9 décembre 2006

Errances cartographiques

L’hiver est là, les choses se tassent. Même pris la peine de gratter les deux centimètres de neige de la galerie d’en avant. Dans deux mois, il n’en sera plus question. Finalement pas de remplacement à faire, le prof sera rétabli. Et dans le fond, c’est tant mieux, j’aurai plus de temps pour travailler le nouveau cours.

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Trop d’errances sur internet dernièrement. Ça m’a permis tout de même de trouver de bons sites cartographiques, dont un blogue, le magique Strange Maps (en) qui est un bijou. Je n’ai pas résisté à lui emprunter cette carte issue de chez Daily Kos :


Oui c’est à peu près ça le monde de Dubya Bush. Et c’est sans doute après avoir rencontré Jean Poutine*qu’il s’est souvenu qu’il y a un coin français dans Just like the U.S. On en conclut que même Bush sait qu’il y a du schmilblick dans ce bout là.

C’est presque inquiétant.


* Un jour Rick Mercer, celui qui s'est baigné tout nu avec Bob Rae, a piégé Bush sur le nom de Jean Chrétien, vidéo accessible via Wikipedia, en bas de l'article.

2 décembre 2006

Décembre débute

Il tombe une petite neige sur Sherbrooke. Hier, on a eu des éclairs. Avant-hier, il faisait 18. Si on fait la moyenne de tout ça, on en vient à une normale. Quand même, les décorations de Noël me semblent moins déplacées sur fond blanc.

Après un saut à Montréal me voici de retour à Sherbrooke depuis jeudi. Au répondeur un message : un prof est hospitalisé possible que je le remplace en partie cet hiver. En moins d’un mois, ma tâche et mes revenus pourraient tripler. Comme quoi la précarité en enseignement confirme un vieil adage : le malheur des uns fait le bonheur des autres.

Vu à Montréal l’exposition Girodet au Musée des Beaux-Arts. J’aime bien ce genre de peintre inconnu qu’on nous fait découvrir. C’est de la peinture bien léchée, classique comme on l’était au début du 19e, avec une certaine audace qui l’amène chez les romantiques. Ce tableau m’est tombé dans l’œil.

Anne-Louis Girodet, Endymion, effet de lune.

J’aime bien cette ambiance étrange, déjà romantique, pas loin du symbolisme. Un drôle de pistolet ce Girodet qui aimait peindre des arabes au moment où l’Europe se remet à l’Orient. C’était un peintre bien établi dont connait peu la vie privée, ses amis ayant brulé sa correspondance (compromettante?) à sa mort. À cette époque cela veut tout dire, on a brûlé celle de d’Alexandre von Humboldt pour cacher son homosexualité. Disons que sa sensualité est bien masculine…

23 novembre 2006

Le Québec est un schmilblick

La voltige sur l’existence d’une nation au Québec devient hautement divertissante. Rappelons les faits. Désespéré de recueillir des appuis au Québec, l’intellectuel autoproclamé et candidat à la tête du pati liberal federal Ignatief propose de reconnaître éventuellement le Québec comme nation. La chose est entérinée par l’aile québécoise de son parti, sous l’œil méfiant de ses adversaires Bob Rae et de Steph Dion, qui craignent de rouvrir la boîte de pandore constitutionnelle.

Les nationalistes québécois s’en amusent, forcent le débat à Québec et aussi à Ottawa où le Bloc Québécois propose à la chambre des Communes cette motion : «Que cette Chambre reconnaisse que les Québécoises et les Québécois forment une nation.»

Voilà t’y pas que le bonhomme Harper en remet une couche et propose habilement cette motion : « Que cette Chambre reconnaisse que les Québécoises et les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni. », à la grande joie des libéraux et des néo-démocrates. Et voilà que le Bloc amende sa propre motion y ajoutant «actuellement au sein du Canada» lequel est uni, jusqu’à nouvel ordre (ou référendum).

Il faut lire les réactions outrées du National Post, où Coyne agite le spectre belge. On est confus au Globe and Mail (accès payant), heureux à La Presse (entendu ce matin) et défiant au Toronto Star. Je viens d’entendre à la radio le suave Bob Rae déclarer n’avoir rien contre cette motion, à condition qu’elle n’ait aucune portée juridique. Les commentaires sur le site du Toronto Star vont en tout sens, entre la reconnaissance du fait national québécois (langue, culture, etc.) et le classique Let’s ship them all back in France.

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Aussi ce blogue, ne reculant devant rien pour ramener la paix dans les foyers y va de sa propre motion : « Que cette Chambre reconnaisse que les Québécoises et les Québécois forment un schmilblick au sein du Canada. ». Comme on le sait, le schmilblick est quelque chose qu’on ne connait pas, qui ne sert à rien, mais qu’il faut faire avancer.

Comme le Canada ?

18 novembre 2006

Le paysage ? Connais pas.

Semaine assez chamboulée mais heureuse, qui se termine sur le doux temps d’hier, 18 degrés le matin, ça fait toujours plaisir, même si on sait que ça ne durera pas. Ce matin, retour en novembre mais, au moins, il ne pleut pas et on voit même le soleil entre les nuages.

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Parmi les choses que je n’ai pas eu le temps de relever, il y cette déclaration de Paul-Louis Martin, au Devoir à l’occasion de son prix Gérard-Morrisset : «On n'enseigne pas aux jeunes à voir le paysage, à apprécier ses grandes lignes de force et son esthétisme, contrairement à ce qui se fait en France, par exemple, où une loi oblige les enseignants à consacrer 10 % de leur temps à sortir les enfants et leur faire découvrir les monuments, les vieux quartiers. Ils vont sur le terrain. On est encore loin de ça au Québec.»

Touché. Dans mon propre domaine, la géographie, le terrain est essentiel pour comprendre, voir et sentir les choses. Pourtant, depuis quelques années, tous les départements universitaires, à des degrés divers, se replient vers la géomatique ou le traitement d’images satellitaires. C’est utile pour l’emploi mais on en vient à voir le monde comme une somme de données à traiter. En géo humaine, on se noie dans les logorrhées postmodernistes ou dans les traitements statistiques toujours plus sophistiqués. Il n’y a que les praticiens de la géographie physique à sortir, en attendant les robots échantillonneurs.

Au secondaire, c’est pire. Le nouveau programme, en plus de réduire le temps consacré à la géographie, en a éliminé la composante milieu naturel (refilée aux sciences) pour traiter d’enjeux territoriaux, de conscience citoyenne planétaire (compétences 2-3). Deux énoncés intéressants mais qui cèdent à mode des buzzwords contemporains. La compétence 1 «lire l’organisation d’un territoire» fait appel aux documents, aux sentiments, aux constructions humaines et néglige évidemment le milieu physique ou biologique qui, comme on le sait, n’est pour rien dans l’aspect d’un paysage.

L’autre problème au secondaire, c’est évidemment la lourdeur bureaucratique. Sortir une classe demande des autorisations, des ruptures d’horaires, des frais, des réquisitions. Contrôler une classe de 32 jeunes souvent mal élevés et lâchés lousses dehors est difficile. Pourtant l’écologie des mauvaises herbes est fascinante. L’interprétation du bungalow ou des duplex montréalais réserve plein de surprises. Sans compter les sorties patrimoniales qu’on ne fait plus, on préfère les glissades d’eau. Ou un match de hockey comme certains de mes étudiants cette semaine.


Tout cela est désolant. Je dois pourtant à Paul-Louis Martin un peu de ma vocation de géographe. J’avais dévoré son petit guide culturel de Rivière-du Loup et son portage que je rêve d’adapter à l’Estrie un jour. J’y ai appris à regarder le monde, à le questionner, à en être curieux, ce qui me permet de l’aimer toujours plus. Mais c’est dépassé tout ça, le virtuel est plus simple.

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Après ça, on se demande pourquoi nos jeunes sont mélangés. Il ne savent ni d’où ils viennent ni où ils sont.

15 novembre 2006

Une bonne nouvelle

Pas écrit depuis quelques temps, mais pour cause de bonne nouvelle: un nouveau cours à préparer pour cet hiver. Inattendu et jouissif, ça stabilise les phynances à l’horizon du printemps, d’autant plus que ce cours pourrait être récurrent à chaque année. Ne m’en manque qu’un seul de plus et je deviens fonctionnaire de la précarité. Mais un cours à préparer, c’est du boulot.

Et en plus me suis débarrassé des restants de ma bronchite de fumeur en utilisant le truc d’un bon ami grano : une gousse d’ail croquée par jour. Ça éloigne le docteur, et bien du monde aussi ;-)

Et pour le moment, Schoenberg et l’OSM en direct

4 novembre 2006

Questionnaire d'époque

Il y a toujours des questionnaires qui circulent sur le web. Utile quand on est pas trop inspiré...

1- Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne

… ont ainsi produit toute une gamme de systèmes agraires, fondamentalement différents…

(extrait de l’Histoire des agricultures du monde de Mazoyer et Roudart, un classique et génial bouquin)

2- Sans vérifier, quelle heure est-il ?
14h 15

3- Vérifiez
14h 35 –comme le temps passe

4- Que portez-vous ?
Fidèle chandail de laine, vieux jeans

5- Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?
Internet, le blogue de Jonas, ce qui m’a donné l’idée de me l’auto-administrer

6- Quel bruit entendez-vous à part celui de l’ordinateur ?
Ce n’est pas du bruit, quoique le mix de Gigi L’amoroso et d’une polonaise de Chopin sur ce CD que je me suis fait est vraiment étrange

7- Quand êtes-vous sorti la dernière fois, qu’avez-vous fait ?
Suis allé m’acheter le Devoir du samedi et des cigarettes (le dernier paquet?) au dépanneur ; et si sortir c’est dans un bar, alors la traditionnelle bière du jeudi aux Beaux Dimanches.

8- Avez-vous rêvé cette nuit ?
Sûrement mais je ne me souviens jamais de mes rêves, sauf en cas de grippe.

9- Quand avez-vous ri la dernière fois ?
Jeudi au traditionnel tournoi de calembours et de jeux de mots du 5 à 7. J’ai scoré quelques points ;-)

10- Qu’y a t-il sur les murs de la pièce où vous êtes ?
Quelques toiles d’amis en général, des reproductions d'autres toiles et sans doute quelques toiles d’araignées, je viens de rentrer mes plantes.

11- Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
Les œuvres complètes d’Élisée Reclus et la paix de mes créanciers divers.

12- Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
Playtime de Tati (Voir plus bas)

13- Avez-vous vu quelque chose d’étrange aujourd’hui ?
Rien sinon les quelques flocons qui commencent à tomber depuis que j’ai commencé ce questionnaire

14- Que pensez-vous de ce questionnaire ?
Intéressant, ça fera toujours un truc de plus dans le blogue.

15- Dites-nous quelque chose de vous que nous ne savons pas encore
Tant à dire… et c'est bien comme ça

16- Quel serait le prénom de votre enfant si c’était une fille ?
Impossibilité biologique

17- Quel serait le prénom de votre enfant si c’était un garçon ?
Ditto

18- Avez-vous déjà pensé à vivre à l’étranger ?
Pas vraiment, à moins d’une charge cours… c’est l’étranger Trois-Rivières ?

19- Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?
Qu’il n’existe pas.

20- Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?
Plus de compassion, en général.

21- Aimez-vous danser ?
Pantoute, sauf sur Marcia Baila des Rita Mitsouko

22- Georges Bush ?
Crétin en chef

23- Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?
M’en rappelle plus, ça fait quasiment un mois

24- Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?
Qui le veut bien.

3 novembre 2006

Deux découvertes

Il ne faut pas se le cacher, l’hiver arrive. Quelques flocons ce matin et ce soir la lune est de ce bleu froid de janvier. Je rentre d’une course au dépanneur et j’ai regretté de ne pas avoir mis mon manteau d’hiver.

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Semaine assez occupée à préparer et à migrer mon cours vers Power point. J'ai enfin trouvé un logiciel pour un bordélique comme moi. Picasa n’est pas une grande nouveauté, mais fait très bien ce que je veux faire : trouver mes photos ou scans rapidement dans l’ordi. Et en plus il y a un petit module de retouche d’images qui fait précisément ce dont j’ai besoin : redresser des scans croches en trois secondes, rogner ou découper des images et les copier directement sur une diapo. Pas plus, mais ca suffit pour moi qui se perd dans Photoshop ou Gimp. Son seul défaut : il trouve tellement vite toutes les images d’un ordi qu’on se demande si son parent Google n’est pas si désintéressé de nous l’offrir gratos.

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Deuxième découverte, via Sale bête, The Library Thing. Un site vraiment génial de gestion de bibliothèque personnelle. Depuis un an que je songeais à faire l’inventaire de mes 1500 (ou 2000?) livres, j’étais tout simplement découragé par l’ampleur et l’ennui mortel d’entrer toutes ces informations. Or ce site permet tout simplement de copier d’un clic les données de certaines bibliothèques (Library of Congress et U de Montréal, entre autres) ou encore celles d’Amazon.com dans un catalogue personnel. On ajoute des mots-clefs (tags) et ouala !

Il y a également un aspect communautaire intéressant : la plupart des utilisateurs laissent leurs bibliothèques ouvertes à tous, on peut bouquiner chez les autres, écornifler un peu et même copier les fiches de livres communs, ce qui allège encore la saisie des données Il y a aussi toute la panoplie des groupes de discussions et autres. On sent derrière ça une très petite équipe qui aime simplement les livres. Gratuit pour les 200 bouquins et moins, 10$ par an ou 25$ à vie pour les autres, j’achète !

C’est devenu rare un abonnement à vie…

25 octobre 2006

Playtime

Il fait un temps d’automne exemplaire. Gris, humide et frais. Cela me porte à me replonger dans le ménage, le lisage et même le visionnage de films.

À ce propos, même si je ne vois que peu de films, je suis en train de développer un culte pour Tati et notamment son Playtime que je me suis repassé encore hier. Sans dialogue ou presque voilà un film qui en dit plus sur la condition moderne que les œuvres bavardes de Denys Arcand, que j’aime bien pourtant. C’est que Tati montre plus qu’il ne raconte. Il me fait penser aux tableaux de Brughel, ces paysages où l’œil trouve toujours des choses nouvelles à voir dans un coin. D’où le plaisir à revoir encore et encore certaines scènes. Et le personnage est vraiment attachant comme en témoigne cette entrevue aux (très riches) archives de Radio Canada.

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Lire l’histoire de la province de Québec de Rumilly est toujours divertissant. Aux tomes 8 et 9, on en est à la guerre des Boers (1899-1902). On y commence une vieille tradition : le Canada Anglais veut s’engager dans cette guerre impériale, le Canada Français ne veut rien savoir. Laurier fafine et aide sans aider officiellement. Aujourd’hui, la puissance impériale n’est plus la même mais les opinions n’ont pas tellement changé.

23 octobre 2006

Une photo du magoua

Que reste-t-il de nos amours ?
Que reste-t-il de ces beaux jours ?

Une photo, vieille photo
De ma jeunesse

- Charkes Trenet

Un soir, je suis tombé sur l’histoire de l’Association Étudiante du Collège Édouard Montpetit. Je m’y suis trouvé à la deuxième moitié des années 1970, de belles années de ma vie, où j'ai obtenu une sorte de DEC en Cégépologie qui a d'ailleurs nui aux débuts de ma carrière universitaire. Je suis content de constater que les organismes que nous avons établis dans le temps sont toujours là. Leurs problèmes aussi. Mais que de beaux souvenirs. Et le vertige d’être devenu objet d’histoire Qui fait viellir. Un peu.

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Aussi donc moment historique dans ce blogue, une première photo du magoua.

Et même un jeu : dans cette tablée d’assemblée générale où est le magoua ?

Avantage à ceux qui me connaissent depuis au moins vingt ans.

C’est mon âge sur la photo.

20 octobre 2006

Lectures

Il fait une pluie drue et un vent terrible. On signale de la neige un peut partout autour mais pas ici; on ne serait pas surpris que le tapis d’hermine frappe d’ici demain. Journée donc à rester encabanné et à lire.

Repris la savoureuse Histoire de la province de Québec de Robert Rumilly, longtemps bloquée faute de tome 8. On est en 1897, Laurier sauvera t’il le droit aux écoles catholico-françaises du Manitoba ? On attendra 90 ans pour régler la question. Et il ne me reste que 33 tomes à lire. Prolixe, le Rumilly.

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Lu la semaine dernière Sexe et dépendances de Stephen McCauley. Livre agréable, profondément superficiel comme l’époque (post 11 septembre) ainsi que le milieu gai et immobilier de Boston. Il y a une ironie chez ce gars qui ressemble à celle de Duteurtre, c’est léger, bien écrit, facile à lire (recette de créative writing?) mais s'y prend à réfléchir quand même un peu.

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Entamé aussi l’Humain isolé, apport de Louis Hamelin dans la série Écrire (aux Trois Pistoles de VLB). Ça promet : «Écrire et se rappeler sont une seule et même chose. Les mots sont une arme. Gardez votre coup de poing américain au fond de votre poche pour le jour où vous en aurez besoin. ». À savourer lentement, le livre est bref.

16 octobre 2006

Un peu de science

J'ai toujours aimé cette revue scientifique. Elle attribue d'ailleurs les IgNobel et celui qui a remporté le prix de littérature me semble particulièrement intéressant.
(Via Phersu)

8 octobre 2006

Discrimination

Étant en visite à Montréal, j’ai vu hier (trois semaines après tout le monde) la rediffusion d’un reportage d’Enjeux sur la discrimination. Le principe est simple : une enseignante de troisième année du primaire divise arbitrairement sa classe en grands et petits et accorde sciemment des privilèges à un des sous groupes. Étonnant de voir à quel point les enfants se prêtent au jeu et en remettent même. Les enfants sont touchants, la prof aussi. Ça fait également comprendre comment il est facile de faire des petits nazis ou tout autre genre d’extrémistes en désinformant les gens. On en vient même à se demander ce genre de manipulation ne vient pas expliquer les étranges comportements des gens de Québec qui suivent aveuglément les propos bêtes de leurs héros à la Arthur ou Filion.
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Mais tout de même, me semble qu’il y avait plus de disciplines dans nos classes du primaire, et sans enlever au mérite de l’enseignante, il me souvient d’avoir lu dans un texte d’Hannah Arendt que l’autorité du maître permet de contrer la tyrannie du groupe d’enfants laissés à eux-mêmes. C’est un texte que j’ai longtemps fait lire à mes futurs profs, histoire de les désintoxiquer du charabia pédagogique dominant.

Document à voir et revoir bien archivé sur le site de Radio Can.

2 octobre 2006

Pendant que tussilage....

Pendant que ma tisane de tussilage macère, question d’éloigner la classique bronchite de fumeur consécutive au rhume. Peu de choses à dire sinon du quotidien. Fait du bien de faire de la bouffe avec la coloc, ça améliore l’ordinaire. Heureux que le Québec permette au Capitaine et à son Lapin de se marier. Et bien des marches de géographie urbaine avec les étudiants. Inégales d’un groupe à l’autre. Mais toujours agréables; quoi de plus utile que de montrer la ville, ses briques, le pouvoir qu'elles disent et peut être simplement apprendre à regarder le monde.

Un incident quand même. Quand j’expliquais les dimensions sociales des villes et la ségrégation de plus en plus grande qu’on y constate avec le repli des classes moyennes vers les banlieues, voilà que passe une dame qui ramasse les canettes vides. Ce sont des choses qu’on aime pas voir. Mais qui aident à faire passer un discours sur la fonction égalisatrice des écoles.

Utile à de futurs profs.

23 septembre 2006

Brave Godbout

J’ai toujours aimé Jacques Godbout. Il est un des rares québécois à parler le français standard comme sa langue maternelle. J’aime le cinéaste qui est capable de faire autant IXE 13 que de copieux documentaires sur l’américanité. Et si je suis loin d’avoir tout vu ses films ou lu ses livres il m’est toujours apparu comme un honnête homme qui pose de bonnes questions.

Dans le Devoir d’aujourd’hui, il répond en quelque sorte à la polémique qu’il a soulevé en prédisant le risque de voir la culture québécoise disparaître d’ici trois générations. Son argumentaire est démographique. Là-dessus le constat est vrai. Voici par exemple les plus récents scénarios de projection de population de l’institut de statistique du Québec


À plus long terme, aucun démographe ne se risque, quoi qu’il me semble avoir déjà vu une population de 5 millions à l’horizon 2071. Évidemment, une projection démographique est ce qu’elle est. J’ai lu trop d’articles des années 1930 projetant à peine 35 millions d’habitants à la France de 1980 (contre 57) ou encore des scénarios de population des années 1960 qui mettaient Montréal à 5 ou 6 millions en 2000.

Reste que les prévisions démographiques à long terme sont inquiétantes. Plus encore pour les régions éloignées. En 2031, la Gaspésie sera un hospice de vieillards. Godbout plaide la cause des mesures natalistes, on en a rarement vu d’efficaces et le sujet est tabou depuis longtemps, lobby féministe oblige. Parlons plutôt de réconciliation travail/famille.

Là où Godbout frappe bien c’est dans la joute multiculturelle. Inévitablement l’immigration compense pour les enfants qu’on a pas fait. À trop vouloir respecter les différences sous prétexte de multiculturalisme, on en arrive à rendre impossible toute intégration. Et on sait bien que le politique multiculturelle canadienne n’a qu’un but celui de banaliser la différence québécoise en la noyant dans le pluriculturalisme.

Cette intégration passe par l’histoire, par la scolarisation et aussi par l’emploi. Soyons francs, le Québec a encore bien chose à faire de ce coté.

À commencer par exister par lui-même.

22 septembre 2006

Petite fatigue

Beaucoup de boulot par les temps qui courent. La refonte de mon cours me bouffe beaucoup de temps en scannage et power point subséquents. J’ai aussi entamé ma série d’excursions étudiantes hier. Trois heures et demie de marche dans les côtes de Sherbrooke, vent frais persistant ; résultat net : je sens un bon rhume qui commence. Et j’en ai trois autres programmées la semaine prochaine.

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Et ben sûr une grippe de gars ne me rend pas trop intelligent. Tellement que je pourrais accoter Jan Wong dans le Globe and Mail. J’avais prévu commenter ses bêtises sous l’angle de phrase où elle dit que depuis la loi 101 Montréal n’est plus une ville cosmopolite. En sous-entendant bien sûr que le cosmopolitisme ne s’exprime qu’en anglais. Voilà que Michel C. Auger lui règle son cas dans son excellent blogue. Toujours ça de moins à écrire.

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À la librairie de l’université je n’ai pu résister à acheter le dernier numéro de la revue l’Atelier du Roman (no 46) , dossier Jacques Ferron oblige. Un magoua ne se refait pas.

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Note nécrologique aux anciens de Sherbrooke qui me lisent.

J’ai le regret d'annoncer le décès de madame Greta Beauharnois de Rognelos des suites d’une grave maladie écourtée. Les amis de la défunte peuvent présenter leurs condoléances à ses maîtres éplorés Dyane et Marc-Aurèle.

15 septembre 2006

Le grand con cosmique

Difficile de pas échapper à la fusillade au collège Dawson. Et à son auteur. Un grand con cosmique. C’est l’expression qui m’était passée par la tête hier soir en songeant à ce billet. Le mot est trop fort peut être. Mais qu’on y songe : un parfait inconnu devient du jour au lendemain une célébrité mondiale, parce qu’il a été assez sans dessein pour se croire.

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Cela me trotte par la tête depuis que j’ai lu jeudi matin un des premiers textes au sujet du tireur, dans le Journal de Montréal sur Canoe. Du blogue de Kimveer Gill, le journaliste tire une liste de noirceurs d’insanités ou d’indice et termine son papier par ceci :

«Il a écrit détester la cruauté envers les animaux, la musique country, la religion, le gouvernement américain, Dieu et les gens en général. »

Drôle de liste. Détester la cruauté envers les animaux et liquider des gens comme du bétail. Et pourtant une liste comme celle-là serait banale dans un million de descriptions sur le web. Comme bien des propos semblables partout dans les blogues. J’écoutais ce midi chez Maisonneuve un psy suggérer que le type en question était en quelque sorte resté ado, faute de contacts avec le monde ordinaire.

Il y a de ça. Je pense qu’il y a, à un moment ou l’autre de toute adolescence des périodes noires et la culture qui va avec. Ado, j’ai eu ma période Lovecraft, Jean Ray, Poe, Baudelaire même. Même que le progressif qu’on écoutait en ce temps là, King Crimson, Genesis ou même Helter Skelter des Beatles pourraient être une sorte de proto gothique. Et je suis assez attardé pour en écouter toujours. Avec bien d’autres choses connues depuis.

L’autre question aussi de l’isolement que crée ou ne crée pas le web. Vrai que les réseaux de blogueurs ou de chatteurs forment une communauté virtuelle qui est plus qu’une illusion. Des amis me lisent ici. Je suis lu aussi par des gens que je ne connais pas sinon parfois par leurs blogues. Certains que je lis souvent deviennent même une sorte de présence. Des gens que j’aimerais rencontrer.

Là est la différence. Je ne me contente pas d’une vie virtuelle, au fond d’un sous sol de bungalow. Je suis sur Terre pas dans le cosmos. Ce jeune homme n’est pas le premier fou violent de l’histoire. Il y en aura d’autres aussi. Mais l’ampleur médiatique de ce genre d’événement le fait paraître cosmique. Il n’est restera que du vent dans une semaine.

Hélas, aussi un peu plus de peur.

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Pendant ce temps, au Darfour…

11 septembre 2006

11 septembre

Pour moi, le 11 septembre c’est le jour où le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende au Chili était renversé par Pinochet avec l’appui et la bénédiction des USA. Ça a été la première fois où j’ai mis les pieds à une réunion politique. Le compte-rendu que j’en avais fait m’avait valu une note suspendue du prof de français qui était persuadé que j’avais copié le texte. Il n’y avait pas de fautes. À 17 ans, cela crève des illusions.

Celui de 2001 cela n’a pas changé ma vie, comme on le demandait stupidement à la radio ce matin. C’est un de mes plus beaux souvenirs de prof aussi, l'après-midi même, cet étudiant qui me dit en entrant dans la classe : au moins, toi tu vas nous expliquer ça. J'avais prévu improviser un cours sur le sujet en effet. J'ai été brouillon, mais Sami Aoun, inconnu à l’époque, collègue de fac et chic type dans la vie avait eu la gentillesse d’accepter mon invitation de venir nous parler brièvement du contexte, entre deux médias. Un vrai cours dialogué.

J'ai appris ce jour là que l’éducation, c'est savoir être pertinent.

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Et s’il n’y a qu’un texte à lire sur la chose, il y a celui de Cato, trouvé via Phersu.

9 septembre 2006

En direct du deuxième (de l'Avenir)

Ce soir je suis paresseux. Un ami poète du Deuxième rang de l'Avenir a laissé cet été un texte dans ma machine, une lettre ouverte au Devoir. Elle n'a pas été publiée. Je lui ai demandé si je pouvais la coller dans mon blogue, il m'a dit oui. Or donc je colle:

***

Du fédéralisme transcendantal à la franchise probable.

Questionnaire adressé à Stéphane Dion, actuel aspirant au poste de Premier du Canada de même qu’à l’Honorable Benoît Pelletier, actuel ministre des Affaires intergouvernementales de la province de Québec.

Zone de Texte: Le

Le 1er juillet dernier dans le quotidien Le Devoir, le député Stéphane Dion raconte pourquoi rien, absolument rien ne justifie la sécession d’une province canadienne de l’État fédéral. Il dit que c’est la franchise qui l’oblige à cette affirmation. Il en fait le pari.

Pas plus tard que le lendemain c’est Benoît Pelletier qui déclare dans La Presse que l’indépendance politique d’une nation n’est pas la meilleure forme d’autonomie possible et que le gouvernement fédéral demeure tout un tremplin pour l’affirmation du fait français en Amérique. Un tremplin pour, c’est son langage ministériel.

Le fédéral dans un journal souverainiste et le provincial dans un journal fédéraliste. L’autorité s’impose catégoriquement chez l’indigène; en contrepartie, le né natif a le droit d’exprimer poliment une certaine perception politique de la liberté de province subordonnée. Le lendemain, bien sûr.

Passons tout de suite au questionnaire afin d’évaluer des connaissances.

Question 1. M. Dion, vous utilisez le terme fédération. Je croyais naïvement que le Canada était une confédération. Pourriez-vous préciser à quel moment et par quel processus spécifique le fédératif s’est substitué au confédéral ? Soyez clair, franc et surtout précis.

Q. 2. M. Pelletier, vous reconnaissez l’existence de la nation québécoise. Pourriez-vous nous expliquer à quel titre l’existence formelle de cette nation respecte le principe fondamental du fédéralisme canadien : l’égalité des provinces entre elles ? Par quel raisonnement peut-on aboutir à l’affirmation selon laquelle la nation québécoise serait l’égal juridique, politique, sociologique de la province du Prince-Edward Island ?

( Évitez le truc de la société distincte et gardons notre sérieux par déférence envers le lectorat.)

Q. 3. M. Dion, vous affirmez modestement : « Il n’y a qu’une seule façon de bien servir l’unité canadienne : jouer la franchise plutôt que la manipulation. » Tantôt vous aimiez faire le pari de la franchise, là vous la jouez. Ailleurs dans votre texte, et il faut vraiment citer : « C’est probablement la première fois dans l’histoire de l’humanité que des adultes parlent de séparer un pays en raison d’un surplus ! Voilà, il me semble, ce que la franchise commande de dire. »

a) En tant qu’aspirant au Premier du Federal, trouvez-vous que, niveau franchise, le scandale des commandites a bien servi l’unité canadienne et le Parti Libéral du Canada?

b) Quel lien sémantique établissez-vous entre ce que la franchise vous « commande » et l’adverbe « probablement » ? Comment peut-on se faire commander une probabilité ? Par les paris ? Par le jeu ? Clarifiez en quelques lignes, parce que là, ça sent un petit peu l’astuce du hasard.

Q. 4. M. Pelletier, vous jugez que l’accession d’une nation à sa souveraineté est une idée dépassée.

a) Voulez-vous dire par là que cette idée a déjà été naturelle, nécessaire, normale, mais que la nouvelle mode serait aux provincialismes ? Oui ou non ? Si oui, comment expliquez-vous qu’à l’ONU, en une quarantaine d’années, le nombre d’États souverains qui composent l’organisation soit passé de 50 à 192 ? Gardez votre naturel et répondez normalement.

Vous dites encore : « Dans le monde, un grand nombre de nations, comme les nations catalane et écossaise, choisissent d’exister et de s’épanouir au sein d’États (…) qui les englobent et les transcendent. »

b) Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de dire que la nation canadienne transcende la québécoise et que cette bienfaitrice transcendance justifierait la nécessité d’un État fédéral souverain démodé alors que le Québec n’aurait pas besoin pantoute de se transcender lui-même dans l’honneur et l’enthousiasme. Est-ce que j’ai bien compris le sens concret de votre conceptuel englobant transcendantal, monsieur le Ministre ?

Q. 5. Mon vibrant démocrate monsieur Dion, pour quelles raisons claires le Canada a-t-il senti l’urgent besoin d’accéder au statut d’État indépendant en se séparant de l’Angleterre tout en exhibant la face de Sa Souveraine Majesté sur les billets de vingt piastres ? Pourquoi tourner le dos à ce grand ensemble que représentait l’Empire britannique envié du monde entier ? Question subsidiaire : donnez la date d’accession à l’indépendance de la Monarchie constitutionnelle du Canada. Une date se compose de deux chiffres et d’un mot.

Q.6. Monsieur le ministre Pelletier, je vous le demande : sur le plan de la représentation internationale, les citoyens de la Nation française sont-ils plus libres, plus naturels, plus normaux que les citoyens de la Nation québécoise dont la nationalité n’apparaît pas sur le passeport fédéral ? Donnez-moi une réponse satisfaisante en toute mutualité fédérative pas rien qu’un peu.

Q.7. Monsieur Stéphane Dion, vous avez écrit, signé et rendu public ce qui suit : « Mais je ne dirai jamais que ceux qui trouvent que la péréquation actuelle est déjà suffisamment généreuse font le jeu des indépendantistes. Voilà le type de rhétorique absurde qu’il nous faut bannir de nos débats politiques. »

Monsieur le futur Premier canadien, dites-moi un truc. Comment allez-vous vous y prendre pour que ce bannissement soit respecté à la lettre et de manière définitive ? À quel type de punition pensez-vous dans les cas de transgression de cet anathème rhétorique ?

Q. 8. Monsieur le ministre libéral Pelletier, vous affirmez le plus sérieusement du monde : « Il n’y a pas de pays normaux; il n’y a que des régimes politiques plus ou moins appropriés ou souhaitables selon les circonstances. »

Ne trouvez-vous pas que votre façon de caractériser les pays s’appliquerait plutôt à des Conseils d’administration ? Quelques lignes là-dessus.

Autre chose. Comme vous évaluez que c’est le régime fédéral canadien qui a permis l’épanouissement des ressortissants de la nation québécoise, et que donc vous êtes d’abord canadien avant d’être qui que ce soit d’autre, pourquoi ne dites-vous pas dans votre texte que vous êtes normalement, naturellement et librement un simple canadien-français d’une province de l’est du Canada ? Si je vous pose la question c’est que personne au monde ne reconnaît la nationalité québécoise à l’exception de l’Assemblée nationale, elle-même provincialisée grâce à la Loi sur la clarté de votre fédératif collègue Stéphane Dion et de son copain post-référendaire Stephen Harper.

Q.9. Convenons du caractère tordu de la prochaine interro. Vivons dangereusement. Parions. Jouons. Commandons. Soyons probables.

J’ai entendu le citoyen Harper lancer à l’occasion des célébrations du Canada Day : « God bless Canada. » Voilà son voeu de clôture d’une allocution fédérative. Cet Honorable Harper emprunta cette formule aux États-Unis dont, soit dit en passant, le régime politique présidentiel ne varie pas selon les circonstances et-ou les conjonctures internationales. À la suite de son discours, probablement que son Éminence est allé vanter les mérites d’un militarisme qui va coûter pas loin de quatre milliards de dollars au Québec.

Voici donc la question. Si un Québec hypothétiquement affranchi de l’Englobant fédéral s’était déclaré pacifiste, n’aurait-il pas choisi, en bonne intelligence du bien-être commun, d’investir cette somme dans les corridors des salles d’Urgence où chaque jour saignent des milliers d’innocents petits enfants en larmes ?

Q. 10. On dit que le Canada ne survivrait pas à l’éclatement tragique que provoquerait sans aucune raison ces hypocrites malveillants pas francs et astucieux de séparatistes régionaux plaignards ethnocentristes. Question : le Canada aurait-tu don’ besoin du Québec pour maintenir son apparence, son identité, ses revenus, sa justification idéologique face aux gros étatsuniens ? Question : combien le Federal est-il disposé à dépenser afin d’assurer ce service de maintenance ? Disons : le Québec pourrait offrir ce service au Canada, comme il le fait avec tant de bienveillance dans le secteur hydroélectrique, sauf que là non plus, ce ne serait pas gratos. Selon Bernard Landry, si le Canada tient à survivre comme entité politique, ça lui coûterait cinquante millions de dollars chaque jeudi soir à cinq heures. Selon l’ex-Premier ministre de la très distinctive Nation québécoise, ce serait le prix-plancher de la perfusion du fédéralisme transcendantal.

Ce calcul, véristes coreligionnaires Dion et Pelletier, correspondent-ils à vos péréquations personnelles ?

C’est là-dessus que - tristesse légitime - l’examen prend fin.

Eh Oh, non mais ! L’un d’eux fait dans le dogme de l’unitarisme inamovible par décret doublement identitaire, ça vous le saviez déjà étant donné votre compétence transversale; l’autre se full fiche des Constitutions nationales en versant dans le conjoncturel circonstanciel littéralement transcendé. Fiou. Laissons les uns s’adonner à des jeux et faire leurs paris; les autres se servir de tremplins pour rebondir en français dans leur magnificence provinciale vers le Royaume ontologique des Cieux constitutionnels canayens. Oupelail, pas sorti du bois, groupe !

J’attends, dans la patience courbée des ploucs de villages, les preuves de la proverbiale bonne foi des élus supérieurs. Autrement dit, je leur donne par pure magnanimité une chance de se faire bien voir de leurs commettants fédérés et autres commissionnaires de provinces.

Yves Boisvert, écriveur contribuable.


5 septembre 2006

Message 101 (Un soir comme ça)

Des fois le soir il vient un éclairage orange quand le soleil se couche. Tout devient étrangement lumineux. Les couleurs sont fluos et le monde devient un Warhol du réel. Quoique le paysage n’ait jamais attendu un peintre pour être ce qu’il est

1 septembre 2006

Les clartés de monsieur Ignatieff

De retour au jardin après une semaine assez dense de rentrée, de boîtes et de quelques partys. La cohabitation avec ma coloc de nièce se passe bien et finalement je reste à Sherbrooke cette fin de semaine question de finir mon grand ménage. Me restera à éplucher de nombreuses boîtes de paperasse récupérées ici ou à mon bureau de l’Uni et à en jeter le plus possible, ce qui m’est toujours difficile.

***

L’aspirant chef libéral Ignatieff parle de la nécessité de la loi sur la clarté pour éviter toute guerre civile au Québec. On le riduculise à bon droit. En fait, pour l'avoir lu, cette loi pourrait plutôt la causer. Dans l’article 1 le parlement fédéral se réserve le droit de juger de la clarté de la question référendaire et s’il ne l’approuve pas, il n’est pas lié par ce résultat. À l’article 2, il se réserve le droit de juger de la clarté du verdict si la question est claire of course.

Citons son article 3 :

3. (1) Il est entendu qu’il n’existe aucun droit, au titre de la Constitution du Canada, d’effectuer unilatéralement la sécession d’une province du Canada et que, par conséquent, la sécession d’une province du Canada requerrait la modification de la Constitution du Canada, à l’issue de négociations auxquelles participeraient notamment les gouvernements de l’ensemble des provinces et du Canada.

Réserve

(2) Aucun ministre ne peut proposer de modification constitutionnelle portant sécession d’une province du Canada, à moins que le gouvernement du Canada n’ait traité, dans le cadre de négociations, des conditions de sécession applicables dans les circonstances, notamment la répartition de l’actif et du passif, toute modification des frontières de la province, les droits, intérêts et revendications territoriales des peuples autochtones du Canada et la protection des droits des minorités.

Le cas de la modification des frontières est intéressant en ce qu’il va contre la coutume internationale en ce domaine qui prévoit que les états successeurs d’une fédération gardent leurs frontières. On ouvre également le recours fort délicat à l’arme autochtone. Et on sait depuis Meech la valeur et la facilité des consensus des provinces et du fédéral. On sait également depuis 1982 que la présence du Québec à ce genre de choses est facultative.

Tout ça pour dire que cet Ignatieff est un digne fils de Trudeau. La dernière fois qu’il y a eu insurrection appréhendée dans le Canada c’est en 1970, au Québec. Et l’initiative en était largement fédérale. La loi sur la Clarté bétonne en quelque sorte cette insurrection. Et si un jour le fédéral invalide une question référendaire, la majorité n’en sera que plus claire. De belles complications en vue non ?

Et à court terme, on a dans le décor un fan de cette loi, Ignatieff, son proposeur Stéphane Dion et son inspirateur, un certain Stephen Harper.

Belle équipe de négociation en vue…