27 avril 2010

Un autre sacre du printemps.

Dans la série à la recherche du printemps québécois, c'est une chanson que Éric Lapointe a bien défendue. La voici en version originale, avant que Richard Desjardins ne devienne lui-même. Abbittibbi première version, qualité vinyle, vidéo inexistante. Pas le chanteur.

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22 avril 2010

Le sacre

Le sacre du printemps est une de mes chansons préférées. Cette version est géniale. Boulez avec des chevaux !

17 avril 2010

Un nouveau carnet

Ceux qui me connaissent savent que j'aime jardiner. C'est à mon sens un des gestes les plus inutiles et par là gratuits que l'on peut faire pour améliorer le monde où l'on vit. Il y en a de plus importants, c'est sûr, et le jardinage n'est jamais tout à fait exempt d'orgueil. Mais bon, depuis que tout petit ma mère m'a montré la magie qu'il y a à semer, planter et sarcler, je n'ai jamais arrêté de le faire.

C'est pourquoi j'ai décidé de m'ouvrir un nouveau blogue consacré à l'air du temps et à mon jardinage. Ce sera un blogue saisonnier, le chalet d'été de l'esprit chaouin, que je conserve évidemment.

Bienvenue donc au carnet du jardin, que je dédie spécialement à Carole et Gérald, mes plus anciens lecteurs et amis des fleurs par surcroît.


13 avril 2010

Chartrand


Il y a presque 30 ans, je travaillais avec un vieux menuisier dans une jobbine de chômage entre deux sessions à l’université. Un midi, Michel Chartrand est l’invité de la radio AM locale. Mon menuisier se tait, écoute religieusement. Chartrand parle fort. Il va jusqu’à dire l’indisable en Estrie. Il faut oublier l’amiante, fermer les mines et se replier vers la sylviculture. Mon menuisier opine, même s’il vient d’Asbestos.


À la fin de l’émission il me dit que Chartrand et Réal Caouette sont les seuls hommes politiques qu’il aime et écoute. Les autres racontent n’importe quoi. Je suis perplexe. Comment mette à égalité la droite crédististe et la gauche syndicale. Oui, deux populistes, mais encore ?


***


Cinq ou six ans plus tard, je travaille à la radio communautaire et j’ai une entrevue avec Chartrand. Je suis nerveux. C’est que c’est un personnage intimidant, ombrageux parfois. Il entre en studio de production, avise un disque de Pablo Casals qui traîne et s’exclame qu’on a tort d’en faire un musicien baroque, il est à son goût meilleur dans le romantique. Il est gentil, simple, demande un café, insiste pour que nous le partagions, sort son flasque de rhum (du cubain précise-t’il) et en verse une rasade dans nos tasses. L’entrevue peut commencer.


Je ne me souviens plus si j’ai posé plus qu’une question. Tout y est passé. Des infirmières qui se brisent le dos à manipuler les alités, aux médecins incapables de défendre les accidentés du travail, aux gouvernements qui n’écoutent que les riches. Tout ça avec les trucs du fort en gueule mais aussi cette tendresse profonde pour les humains d’où naissait sa colère.


Un homme droit, sans concession qui agaçait l’éternel temporisateur que je suis. Parce qu’il nous ramène aux idéaux.


On les oublie trop souvent. Il était la pour les rappeler.

Merci camarade

9 avril 2010

Allume l'ordi on va écouter de la radio

En cherchant des choses sur le prochain Duteurtre, je suis tombé sur une chouette émission de France Inter, station peu diffusée au Québec. Je ne juge pas du reste de la programmation mais cette émission, c'est de la vraie radio, qui parle au lieu de hurler avec les loups en accompagnant les pubs. Et comme le livre de Benoît Duteurtre porte sur le retour du général de Gaulle en France (à 120 ans), c'est assez génial comme contenu.

Voici donc un lien vers l'émission du 22 mars de l'Humeur vagabonde animée par Kathleen Evin* un certain 22 mars 2010 sur France Inter.

C'est si rare de la radio qui ne ressemble pas à de la télé.


* Drôle comme elle a un peu la même voix que Samantha dans Ma sorcière bien aimée

6 avril 2010

Une belle fin de semaine.

Les derniers jours ont été magiques. Mon infirmière de mère m'ayant dispensé des festivités pascales pour cause de maladie, j'en ai été quitte pour me défouler dans le jardin. J'y perds le souper familial et la tarte au sirop d'érable (une vraie, sans cassonade) mais je me reprendrai d'ici mai. J'y gagne de l'avance dans mes corrections et surtout au jardin que j'ai dégagé de sa gangue hivernale. En voici la partie arrière jeudi:

En voilà l'état tantôt:

Entre ces deux images, trois gros bacs roulants bruns remplis, des journées exceptionnelles et des plantes qui se réveillent rapidement. En fait, il faisait même trop chaud pour jardiner samedi (29° !), si bien qu'on a plutôt fêté l'anniversaire du locataire. Et aujourd'hui petite touche finale, quelques projecteurs solaires pour l'illumination nocturne. Ces petites lampes à diodes donnent un bel éclairage lunaire.

Mais de mémoire de jardinier je n'ai jamais vu printemps si hâtif. Tous les arbustes sont en bourgeons, les vivaces (même les hostas!) se pointent partout et mes semis ne sont pas encore faits. On en vient même à penser qu'heureusement les prochains jours s'annoncent plus frais et pluvieux pour ralentir cette explosion. C'est que le temps trop chaud est dur pour les crocus déjà presque fanés.

Et le boulot est recommencé aussi, mais ça fait du bien au moral de voir tout ça pousser.

5 avril 2010

Kropotkine à l'urgence



Mardi soir dernier j’avais cette drôle de sensation d’avoir la joue gelée, une sorte d’anasthésie locale comme si je sortais de chez le dentiste. Le lendemain, buvant mon café, je me rends compte que le coté droit de la bouche ne fonctionne pas très bien rendant aléatoire l’étanchéité propice à ce rituel matinal. Personne à risque que je suis, je soupçonne vaguement un ACV, mais vérification faite, peu probable et de toutes façons je ne peux pas annuler le cours que je donne à l'université.


Après une journée inquiète, retour à la maison, souper et toujours préoccupé, je téléphone à info-santé où on me conseille de me pointer à l'urgence mon cas étant trop douteux. J'avise le locataire ami qui s'offre à m'y reconduire et armé de bouquins, je me pointe à l'hôpital du centre-ville. On vient d'y ajouter un aile comprenant une urgence toute neuve. (La rumeur sherbrookoise veut que les travaux en aient étés savamment planifiés en fonction des échéances électorales de notre illustre député provincial chauffeur de machines gouvernementales)


Il est 19h30 quand je mets le pied à l'urgence. C'est froid, technique et par une belle journée la salle d'attente est peu encombrée; une quinzaine de cas ? Au tri, on ramasse ma carte santé, ma carte d'hôpital on me questionne. Finalement, on me cote 3 pour cause de diabète, donc électrocardiogramme rapide et si rien d'anormal, je suis rabaissé à la cote 5 donc pas urgent.


Une heure plus tard, électrocardiogramme fait, je retourne à la salle d'attente. Il y a là une soixantaine de chaises en rangées de dix bien fixées au sol. La plupart donnent sur des télés branchées sur Canal Vie (!). Il y a des enfants fiévreux et leurs parents, des jeunes un peu éclopés, des habitués aussi qui ont le visage de gens qui n'ont rien d'autre à faire que d'être malades. Une vieille dame au beau visage qui peine à se déplacer sur sa chaise roulante. Je l'aiderai quelquefois.


Je me plonge dans la biographie de Pierre Kropotkine achetée pas cher à la coop de l'université. Au cégep, j'avais fréquenté un peu l'oeuvre de ce prince russe théoricien de l'anarchisme et excellent géographe, j'étais donc curieux de savoir comment on passe de prince russe à rebelle articulé.


Le livre est écrit dans le style plat des camarades qui ne veulent pas trop monter leur sympathie et qui, ce faisant, la hurlent. Je ne le résumerai pas ici. Mais Dieu que cette Russie du 19e était répressive, régressive et pourtant en même temps souterrainnement grouillante d'idées neuves, d'une culture époustouflante chez ses élites.


10h 30. Kropotkine termine brilamment ses études militaires, il est même choisi aide de camp personnel du Tsar Alexandre II qu'il côtoirera quotidiennement pendant un an. Je sors fumer une clope sur le parvis de l'urgence où l’on a soigneusement peinte la ligne des 9 mètres au delà de laquelle il est permis de contrevenir à la doxa de la Santé. Je jase avec un beau grand gars de six pieds cinq en chaise roulante. Quelques vertèbres broyées. Accident de 4 roues. Il déparalyse un peu mais ne sait pas si. Je l’encourage. Mais dans ma tête je trouve ça triste. J’espère pour lui.


Minuit. Refusant une carrière à la Cour Kropotkine va commander un régiment de cosaques à l’extrême est de la Sibérie. Il explore la région de l’Amour et les montagnes à l’est du lac Baikal. Derrière moi un jeune père latino et son enfant malade s’agitent en attendant de passer. On leur donne une couverture, l’enfant s’endort le père aussi. Ensemble, ils font une belle Piéta masculine.


1h30 Kropotkine est en prison à saint Pétersbourg pour ses idées politiques. Le latino et son fils sont partis après avoir rencontré une infirmière. Il ne reste presque plus personne. La vielle dame en chaise roulante est disparue après quelques examens. On la garde. Je commence à cogner des clous. Je m,enquiers de mon sort on me dit de patienter, un nouveau médecin va s’occuper de moi.


2h30 Trop endormi pour lire attentivement (suis levé depuis 5h du mat) je pigrasse dans la bio de Kropotkine. J’aime bien ses idées sur l’organisation humaine qui ressemblent étrangement à celles des granos contemporains : agriculture locale, simplicité volontaire avant la mode... Je fume une clope dehors il y a un gars saoul qui parle fort.


2h45 On m’appelle enfin. Suis assez zombie. Le médecin m’examine soigneusement m’ausculte teste mes réflexes ne voit rien de grave pense que j’ai une paralysie de Bell, maladie dont on ne sait la cause mais plus bénigne qu’un ACV. On me gardera sous observation quand même le temps de faire les examens. On me pose un bracelet de plastique, me donne une jaquette on m’installe sur une civière et je pars.


3h15 La salle des radios est dans la partie en réaménagement de l’hôpital, impression d’une zone abandonnée après la rutilante nouvelle aile. On me scanne la tête, on me radiographie aussi les poumons, je vois pas le rapport mais bon je fume alors on est toujours une cancéreux en devenir. Et tant qu’à être là...


4h30 Le doc confirme rien de grave mais on me garde sous observation dans une salle d’évaluation, une sorte de cabine vitrée où l’on me branche à un moniteur cardiaque. Je finis par tomber d’un sommeil entrecoupé par le ménage et le babil bu personnel de garde.


7h30 Un nouveau médecin tout guilleret me répète ce que j’ai entendu un peu plus tôt, le neurologue va passer. Ensuite, le plateau déjeuner (miam! du gruau ! j’aime ça) accompagné de mes médicaments ordinaires, ils y ont pensé, sont vraiment efficaces.


9h00 Visite du neurologue qui me refait le même topo que les médecins précédents, on ne sait pas la cause de cette maladie, on croit que c’est viral mais ça part généralement tout seul mais bon on vous prescrit de la cortisone, un antiviral et une pilule pour faire passer tout ça parce que c’est dur sur le système digestif. Il me signe les prescriptions, on me redonne ma carte d’hôpital, je suis libre. Il est 9h30.


Cinq jours plus tard, mon état n’a pas tellement changé. je bouffe mes pilules. Globalement, je n’ai pas eu à me plaindre sinon du manque de médecins qui m’a fait poireauter à l’urgence. Les gens sont gentils, les soins de qualité. Dans la salle, les gens s’entraidaient spontanément ce qui aurait conforté Kropotkine. Il aurait aussi constaté, comme moi, que l’un des problèmes de ce système vient de l’autoritarisme incarné par les savoirs étroitement hiérarchisés et défendus bec et ongles par les corporations professionnelles. Cette somme de règles nuit parfois.


Mais bon on ne rigole pas avec la santé.

D’ailleurs je prends un traitement que je sais fort probablement inutile et coûteux.

Au cas où.


Il faudra que je relise Kropotkine.


3 avril 2010

Le printemps n'existe pas


Ils sont bien braves ces crocus. Leurs hampes florales étaient prêtes depuis presque deux semaines. Puis il y a eu beaucoup de pluie, de la neige, un moins 17 cette semaine et maintenant 26°.

C’est que le printemps québécois n’existe pas. La chose est connue depuis depuis longtemps : Voici ce qu’en disait Pierre Boucher dans son Histoire Véritable et Natvrelle des Mœvrs et et Prodvctions de la Novvelle France parue en 1664 :

Puisque ie suis tombé sur l'Hyuer, ie diray vn petit mot en passant des saisons : on n'en compte proprement que deux, car nous passons tout d'vn coup d'vn grand froid à vn grand chaud, et d'vn grand chaud à vn grand froid ; c'est pourquoy on ne parle que par Hyuer et Esté. L'Hyuer commence incontinent après la Toussaints ; c'est à dire les gelées et quelque tems après les neiges viennent, qui demeurent sur la terre, iusques enuiron le quinzième d'Avril pour l'ordinaire : car quelques fois elles sont fondues plus tost, quelques fois aussi plus tard ; mais d'ordinaire c'est dans le seizième que. la terre se trouve libre et en estât de pousser les plantes et d'estre labourée.

Dés le commencement de May, les chaleurs sont extrêmement grandes, et on ne diroit pas que nous sortons d'vn grand Hyuer : cela fait que tout auance, et que l'on void en moins de rien la terre parée d'vn beau verd ; et en effet, cela est admirable de voir que le bled qu'on seme dans la fin d'Auril, et iusques au vingtième de May, s'y recueille dans le mois de Septembre et est parfaitement beau et bon : et, ainsi, toutes les autres choses auancent à proportion ; car nous voyons que les choux pommez, qui se sement icy au commencement de May, se replantent dans le vingt ou uingt-quatrième de luin, se recueillent à la fin d'Octobre, et ont des pommes qui pezent quinze à seize liures.

Pour l'Hyuer, quoy qu'il dure cinq mois et que la terre y soit couuerte de neiges, et que pendant ce teins le froid y soit vn peu aspre, En verité, les neiges sont icy moins importunes que ne sont les boues en France. (...) Les saisons ne sont pas égales par tout le Pays : aux Trois-Riuieres, il y a prés d'vn mois moins d'Hyuer ; au Mont-Royal, enuiron six semaines ; et chez les Iroquois, il n'y a qu'enuiron vn mois d'Hyuer. Quebec, quoy que moins fauorable pour les saisons et pour l'aspect du lieu (1) qui n'a pas tant d'agrément, a, toute fois, un très-grand auantage à cause du nombre d'Habitans, et qu'il est l'abord des nauires qui viennent de France.

***

Le grand géographe français Raoul Blanchard est formel : « Les charmes printaniers n'ont rien à faire ici; cette saison de renouveau est la plus désagréable de l'année. Gelées violentes, brusque dégels bourrasques de neige averses verglas se succèdent avec rapidité.» Parlant de mars: «Les cabrioles de températures sont extravagantes En mars 1938, le poste de Doucet à l'extrême Est de l'Abitibi a enregistré des extrêmes de -48°F (-43° C) et + 62° F (16 °C) un infernal mélange de tiédeur et de froids terrifiants ». Passons au mois suivant : « Or avril n'est guère mieux partagé : sa moyenne reste basse (...) et elle dissimule les sautes les plus brutales ». Et Blanchard de dire que le printemps n'existe qu'en mai. Il conclut: « Au fond, le printemps canadien est un hiver honteux. » (Blanchard, R. 1960. Le Canada-Français, Fayard, Montréal pp. 34-35)

***

Il faut admettre que l'hiver peureux qu'on a eu s'est peut-être en allé. Tout est question d'oscillation Nord Atlantique, d'anticyclone des Bermudes et d'El Nino, évidemment. Le jardinier lui profite du temps doux qui passe pour désencabanner le jardin. Que ça fait plaisir de jouer dans la terre, de mieux connaître ce jardin que ma locataire en allée a créé. Je vais le mettre tranquillement à ma main, connaître les plantes une à une, les bichonner et ne pas oublier de les regarder souvent et longtemps.

Et note à Laurent si en profiter pendant que ça passe est peut être du vieux fond catho, c’est avant tout climatologique.


(1) Premier cas de dénigrement de la belle ville de Québec, on y remédiera en faisant appel à Jean Talon. Heureusement son CV n’était pas trafiqué. Louis XIV savait choisir ses consultants.

16 mars 2010

Trop de printemps ?

Il a fait 13, normalement il fait 2. On comprendra que le Québec n’est pas un pays normal. Cet hiver ne l’a pas été non plus. L’an dernier, le crocus fleurissait le 28 mars, l’année d’avant le 12 avril. Il a fleuri ce matin. Journée de désencabannement pour le chaouin ordinaire qui se défoule en gossant de la plate-bande, Prenant un peu de vin sur la galerie par un soleil irréel, il se dit, en bon québécois:


On va ben finir par avoir une tempête de neige pareil.

13 mars 2010

Un peu de géocritique

J’ai eu hier un drôle de téléphone d’un collègue de l’université. Il me refilait une invitation à siéger sur le comité scientifique d’un colloque construit autour de la géocritique, terme que j’entendais pour la première fois. Renseignements pris, je découvre qu’il s’agit du dernier cri en fait de critique littéraire. À lire un des textes fondateurs, ça fait vachement pomo.

Ah la post-modernité! Il fut un temps où j’en lisais pas mal en géographie. Puis je m’en suis lassé. Non pas parce que les idées et les éléments de la géographie qu’on y étudie soient sans intérêt. Au contraire, il me souvient d’avoir déjà monté une excursion de géo consacrée à l’organisation de l’espace du gros centre d’achat local et des grandes surfaces avoisinantes complétée par l’observation des bungalows voisins comme types de représentations territoriales. Puis j’ai découvert que John Brinckerhoff Jackson parlait des mêmes choses simplement, sans recourir au vocabulaire alambiqué du post-moderniste moyen. Et comme ma sensibilité de géographe m’a toujours porté plus vers les auteurs terre à terre que vers la haute voltige intellectuelle, va sans dire que les pomos ont pris le bord.

Non pas que je méprise ce genre de sport. Juste que j’ai la faiblesse de croire qu’on peut essayer de dire les choses simplement, ne serait-ce que pour être compris du plus grand nombre.


Je pense bien dire oui à cette aventure. D’une part, ça va me distraire un peu de la routine de l’enseignement et d’autre part, je sens que je pourrai connaître de nouvelles idées et redécouvrir La poétique de l’espace de Bachelard ou les fascinants Espèces d’espaces de Pérec.

Et je me prends à imaginer une cartographie des territoires de Jacques Ferron ou de Louis Hamelin tant par leurs oeuvres que par leurs vies. Ou encore une carte du territoire couvert par la littérature québécoise de telle ou telle période.

Bien sur que je parle pas mal à travers mon chapeau, je ne sais encore rien de la géocritique, mais ce sera une belle distraction. Comme disait un de mes géographes préférés: «la géographie n’a cessé de me divertir : n’est-il pas divertissant de mettre en procès ce qui se voit, de ruiner l’apparente évidence ?»

Pierre Gourou a raison : la géographie est un divertissement. La géocritique aussi ?

8 mars 2010

Pas de Tiffany pour le magoua

De retour de mon esacapade montréalaise. Finalement pas eu le temps d'aller voir l'expo Tiffany entre mes visites rituelles aux bouquineries et les démarches de ma demande de passeport. Il faisait tellement beau que c'eût été inconvenant de s'enfermer au musée. Et puis c'est tellement chouette de retrouver la famille et les vieux amis que Tiffany peut attendre. Samedi ballade avec les amis photographes sur le Mont-Royal noir de monde. On a pu y voir un nouveau sport: le surf des rampes, des jeunes qui s'amusaient à glisser en planche à neige sur une rampe d'escalier. Impressionnant.


Et la vue du belvédère du Chalet est toujours aussi chouette:

Photo: Daniel Lebarbé

C'est quand même bien d'avoir des images de vrais photographes sur ce blogue.

Et maintenant, de retour aux corrections après une bonne relâche.


3 mars 2010

Sherbroke-Montréal

17h 15 Tentative de live blogging dans le bus transdev-limocar Sherbrooke-Montréal. Départ sans problème, le car est aux deux-tiers plein, Le soleil se couche jaune clair entre les nuages et l'orford. La journée a été plutot nuageuse et fraîche. Autour des troncs dans les bosées qui bordent l'autoroute, les trous de fonte ont presque un pied, on se croirait fin mars, restera-t'il de la neige pour la tire dans les cabanes à sucre ?

18 h 58 retour dans un nouveau bus llautre est tombé en panne à magog. fait trop noir pour écrire fin du live blogging

28 février 2010

Où l'auteur veut augmenter sa désastreuse moyenne de billets par mois

Quoi de pire qu’un radoub de blogue pour vous ramener la lancinante question fermerais-je ou pas ? Les gens qui me connaissent savent à quel point je n’aime pas terminer les choses. Il y a de la procrastination dans tout ça sans doute, mais aussi que le geste de mettre un point final me semble une mort, l’arrêt de quelque chose qui peut encore évoluer.


Si j’écris peu, c'est évidemment que depuis les cinq ans que je tiens blogue, l’aspect dire ce que j’ai à dire s’émousse. On me répondra que l’actualité bouge beaucoup et je dirai qu'elle radote énormément aussi. L’état des finances publiques du Québec est préoccupant. Grosse nouvelle. Il l’était aussi sous Bouchard, sous Bourassa sous Lévesque et Bourassa encore avant !. Duplessis a perdu ses élections là dessus en 1939 comme Mercier cinquante ans plus tôt. Laissons les comptables trafiquer les chiffres.


J’avais souri en lisant (dans Raisons communes ?) Fernand Dumont constater que jamais le Québec n’a eu autant d’administrateurs patentés ni tant de problèmes d’administration. Il ne croyait pas si bien dire. La crise économique actuelle en est le parfait exemple. La cupidité des gestionnaires de tout acabit nous a précipités dans une profonde crise. C’était une cupidité utile quand elle a fait augmenter la valeur des fonds de pension mais répréhensible quand ils ont baissé Alors on trafique une reprise pour remonter la performance.


Cette crise va durer longtemps. Comme on dit au Café Américain : «The banks must be restrained, the financial system reformed, and the economy brought back into balance, before there can be any sustained recovery.» Pensez-vous que ça va se passer ? Je l’espère, mais je suis un homme naïf.



Tout le problème de cette crise c’est qu’elle ajoute au chaos ambiant. Celui de l’information inutile et instantanée, des meutes médiatiques trop occupées à se battre pour le même os sans voir d’où il vient. Le verraient-elles qu’il y aurait un banquier glamour pour distraire l’attention. Ou un Facebook. Ou un blogue.


Non, si j’écris peu sur ce blogue c’est tout simplement que je cause aussi à cinq classes par semaine.


J’essaie de les distraire des distractions.

Petit radoub

Après bien des tentatives, j'ai finalement trouvé une nouvelle enveloppe à ce blogue. Ma première idée était de chercher quelque chose de plus épuré genre belle image nature en bandeau et rien d'autre. Les thèmes K2 ou Ocean Mist, me plaisaient beaucoup mais tous deux étaient impossibles à ajuster correctement, soit que les caractères des messages restaient trop petits ou que leur colonne était trop mince. Treasure Hunter avait aussi des caractères lilliputiens, à croire que les créateurs de modèles portent des loupes comme lunettes.

Ce sera donc Letter Frame que j'ai trouvé là. J'aime bien son côté informel et les bidules qui traînent autour de la page font un clin d'oeil à la mise en page de l'album Les Chaouins de mes vieux amis Dyane Gagnon et Yves Boisvert.

Reste encore bien des choses à bidouiller.

Et aussi écrire plus souvent.


26 février 2010

Encore là

Plus d'un mois sans rien dire. C’est à croire que quand tout va bien on a pas le goût d’écrire. Les gens heureux n’auraient vraiment pas d’histoires ? Allons- y de quelques nouvelles en vrac.

***

Coté boulot, ça se passe de mieux en mieux, je sens que j’ai trouvé le ton et les mots pour me faire mieux comprendre par mes cégépiens. Il faut savoir que le manque de vocabulaire de bien des jeunes sortis du secondaire me sidère, c’est désolant mais bon, on fait avec et on prend l’habitude de traduire à coups de synonymes tout mot un peu compliqué. Et ça marche. Autant pour les footballeurs que les filles trop maquillées de la dernière rangée.

***

Marre des débats sur l’inclusion/l’exclusion l’identité/l’étranger, eux/nous. Aucune loi ou politique ne saurait changer la volonté des uns de s’intégrer ou des autres à s’ouvrir, il n’y a là dedans que les expériences ou volontés de chacun et le temps qui fait son œuvre. C’est le terrain qui compte, pas la représentation médiatique.

***

Drôle d'hiver que nous avons. Il y a deux jours il était enfin tombé 20-25 cm de neige, après une disette rare en février. Enfin de quoi essayer les raquettes que je me suis acheté. Aujourd'hui, c'est presque déjà fondu. Ce n'est pas tout de suite que je vais enlever leur étiquette. Au moins les trottoirs sont secs pour le piéton que je reste.

***

Semaine de relâche en vue et bienvenue. Au menu: corrigeage, radoub du blogue (ce doit être le brun qui ne fait plus écrire), grand ménage de l'appart et virée à Montréal.

Tiffany m'attend.


15 janvier 2010

Un peu de géographie

Jean-François Lisée est partout. Il écrit et dirige des livres intéressants, a son blogue, dirige le Cérium, ce qui lui permet de faire une émission de radio hebdomadaire de bon calibre que j'aime bien écouter de temps en temps sur le web.

Cette semaine, il invitait le géographe Rodolphe de Koninck à parler d'un bouquin au titre inquiétant: The end of food. Moi qui pensait qu'il n'y avait que Bazzo pour inviter des géographes.

Le géographe est une bête qu'on invite pas tellement dans les médias. À un colloque de géographes où on se plaignait du peu de visibilité de notre noble profession je me souviens avoir entendu le même de Koninck dire que dans le fond c'est parce que nous sommes trop dangereux.

Dangereux les géographes ? Probablement oui. C'est que à force d'essayer de faire des liens par exemple entre le milieu naturel et ce qu'en fait l'humain on doit à la fois intégrer plusieurs points de vue et prendre un certain recul. Un exemple ? Dans son entrevue avec Lisée, De Koninck parle des changements climatiques comme d'un épiphénomène, symptôme d'un problème plus grave : celui de la détérioration des écosystèmes. C'est nettement plus général et plus profond. Parce que sur les questions environnementales il y a la saveur du mois: BPC, couche d'ozone, climat, amiante, bébés phoques, développement durable ou pénurie de pétrole dont on parle et les questions de fond qu'on oublie.

Au fond, le problème n'est rien d'autre que celui de la relation que les humains entretiennent avec leur écosystème au sens large, leur milieu naturel mais aussi social. Pour le géographe, contrairement au biologiste, si l'humain est une composante du milieu naturel, il est aussi à même de le transformer et de le dominer. Il peut en faire les plus beaux paysages du monde comme les pires. Force est de constater qu'il fait plus de boulevards Tachereau que de vieux Québec; à Sherbrooke la rue King est plus longue que la rue Dufferin.

Dans un monde où l'on fait tout pour nous distraire du lieu où l'on vit, on comprend donc que le regard du géographe nuit au commerce. Il me souvient d'avoir fait une excursion de géographie post-moderne autour du Carrefour de l'Estrie pour montrer comment l'espace y est savamment aménagé pour vous perdre et donc vous faire circuler devant un maximum de magasins. On y avait également vu comment le bungalow et son terrain reflètent les valeurs des habitants mais surtout celles du mode consommation dominant au moment de leur construction. Je ne crois pas avoir instruit de bons consommateurs.

Tout ça pour dire que le géographe essaie de comprendre le monde comme il le voit. Pas comme il devrait être. Il imagine parfois ce qu'il pourrait être, mais d'autres sont payés pour le construire. Eux en tirent de grands profits. Rarement la planète. Le géographe constate.

Il croit qu'on pourrait faire mieux.

***

Il y a une légende urbaine chez les géographes québécois. Dans les années 1940, Saint-Exupéry a dessiné en partie Le petit prince à Québec, chez les parents de Rodolphe de Koninck qui aurait servi de modèle. Dans ce livre, Saint-Ex fait une erreur sur son géographe. Oui, il y en a qui ne font que du bureau (ou sont devant leurs ordis), mais certains, de moins en moins, sont sur le terrain. Ils ne consignent pas tout dans leurs publications.

L'essentiel est dans leurs yeux.

11 janvier 2010

L'homme de Duplessis

Robert Rumilly (1897-1983), comme bien des gens de droite, est un séducteur. Mon frère l’avait rencontré, il y a bien 35 ans, et m’avait fait écouter l’apologie de Duplessis qu’était son entretien. L’homme était brillant, fin causeur et désespérément astucieux à contrer toutes les taches dont on aurait pu souiller la mémoire du grand homme. Depuis j’avais bien ri à lire son livre sur l’Infiltration gauchiste au Canada-Français où il fustigeait les dangereux agents qui sapaient l’ordre moral de la société canadienne-française à Cité Libre et surtout au Devoir. Gérard Pelletier, Pierre Elliot Trudeau, Gérard Fillion et tant d’autres cathos de gauche menaçaient le Québec dans ses fondements. Il n’avait pas tout à fait tort. D’autant que les dits fondements étaient vermoulus, pour ne pas dire pire.

Plus tard, je me suis pris à aimer lire presque le quart des 41 volumes de sa monumentale Histoire de la province de Québec (1867-1945). C’est que Rumilly a une bonne plume, qu’il sait dire le récit des événements avec l’art du conteur et presque le sérieux de l’historien patenté. Puis je me suis lassé de cette trame de la lutte éternelle des deux races comme fondement des rapports Canada-Québec. Il n’y a pas QUE ça.




C’est pourquoi j’étais bien content de voir que Jean-François Nadeau avait eu la bonne idée de tracer l’itinéraire de Robert Rumilly, l’homme de Duplessis. Quelques grandes lignes: issu d’une famille de militaires, il nait en Martinique en séjourne enfant en Indochine et à la mort du père revient en Paris où sa mère remariée mène une bonne vie bourgeoise. Soldat déçu de guerre de 1914-18, il rejoint ensuite les sections de choc de Maurras et de l’Action française qui veulent rien de moins que l’abolition de la république et le retour à la monarchie par la révolution nationale.

Déçu de l’impasse politique en France, il débarque au Québec en 1928 et y retrouve quelque chose comme la France d’avant la révolution de 1789 Il sera journaliste pour devenir ensuite traducteur à Ottawa et finalement spéculateur immobilier sans merci pour faire vivre l’écrivain. Jamais il ne reniera ses convictions d’extrême-droite même dans ce qu’elles ont de plus abjectes, racisme et antisémitisme inclus. Sa seule pirouette politique sera d’avoir flirté avec l’indépendantisme de droite pour le renier quand ce deviendra un combat de gauche.

Le portrait qu’en trace Nadeau est sans fard. Tout nationaliste qu’il soit, Rumilly est d’abord un homme de droite assez influent dans les coulisses québécoises. Cela permet à Nadeau d’explorer les méandres parfois malsains de cette idéologie qui a été fort présente au Québec mais aussi au Canada et aux USA et en Europe dans les années 1920-1930. L’oeuvre de l’historien, presque 100 livres!, demeure majeure et Rumilly a été un grand explorateur. Elle est malheureusement gâchée par sa négligence à citer ses sources et sa conception trop romancée de l’histoire.

En épilogue, Nadeau fait le lien qui tue. Il existe aujourd’hui un Centre d’Information Nationale Robert Rumilly qui s’oppose évidemment au mariage et à la «propagande» gaie dans les écoles, soutient le minuscule parti de droite local qu’est la Démocratie-chrétienne du Québec et est proche de la revue conservatrice Égards... où sévit cette autre excellente plume déçue de la France et de l’abaissement de l’Occident en général qu’est Maurice G. Dantec. *

Comme quoi...

* Clin d'oeil à Laurent de chez Embruns qui m'a remis sur terre ce matin

31 décembre 2009

Meilleure année

Quand j'étais petit, les adultes se souhaitaient de la santé, je ne comprenais pas trop pourquoi. Maintenant oui. À en faire des résolutions. Alors que résoudre est plus simple.

Je vous en souhaite autant et aussi le plaisir de voir tous les jours renaitre le monde, même s'il n'est pas beau tout le temps.


Malgré tout, les années rendent moins con.
Let's hope it a good one.

Pour vous tous et vos connaissances.

24 décembre 2009

un peu de souhaits

Mon autobus part bientôt, n'ai je guère le temps que de souhaiter à mes lecteurs et lectrices un joyeux temps des fêtes, des amis et de la famille autour et l'espérance de jours meilleurs.

Plein de grandes et petites joies !

19 décembre 2009

Un peu de Thiéfaine

L'autre soir, j'ai veillé avec ce vieil ami maintenant locataire que j'ai connu du temps où je faisais de la radio communautaire. Et dans les chansons aléatoires de l'ordi passe Droïde Song d'Hubert Félix Thiéfaine. Mon invité capote d'entendre une toune oubliée. Il faut dire qu'à cette époque bénie de ce merveilleux boulot, Thiéfaine était un de mes chanteurs culte. La radio l'avait même produit à Sherbrooke lors de sa première tournée au Québec. Four monumental, 80 personnes dans la salle de 350 places. Mais quand même deux fois plus qu'à Québec, CKRL battu ;-) Deux ou trois ans plus tard, je l'ai revu au Spectrum avec une salle pleine de français extatiques et j'ai mieux compris le phénomène.

C'est que Thiéfaine (HFT pour les fans) est ce genre de chanteur peu médiatisé qui a rencontré son public. Trop noir pour la télé et les mass media , il fait une belle carrière comme beaucoup d'autres. (Pourquoi ? SVP répondre plus bas en 12 lignes, sous forme de texte argumentatif) Depuis ma période radio, je me suis pas mal éloigné de la chanson, me contentant de suivre de loin, à travers la radio communautaire fédérale. Je connais peu ses nouvelles choses, il n'est toujours pas diffusé ici, HFT. Et mettons que j'avais fini par me dire que c'était un trip noir du post ado que j'étais peut-être à l'époque.

Mais voilà que j'ai plein de copies à corriger, donc du temps à perdre avant de donner un rush. Et me suis amusé à le réécouter. Le web est merveilleux et permet de faire plein de choses. par exemple, un video a postériori de cette très belle chanson de Thiéfaine, il y a même une dissertation là dessus. qui mérite un A.



Et si je ne suis pas prof de cinéma, télé ou whatever, je donnerais une bonne note à cet individu.



Tout ça pour dire, non Thiéfaine c'est quand même loin d'être mauvais, d'autant plus qu'on s'est amusé à le réinventer.

Il est d'ailleurs bizarre chez Ruquier qui l'a invité. J'ai regardé ce video et me suis souvenu d'une impression que j'avais gardé de la télé française il y a 20 ans, grippé que j'étais en séjour forcé et heureux chez Gégé de Reims ( Où que tu soit merci encore !) : finalement, à part quelques très grandes émissions, la télé française c'est TVA avec plus de moyens. Et Ruquier, c'est vraiment nul. On entend tout le monde, sauf l'invité. Quouique dans l'impertinence bon enfant, on voit que cet homme a beaucoup appris de Julie Snyder.

Encore faut-il qu'il se marisse.