quelques fois elles sont fondues plus tost, quelques fois aussi plus tard ; mais d'ordinaire c'est dans le seizième que. la terre se trouve libre et en estât de pousser les plantes et d'estre labourée.

Dés le commencement de May, les chaleurs sont extrêmement grandes, et on ne diroit pas que nous sortons d'vn grand Hyuer : cela fait que tout auance, et que l'on void en moins de rien la terre parée d'vn beau verd ; et en effet, cela est admirable de voir que le bled qu'on seme dans la fin d'Auril, et iusques au vingtième de May, s'y recueille dans le mois de Septembre et est parfaitement beau et bon : et, ainsi, toutes les autres choses auancent à proportion ; car nous voyons que les choux pommez, qui se sement icy au commencement de May, se replantent dans le vingt ou uingt-quatrième de luin, se recueillent à la fin d'Octobre, et ont des pommes qui pezent quinze à seize liures.

Pour l'Hyuer, quoy qu'il dure cinq mois et que la terre y soit couuerte de neiges, et que pendant ce teins le froid y soit vn peu aspre, En verité, les neiges sont icy moins importunes que ne sont les boues en France. (...) Les saisons ne sont pas égales par tout le Pays : aux Trois-Riuieres, il y a prés d'vn mois moins d'Hyuer ; au Mont-Royal, enuiron six semaines ; et chez les Iroquois, il n'y a qu'enuiron vn mois d'Hyuer. Quebec, quoy que moins fauorable pour les saisons et pour l'aspect du lieu (1) qui n'a pas tant d'agrément, a, toute fois, un très-grand auantage à cause du nombre d'Habitans, et qu'il est l'abord des nauires qui viennent de France.

***

Le grand géographe français Raoul Blanchard est formel : « Les charmes printaniers n'ont rien à faire ici; cette saison de renouveau est la plus désagréable de l'année. Gelées violentes, brusque dégels bourrasques de neige averses verglas se succèdent avec rapidité.» Parlant de mars: «Les cabrioles de températures sont extravagantes En mars 1938, le poste de Doucet à l'extrême Est de l'Abitibi a enregistré des extrêmes de -48°F (-43° C) et + 62° F (16 °C) un infernal mélange de tiédeur et de froids terrifiants ». Passons au mois suivant : « Or avril n'est guère mieux partagé : sa moyenne reste basse (...) et elle dissimule les sautes les plus brutales ». Et Blanchard de dire que le printemps n'existe qu'en mai. Il conclut: « Au fond, le printemps canadien est un hiver honteux. » (Blanchard, R. 1960. Le Canada-Français, Fayard, Montréal pp. 34-35)

***

Il faut admettre que l'hiver peureux qu'on a eu s'est peut-être en allé. Tout est question d'oscillation Nord Atlantique, d'anticyclone des Bermudes et d'El Nino, évidemment. Le jardinier lui profite du temps doux qui passe pour désencabanner le jardin. Que ça fait plaisir de jouer dans la terre, de mieux connaître ce jardin que ma locataire en allée a créé. Je vais le mettre tranquillement à ma main, connaître les plantes une à une, les bichonner et ne pas oublier de les regarder souvent et longtemps.

Et note à Laurent si en profiter pendant que ça passe est peut être du vieux fond catho, c’est avant tout climatologique.


(1) Premier cas de dénigrement de la belle ville de Québec, on y remédiera en faisant appel à Jean Talon. Heureusement son CV n’était pas trafiqué. Louis XIV savait choisir ses consultants.

16 mars 2010

Trop de printemps ?

Il a fait 13, normalement il fait 2. On comprendra que le Québec n’est pas un pays normal. Cet hiver ne l’a pas été non plus. L’an dernier, le crocus fleurissait le 28 mars, l’année d’avant le 12 avril. Il a fleuri ce matin. Journée de désencabannement pour le chaouin ordinaire qui se défoule en gossant de la plate-bande, Prenant un peu de vin sur la galerie par un soleil irréel, il se dit, en bon québécois:


On va ben finir par avoir une tempête de neige pareil.

13 mars 2010

Un peu de géocritique

J’ai eu hier un drôle de téléphone d’un collègue de l’université. Il me refilait une invitation à siéger sur le comité scientifique d’un colloque construit autour de la géocritique, terme que j’entendais pour la première fois. Renseignements pris, je découvre qu’il s’agit du dernier cri en fait de critique littéraire. À lire un des textes fondateurs, ça fait vachement pomo.

Ah la post-modernité! Il fut un temps où j’en lisais pas mal en géographie. Puis je m’en suis lassé. Non pas parce que les idées et les éléments de la géographie qu’on y étudie soient sans intérêt. Au contraire, il me souvient d’avoir déjà monté une excursion de géo consacrée à l’organisation de l’espace du gros centre d’achat local et des grandes surfaces avoisinantes complétée par l’observation des bungalows voisins comme types de représentations territoriales. Puis j’ai découvert que John Brinckerhoff Jackson parlait des mêmes choses simplement, sans recourir au vocabulaire alambiqué du post-moderniste moyen. Et comme ma sensibilité de géographe m’a toujours porté plus vers les auteurs terre à terre que vers la haute voltige intellectuelle, va sans dire que les pomos ont pris le bord.

Non pas que je méprise ce genre de sport. Juste que j’ai la faiblesse de croire qu’on peut essayer de dire les choses simplement, ne serait-ce que pour être compris du plus grand nombre.


Je pense bien dire oui à cette aventure. D’une part, ça va me distraire un peu de la routine de l’enseignement et d’autre part, je sens que je pourrai connaître de nouvelles idées et redécouvrir La poétique de l’espace de Bachelard ou les fascinants Espèces d’espaces de Pérec.

Et je me prends à imaginer une cartographie des territoires de Jacques Ferron ou de Louis Hamelin tant par leurs oeuvres que par leurs vies. Ou encore une carte du territoire couvert par la littérature québécoise de telle ou telle période.

Bien sur que je parle pas mal à travers mon chapeau, je ne sais encore rien de la géocritique, mais ce sera une belle distraction. Comme disait un de mes géographes préférés: «la géographie n’a cessé de me divertir : n’est-il pas divertissant de mettre en procès ce qui se voit, de ruiner l’apparente évidence ?»

Pierre Gourou a raison : la géographie est un divertissement. La géocritique aussi ?

8 mars 2010

Pas de Tiffany pour le magoua

De retour de mon esacapade montréalaise. Finalement pas eu le temps d'aller voir l'expo Tiffany entre mes visites rituelles aux bouquineries et les démarches de ma demande de passeport. Il faisait tellement beau que c'eût été inconvenant de s'enfermer au musée. Et puis c'est tellement chouette de retrouver la famille et les vieux amis que Tiffany peut attendre. Samedi ballade avec les amis photographes sur le Mont-Royal noir de monde. On a pu y voir un nouveau sport: le surf des rampes, des jeunes qui s'amusaient à glisser en planche à neige sur une rampe d'escalier. Impressionnant.


Et la vue du belvédère du Chalet est toujours aussi chouette:

Photo: Daniel Lebarbé

C'est quand même bien d'avoir des images de vrais photographes sur ce blogue.

Et maintenant, de retour aux corrections après une bonne relâche.