Et la vue du belvédère du Chalet est toujours aussi chouette:
Photo: Daniel LebarbéEt maintenant, de retour aux corrections après une bonne relâche.
Photo: Daniel LebarbéQuoi de pire qu’un radoub de blogue pour vous ramener la lancinante question fermerais-je ou pas ? Les gens qui me connaissent savent à quel point je n’aime pas terminer les choses. Il y a de la procrastination dans tout ça sans doute, mais aussi que le geste de mettre un point final me semble une mort, l’arrêt de quelque chose qui peut encore évoluer.
Si j’écris peu, c'est évidemment que depuis les cinq ans que je tiens blogue, l’aspect dire ce que j’ai à dire s’émousse. On me répondra que l’actualité bouge beaucoup et je dirai qu'elle radote énormément aussi. L’état des finances publiques du Québec est préoccupant. Grosse nouvelle. Il l’était aussi sous Bouchard, sous Bourassa sous Lévesque et Bourassa encore avant !. Duplessis a perdu ses élections là dessus en 1939 comme Mercier cinquante ans plus tôt. Laissons les comptables trafiquer les chiffres.
J’avais souri en lisant (dans Raisons communes ?) Fernand Dumont constater que jamais le Québec n’a eu autant d’administrateurs patentés ni tant de problèmes d’administration. Il ne croyait pas si bien dire. La crise économique actuelle en est le parfait exemple. La cupidité des gestionnaires de tout acabit nous a précipités dans une profonde crise. C’était une cupidité utile quand elle a fait augmenter la valeur des fonds de pension mais répréhensible quand ils ont baissé Alors on trafique une reprise pour remonter la performance.
Cette crise va durer longtemps. Comme on dit au Café Américain : «The banks must be restrained, the financial system reformed, and the economy brought back into balance, before there can be any sustained recovery.» Pensez-vous que ça va se passer ? Je l’espère, mais je suis un homme naïf.
Tout le problème de cette crise c’est qu’elle ajoute au chaos ambiant. Celui de l’information inutile et instantanée, des meutes médiatiques trop occupées à se battre pour le même os sans voir d’où il vient. Le verraient-elles qu’il y aurait un banquier glamour pour distraire l’attention. Ou un Facebook. Ou un blogue.
Non, si j’écris peu sur ce blogue c’est tout simplement que je cause aussi à cinq classes par semaine.
J’essaie de les distraire des distractions.
Plus d'un mois sans rien dire. C’est à croire que quand tout va bien on a pas le goût d’écrire. Les gens heureux n’auraient vraiment pas d’histoires ? Allons- y de quelques nouvelles en vrac.
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Coté boulot, ça se passe de mieux en mieux, je sens que j’ai trouvé le ton et les mots pour me faire mieux comprendre par mes cégépiens. Il faut savoir que le manque de vocabulaire de bien des jeunes sortis du secondaire me sidère, c’est désolant mais bon, on fait avec et on prend l’habitude de traduire à coups de synonymes tout mot un peu compliqué. Et ça marche. Autant pour les footballeurs que les filles trop maquillées de la dernière rangée.
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Marre des débats sur l’inclusion/l’exclusion l’identité/l’étranger, eux/nous. Aucune loi ou politique ne saurait changer la volonté des uns de s’intégrer ou des autres à s’ouvrir, il n’y a là dedans que les expériences ou volontés de chacun et le temps qui fait son œuvre. C’est le terrain qui compte, pas la représentation médiatique.
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Drôle d'hiver que nous avons. Il y a deux jours il était enfin tombé 20-25 cm de neige, après une disette rare en février. Enfin de quoi essayer les raquettes que je me suis acheté. Aujourd'hui, c'est presque déjà fondu. Ce n'est pas tout de suite que je vais enlever leur étiquette. Au moins les trottoirs sont secs pour le piéton que je reste.
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Semaine de relâche en vue et bienvenue. Au menu: corrigeage, radoub du blogue (ce doit être le brun qui ne fait plus écrire), grand ménage de l'appart et virée à Montréal.

Depuis cet automne, je suis retombé dans un de mes vieux vices, la lecture hebdomadaire du Canard Enchaîné. J’ai toujours aimé cet hebdo à la mise en page inchangée ou presque depuis sa fondation en 1915. Et je me régale des turpitudes des politiques français d’autant plus que le décalage de l’Atlantique fait qu’il deviennent pour moi des personnages surréels d’un théâtre qui m’est étranger. Et en même temps, quoi de plus français que le Canard, râleur, grande gueule et ironique.
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Je dois au Canard de cette semaine de signaler cette lettre ouverte aux Français que signe leur seul prix Nobel d’économique dans le numéro papier de cette semaine de l’hebdo Marianne. À 97 ans, Maurice Allais a toute la verve de son homonyme Alphonse pour remettre à leur place certains dogmes économiques qui sont la cause de la crise des derniers mois voire des dernières années. Il faudrait tout citer ce texte que reprend Étienne Chouard sur son blogue.
Sur les causes immédiates de la crise, Allais rejoint les constats de Krugman, Steiglitz et tant d’autres: la déréglementation aveugle des marchés financiers aux mains de banquiers et financiers avides d’argent pour leurs actionnaires amène trop de spéculation et fragilise le système monétaire international. Par ailleurs, le libre échange mondialisé détruit les emplois des pays à haut salaires et délocalise la production vers les pays pauvres. Toutes choses que Allais constatait et analysait... en 1998. * Et il constate que les changements annoncés au G20 ne seront que cosmétiques.
La conclusion de sa lettre ouverte de ce mois de décembre mérite que je la repique intégralement:
«Les commentateurs économiques que je vois s'exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l'actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n'avaient pas annoncé l'arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d'entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n'étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j'annonçais, et j'écrivais, il y a plus de dix ans, qu'une crise majeure accompagnée d'un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n'ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu'ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j'ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j'assistais en téléspectateur le message que j'étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n'est venue d'aucune chaîne de télévision et ce durant des années.
Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d'autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel... téléspectateur, Je me retrouve face à ce qu'affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu'il faut faire. Alors qu'en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j'avais constatée lorsque je m'étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l'objectif d'étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd'hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d'autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.
Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l'intelligence, par le fait d'intérêts particuliers souvent liés à l'argent. Des intérêts qui souhaitent que l'ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu'il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d'un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu'il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.
Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu'aux sphères de la politique.Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu'un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?
Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu'elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d'une profonde incompréhension de la réalité économique ? S'agit-il seulement de leur part d'ignorance ? C'est possible pour un certain nombre d'entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs. •
Maurice Allais.
Dans un domaine où je suis beaucoup plus expert, je vous dirais que ce jugement s’applique tout aussi bien aux crises environnementales de notre temps.
Copenhague ou pas.
* On trouvera une bon résumé de l'analyse et des solutions à la crise que proposait Maurice Allais en 1998 sur le site d'Étienne Chouard, (document pdf)
Dire que je me m’y suis épanoui serait un pieux mensonge. Je n’ai jamais tellement aimé cette prison qu’était le pensionnat, d’autant que c’est là que j’y ai fort mal vécu mes premiers émois sexuels. Au moins, ce collège avait une grande bibliothèque où je me réfugiais dès que possible. Même qu’en secondaire trois, on m’y avait relégué, expulsé que j’étais du cours de math pour cause de notes de cours non remises, (je n’en prenais pas). Je m’y trouvais si bien que la direction avait soudoyé mon cousin à me faire copier les siennes, sans quoi j’y serais bien resté toute le reste de l’année. Ce fut aussi ma dernière année là-bas, la direction du collège ayant conclu que je devais poursuivre mes études ailleurs. Yééééééééééé !
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Et c’est là que j’ai passé de longues heures à lire un album dont je ne me lassais pas, celui du Boréal Express. Imaginez le bonheur que j’ai eu hier à la librairie en voyant que les éditions du Septentrion l’avaient enfin réédité.
Le Boréal Express est né en 1962 d’une idée géniale de Gilles Boulet, Denis Vaugeois et Jacques Lacoursière. Sous la forme d’un journal contemporain avec ses chroniques standard, ses annonces et même ses bédés, on actualise l’activité politique culturelle et sociale d’une période donnée de notre histoire. Bien sûr, la mise en page a vieilli mais le contenu est génial et la forme est attachante malgré ses maladresses.
Ce sera un grand succès de librairie que le Boréal Express, le premier album (1524-1760) s’étant vendu à 75 000 exemplaires. Le journal mourra en 1967 d’une augmentation des tarifs de la poste fédérale (le centenaire a coûté trop cher?) alors qu’on en était à l’année 1840, précisément celle où le Bas-Canada est puni de sa rébellion et uni de force dans ce qui deviendra l’ancêtre du Canada.
Par la suite, les éditions du Boréal-Express vont se diversifier dans les livres historiques, les essais et finalement la littérature. Vendues par Vaugeois, elles deviendront le Boréal tout court, poids lourd de l’édition québécoise. Le même Vaugeois, qui ne perd pas le Nord, fondera ensuite le Septentrion, maison d’édition spécialisée en histoire mais qui s’est aussi mise à la littérature et qui reprend précisément cet album. La boucle est bouclée.
Ce qui est chouette, c’est que cette réédition a été rendue possible grâce la numérisation par La Bibliothèque et les Archives nationales du Québec de l’ensemble des numéros du Boréal Express. Intégrés aux collections numériques, on peut les consulter et les télécharger gratuitement.
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Pour ma part, alors que la première vraie neige fond tranquillement à Sherbrooke je compte bien m’enfoncer dans l’histoire et mes souvenirs.
Ah Pee Wee ! fantasme de l'ado gai de douze ans qui ne savait pas que je l'étais ;-)
Les lecteurs de ce blogue savent que je suis un mécréant télévisuel. Et si j’ai bel et bien l’objet, il est en général débranché et surtout pas câblé. Pourtant je constate que depuis quelques années il m’arrive d’écouter la télé plus souvent mais toujours via internet. Certes l’écran est plus petit, mais on en est plus proche. Ma consommation est plutot limitée à l’humour: 3600 secondes d’extase, le Today Show ou encore le Colbert report.
Aussi c’est à ma grande surprise que me suis tapé hier en rafale toute la série des Aveux, nouveau téléroman de cet automne à Radio Canada. Procrastinage habituel des corrections de fin de session bien sûr, mais série vraiment scotchante comme on dit à Paris. Pour vous donner une idée de l’histoire en voici le synopsis, extrait du site de Radio-Canada
«Aveux, c’est l’histoire de Carl Laplante qui, par amour, a choisi le silence à la suite d’un drame qui a remis en question toute sa vie. Pour survivre, il a attendu d’avoir ses 18 ans et a quitté famille et amis, sans leur donner de nouvelles par la suite. C’était il y a 15 ans. Maintenant, il s’appelle Simon, il s’est inventé un nouveau passé et a rencontré Brigitte avec qui il partage sa vie depuis huit ans. À 33 ans, malgré l’imposture, Simon semble avoir trouvé une certaine paix grâce aux liens profonds qu’il a tissés avec ses nouveaux amis, ses collègues de travail et sa belle-famille qui l’adore.
Lorsque le récit d’Aveux s’amorce, le hasard fait que Simon Laplante est obligé bien malgré lui de renouer avec tous les acteurs... et l’horreur de son passé.»
C’est qu’on est loin des éternelles tasses de café dans la cuisine de Mme Payette ou de la grandiloquence véhellebienne. Le montage est nerveux, mais respectueux, les images et cadrages recherchés, techniquement c’est impeccable. Le scénario est imprévisible et les personnages sont attachants, réalistes et bien campés. Tous le comédiens y sont excellents, notamment Guy Nadon et Danielle Proulx en parents du très cute Maxime Dénommée.
Il y a une perfection rare dans le texte de Serge Boucher qui sait donner à chacun des protagonistes un niveau de langue qui ajoute à leur image. Cela peut être anodin, mais il n’est pas si facile d’écrire en québécois de façon naturelle, ni trop perlée ni trop joualisante. Et c’est bien le génie de cette série que de savoir jouer le réalisme autour d’une histoire abracadabrante filmée de manière inventive.
Et en plus, c’est une chouette idée que de rediffuser la chose sur le web.
Pour le mécréant télé que je reste.
P.S Une seule chose plate: impossible pour moi de voir la fenêtre de diffusion en plein écran sur le mac, j’ai dû me replier sur mon vieux PC. Indifférence radiocanadienne ou incompétence mienne ?
Encore une fois cette semaine le choeur des pleureuses sur le triste sort du français dans nos écoles a eu de quoi s’épancher. Je commence à être un peu agacé. Non pas que je conteste le verdict, je le constate à chaque jour. Beaucoup de cégépiens écrivent mal, n’ont pas de vocabulaire, etc. Ce qui m’agace un peu dans tout ça, ce sont les amalgames.
On a sûrement dit que c’est la faute à la réforme, alors que précisément la première cohorte des étudiants réformés n’arrive que l’an prochain. De toutes façons l’insignifiance des textes à lire en français au secondaire était déjà mon lot il y a trente ans, comme les expériences pédagogiques foireuses. Était-ce mieux avant ? Les bons vieux collèges classiques ne scolarisaient qu’à peine 20% des jeunes, aujourd’hui ils sont plus que 60% à terminer l’équivalent qu’est le collégial. Et sauf erreur, le Québec de 1960 avait encore 20% d’analphabètes. Pas si mal au fond.
Alors où est le problème ? Foglia y va de son sermon habituel, c’est l’effort qui manque. Vrai, beaucoup de jeunes ne font pas tellement d’efforts, se contentent du service minimum et préfèrent faire autre chose que d’étudier. Travailler par exemple. Dans mes classes, la proportion en est toujours autour de 80%. Je dis d’ailleurs souvent aux étudiants que si ils faisaient grève en ne travaillant plus au lieu de boycotter leurs cours, leurs moyens de pression seraient plus efficaces. Il n’y aurait ni fast food, ni dépanneurs, ni commerces ouverts le soir et les fins de semaine. À leurs 22 heures de cours, autant en étude (en principe ), ils en ajoutent donc 15 à 20 au boulot. Paresseux les jeunes ?
Leur est-il si nécessaire de travailler ? Suis moins sûr. Sans doute pour les plus pauvres, mais pour beaucoup c’est aussi une façon de s’intégrer à la société en consommant comme on leur montre à la télé. Ou parce que leurs parents ont trop à dépenser en bébelles pour soutenir les études de leurs jeunes.
Revenons à ce test. Quels sont ses objectifs ?
« Le but de l’épreuve uniforme de français est de vérifier que l’élève possède, au terme des trois cours de formation générale commune en langue d’enseignement et littérature, les compétences suffisantes en lecture et en écriture pour comprendre des textes littéraires et pour énoncer un point de vue critique qui soit pertinent, cohérent et écrit dans une langue correcte.
L’élève doit démontrer qu’il possède les compétences suivantes :
la capacité de comprendre des textes littéraires;
la capacité d’énoncer un point de vue critique pertinent, cohérent et convaincant;
la capacité de rédiger un texte structuré;
la capacité d’écrire dans un français correct. »
Constat: il s’agit d’une dissertation où ce qu’on mesure n’est pas tant la compétence en écriture que la capacité de comprendre un texte littéraire. Que cela soit essentiel pour aller à l’université passe toujours. Mais que ce soit essentiel pour être diplômé en sciences infirmières, en techniques policières ou en génie civil me semble moins évident. Certes, j’aime qu’une infirmière soit capable de lire Descartes, mais je lui demande surtout de me piquer au bon endroit et sans douleur. On comprendra que lui faire rater son diplôme parce qu'elle ne maîtrise pas la ponctuation serait un énorme gaspillage de talent, de temps et d'argent donné à sa formation.
Au fond, nous rêvons tous qu’à la fin de ses études un élève soit un citoyen complet informé, cultivé et responsable. Mais où sont les modèles ? À la télé ? Chez les démagogues à la petite semaine des radios-poubelles ? À Star Académie ? Dans le monde décervelé des idéaux publicitaires ?
On en vient à se dire que vue la pourriture et la médiocrité médiatique ambiante, il est miraculeux que 82% des étudiants du collégial soient encore capables de comprendre un texte littéraire.
Et leurs parents ?
Je suis à lire les mémoires du Général de Gaulle. Sur la valeur littéraire de l’objet, pas grand chose à dire sinon l’impression qu’il a trop lu Jules César. Non pas qu’il écrive mal, au contraire, il ne renonce jamais à un imparfait du subjonctif. On a l’impression de lire un devoir militaire excellemment rédigé. Il y parle souvent plus du personnage que de lui-même. Souvent à la troisième personne du singulier. N’incarne pas la France qui veut.
N’empêche que son récit de la prise du pouvoir en 1958 et celui de la guerre d’Algérie montrent bien son système, celui d’incarner une nation ancienne dont la royauté est devenue graduellement élective au XIXe siècle. En ce sens, son dédain du parlementarisme ne le place pas si loin des prérogatives royales du système britannique, à cette exception qu’il règne et gouverne. Il est à la fois au dessus de la mêlée et acteur. Non qu’il méprise le parlement mais bien parce qu’au fond il s’agit pour lui d’une intendance. La France qu’il incarne regarde au loin. Il en tient le gouvernail.
D’où le service après-vente auprès des français du Canada. On vous lâche en 1763, reprenons-nous 200 ans plus tard. D’où le mot qu’on sait en 1967. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il en a remis une couche quelques mois plus tard.
Sur la forme, on remarquera qu’on est loin du clip programmé, même si la question est visiblement plantée et l’exposé préparé. Belle époque où on pouvait conclure une allocution en citant Valéry. C’est qu’on aime bien de Gaulle finalement ici, même si on sourira toujours à se faire traiter de français du Canada. Mais bon depuis Montcalm, les généraux français font sourire.
Nous ne sommes plus tellement français finalement. Mais quand même, cette quête de chefs qu’ont été Mercier, Duplessis, Lévesque ou Bouchard n'est-elle pas la même que celle que cherchent souvent les français à travers les Bonaparte, Clémenceau ou Blum? C’est ce qui sert d’argument de vente à tous les présidents français depuis de Gaulle. À se demander même si derrière le discours des démagogues de droite américanophiles à la Jeff Filion, il n’y a pas ce vieux trait français de se trouver des chefs forts pour mieux chialer contre eux. Et l’histoire de l’Irak montre bien que nous ne sommes pas non plus inféodés aux voisins du Sud ou du Canada. Un vieux coté râleur peut-être.
J’aime bien de Gaulle.
Il est dépassé, Lévesque l’a bien démontré.
Mais il a osé dire ce que bien des québécois se refusent encore à comprendre.
Et j’y pense, il ne s’agit pas tellement de compréhension que de savoir tirer des conclusions.
En ce sens, nous sommes restés britanniques.
Cinq ans de blogue. Ouvrons donc une bouteille de Mouton-Cadet, vin standard compatible aux lundis. Revoyons les archives lointaines.
Relisant ce que j’ai écrit, je constate que j’oublie trop souvent de parler de mes lectures ou de mes explorations banales. Je lis moins de littérature et j’explore moins, c’est vrai. Il y a cinq ans j’étais un simple chargé de trop peu de cours et me voici à temps très plein au cégep et à l’université. Et sur le fond ? Je ne regrette rien.
C’est que je comprends qu’outre ma paresse naturelle, j’ai dit beaucoup de choses et qu’il est bien normal de ne pas trop vouloir se répéter. Pourquoi redire que Charest navigue à vue sans ambition autre que de se maintenir ? Que les médias reflètent l’insignifiance d’une époque perpétuellement adolescente et nombriliste ?
À quoi sert de rappeler que le sens du monde est de le regarder simplement, d’essayer de le comprendre, d'y vivre et de l’aimer ?
Et que je continuerai.
Un gros merci à tous ceux et celles qui me lisent et qui commentent, à Carole, la première, à Gérald, à Laurent, à Éric et les autres, merci aussi à tous les silencieux qui ne font que passer, j'espère avoir été à la hauteur.
Dans mon cas, je ne me pose même pas la question. C’est que depuis mon infarctus il y a 10 ans je suis officiellement personne à risque. Alors quand j’y pense et que ça adonne, je me fais vacciner contre la grippe. Cette année, il en a en a une nouvelle et améliorée, alors raison de plus. Et comme me disait tantôt ma vieille infirmière de mère, si ils font des vaccins, c’est pas pour rien.
Pourtant je suis vraiment estomaqué de voir autour de moi des gens instruits, sérieux se méfier du vaccin. Tout y passe. Le vaccin n’a pas été suffisamment testé, c’est un complot des grosses pharmaceutiques pour se faire du fric et tout le reste. Cela ne m’étonne pas tellement. Un diplôme n’est pas nécessairement signe de gros bon sens. Pensons aux gogos qui suivent Rael ou qui étaient membres de l’ordre du temple solaire. Ils n’étaient pas particulièrement sous-scolarisés. Lisez cette belle enquête des sceptiques du Québec là dessus.
Source : Banq
Manif anti-vaccination à l'Hôtel de Ville de Montréal en 1878. Le sujet serait différent aujourd'hui.
Cette peur du vaccin est irrationnelle. Probablement caricaturée par les médias qui pour balancer les opinions accordent trop d’importance aux anti, même s’ils sont minoritaires. Sans compter que les journalistes compétents en sciences sont l’exception. (Être méchant, je dirais que les journalistes sont plus ardents à avancer leur carrière qu’à comprendre ce dont ils parlent). On oublie que grâce aux vaccins, la variole a disparu. La tuberculose, la polio, la rougeole ne sont plus ce qu’elles étaient.
Pourtant cela fait peur. Et le plus ironique, c’est que les collègues anti vaccin grippal ne rechignent jamais aux vaccins tropicaux s’ils vont dans les pays pauvres.
Il est vrai que les pauvres sont plus dangereux.