29 mars 2011

L'été magique

Depuis neuf jours il fait un temps déprimant. Les journées grises et neigeuses alternent avec celles où le soleil ne parvient pas à réchauffer un vent froid, aigre et sec. Tout cela favorise les longues expéditions sur le web. L'autre jour je me demandais ce qu'il restait de visuels de l'Expo 67. 

C'est que pour bien des québécois de mon âge c'est un souvenir un peu brumeux mais merveilleux. J'ai eu mes neuf ans dans cet été magique. Une fois la semaine, ma mère devait suivre des cours de mise à jour pour reprendre son métier d'infirmière, elle pouvait caser mes deux soeurs chez ma tante mais que faire des garçons ? Je ne sais trop comment elle a eu l'idée de nous offrir l'expo comme gardienne. 

Une fois par semaine nous partions donc de notre lointaine banlieue, seuls, moi et mon frère (10 ans), munis de notre lunch, des tickets de métro et d'autobus et de ce qu'il fallait pour payer l'entrée (1.25$). Des fois, il nous restait assez d'argent de poche pour nous payer les succulents sandwiches du pavillon scandinave, les moins chers du site servis avec des ustensiles de plastique au design ultramoderne.

On avait nos trucs pour couper les files interminables à l'entrée des pavillons: se faire passer pour les enfants d'une autre famille (risqué) ou mieux, entrer par la sortie. Combien de pavillons avons-nous-vus à l'envers ! Nous étions fascinés par les maquettes de toutes sortes elles abondaient chez les soviétiques étaient inexistantes chez les américains. Nous avons joué beaucoup dans le carré de sable  blanc du pavillon allemand, passions des heures à lire les Astérix et autres BD au pavillon de la France. Merveilleux souvenirs !

On trouve pas mal de traces de l'événement sur le web, beaucoup de prises de vues externes mais peu de choses de l'intérieur des pavillons. Imaginez donc ma joie de revoir un bout d'une visite du pavillon du téléphone, extraite d'une émission de radio canada qui étrennait la couleur cette année là: 



Ah que c'était moderne ! Il y avait même un visiophone ! Ce que l'extrait ne dit pas c'est que ce pavillon avait l'un des clous de l'expo, ce fameux film 360° qui célébrait le centenaire du Canada. 

Quand on voit toute la modernité que célébrait cet événement on est toujours surpris du contraste avec notre temps plus amer. Comme si le merveilleux a fait place à une sorte de saturation, d'overdose et se replie vers une nostalgie envahissante qui avale maintenant le passé en le restituant sous une forme insipide, stérile et bien pensante.

À croire qu'à force de restaurer, de ravaler il nous faudrait oublier que le monde a déjà été différent. 

27 mars 2011

Quand la droite délire

Je trouve un peu dommage que les médias ici aient peu repris cette histoire qui agite encore le paisible état du Wisconsin. On sait que son nouveau gouverneur, sous prétexte d’équilibre budgétaire, a voulu mettre fin aux droits syndicaux des employés de l’État considérés comme indument privilégiés (sauf bien sûr les flics et les pompiers!) . Vous avez sans doute vu le cirque qui en est découlé : manifs des employés qui occupent le capitole local, fuite des sénateurs démocrates pour empêcher le quorum et ainsi bloquer la loi que le gouverneur a réussi tout de même à faire adopter par une entourloupette procédurale. Notons également au passage que la situation financière du Wisconsin n’était pas assez critique pour empêcher que le même gouverneur Walker n’y diminue les impôts sur les entreprises.

En marge de ce débat, William Cronon, grand pionnier de l’histoire environnementale et professeur à l’université d’état du Wisconsin, y va d’une tribune publiée dans le New York Times. Il y souligne à quel point cet homme va complètement à l’encontre des traditions de cet État qui a été le seul à voter contre Reagan en 1984, quoiqu’il ait aussi engendré le sénateur McCarthy, ce qui en l’espèce, est  prémonitoire.

En réaction à cette tribune ou pas, voilà que le parti républicain du Wisconsin se prévaut de la très généreuse loi d’accès de l’information de l’état pour demander copie de tous les courriels que le professeur Cronon a envoyé de son compte à l’université et pouvant contenir des mots clés associés au conflit en cours. La manœuvre est grossière, il s’agit de décrédibiliser l’auteur en prouvant qu’il s’est servi des outils de son université publique à des fins partisanes.

La réaction du professeur est digne, il s’en explique dans un long message de son blogue que je vous invite à lire. Il y a là bien sur la notion de liberté académique, celle de la confidentialité du courrier etc. Inutile de dire les réactions indignées des milieux universitaires et bien sûr celle des républicains qui persistent et signent.

Là où la chose devient plus inquiétante, c’est qu’en faisant ses recherches le Pr. Cronon est tombé sur une association d’élus de droite qui vise à coordonner le passage d’une armada de lois visant un retour à un conservatisme économique pur et dur. En bon professeur, il a proposé une activité hautement pédagogique dans son blogue. Je vous invite à la suivre.

Que conclure de tout ça ? Tout d’abord, la contradiction fondamentale entre une droite qui hurle à l’État Léviathan et pour qui, par exemple, les recensements sont une invasion inacceptable de la vie privée et qui, en même temps, utilise des procédés pire que ceux qu’elle combat pour arriver à ses fins. Difficile en même temps de ne pas y voir une attaque concertée contre tous les mécanismes de l’état providence, contre l’état redistributeur de richesses bref contre tout ce qui avait pu rendre le capitalisme plus égalitaire et plus supportable à tous.

Et naïf qui pense que cela ne concerne que nos voisins du Sud. Les frontières sont poreuses aux idées, on en a un bon exemple au fédéral. 

P.S. Et contrairement à la plupart des blogueurs, j'ai lu son livre sur l'histoire environnementale de la Nouvelle-Angleterre ;-) C'est un ouvrage majeur et pionnier. 

26 mars 2011

Élections...

Bon, c'est confirmé nous serons en élections fédérales le 2 mai. Les lecteurs de ce blogue savent où je loge. Dans mon coin, disons que le résultat semble acquis. Mon député bloquiste que je connais un peu est assez effacé mais efficace, il est parfois étrange étant un des rares de son parti à avoir voté contre mariage gai tout en étant assez à gauche ailleurs. Depuis qu'il a succédé à un certain Jean Charest comme député de Sherbrooke ses majorités vont s'accroissant.

Au plan canadien, il est assez inquiétant de voir que les conservateurs sont près de la majorité. On le sait, la bataille va se jouer sur assez peu de comtés, ontariens pour la plupart et les marges seront minces. Au Québec, possible que les conservateurs perdent quelques sièges mais ils seront compensés par ce qu'il gagneront en banlieue de Toronto et dans les petites villes de l'Ontario.

Mais la campagne est jeune et j'espère bien qu'Ignatieff et les libéraux remontent un peu dans l'opinion canadian ou encore qu'on sache voter utile pour bloquer les conservateurs. C'est que ce parti que je n'ai jamais aimé fait tout pour devenir encore plus détestable. On sent qu'il se passe chez eux la même chose que chez les républicains américains, disparition des modérés au profit d'une droite ignorante et imbécile donc dangereuse. L'abolition du formulaire long du recensement est à cet égard typique de leur état d'esprit. Ajoutons-y la disparition des fonds de recherches sur les changements climatiques, une politique étrangère guerrière aveuglément pro-israélienne, un délire sécuritaire et pénal qui ne repose pas sur la réalité et vous avez là un parti qui prend ses paranoïas pour des réalités.

Et ils sont menteurs. Ce matin, Harper dénonçait l'idée même d'une coalition alors que lui même était prêt à s'allier au Bloc et au NPD pour prendre la place de Paul Martin en 2004 (remarquez que comme OVNI politique on n'aurait pas fait mieux: un alliance droite, gauche et souverainistes contre le centre-droit aurait été assez extraterrestre). C'est dire que cet homme est dangereux, prêt à tout pour parvenir à ses fins et qu'en fait «d'agenda caché», c'est toute une encyclopédie qu'il est prêt à nous passer.

Bien des choses ont le temps de se passer d'ici le 2 mai. Disons que pour le moment, j'ai surtout hâte que les bancs de neige fondent. l'hiver a joué cette semaine un rappel que personne n'a demandé. Comme la plupart des lois de M. Harper.

PS Pour suivre la campagne: réouverture du blogue de l'admirable Chantale Hébert et un bon site de cartographie électorale (en anglais, hélas!).

21 mars 2011

Chronique de la haine ordinaire

Embruns signale un certain malaise autour du site Vigile qui tente d'être un forum des souverainistes québécois. On l'accuse d'héberger des textes vaguement antisémites. Pour en avoir lu quelques uns, peut-être,  mais ils ne sont pas particulièrement intelligents plus maladroits qu'autre chose. Mais bon c'est un site bénévole qui survit autour d'une idée assez mal vue de nos jours.

Que l'accusation soit venue du Congrès juif canadien est normal, on les comprend d'être vigilants en ce domaine et Vigile devrait l'être un peu plus peut-être. Par contre, le vieux souverainiste que je suis en a marre de cette équation trop facile qu'on fait entre nationalisme et antisémitisme. Encore là c'est une procédé classique : diabolisons l'indépendantiste qui veut se replier sur lui même etc. etc. Toute une ancienne littérature anticolonialiste ( Frantz Fanon, Albert Memmi) a bien démonté ce mécanisme d'amalgame.


Tout ça me déprime un peu, alors dans ce cas je vautre dans les commentaires d'un quelconque grand quotidien canadien pour me rappeler que la bêtise est partagée dans les deux camps. Et comme je suis de mauvaise foi, je choisis le National Post:

Lets give Quebec the keys to its own country after the ROC (= Rest of Canada) determines how much land we need to ensure communication and transportation with the Maritimes, the continued use of the St. Lawrence Seaway as a fully National Canadian corridor, the return of lands loaned to Quebec in Ungava and then let them have at it among themselves.
(Si je comprends bien, il est gentil de nous laisser les Laurentides et le Saguenay) 
Only then will they find out they are a lazy, socialist society who have to finally pay their own way in the world.

I say this reluctantly as I love to visit the Province. It is not unlike having a child who needs to go out into the world and earm a living. Sometimes we have to kick them out. Only then do they understand there are no free rides and they might then appreciate their parents moreso.
 I'm tired of being Quebec's parental unit. Let's kick them out
.
 J'aime bien ce paternalisme sévère du Canada, qui est si gentil de nous avoir laissé habiter leur pays sans même nous obliger à vivre dans une réserve.

Give them independence and give us complete independence from them . No more handouts to fund programs other provinces don't have . I've been listening to these traitors my whole life and I'm sick of it . Kick that traitor of a party out of our parliament while were at it ...Quebecois means = Anti Canadian ...Separatist should be hung for treason to the country !

Oui pendons les 2 millions et demi de séparatistes qui ont osé voter oui au référendum de 1995, ça relancera l'industrie du chanvre !

Ah que tout ça fleure bon le Canada !

17 mars 2011

Étrange

C'est une chanson de Brel assez épouvantable. Pour les gens de ma génération elle est rédhibitoire. Mais pour qui ? Il est normal qu'un mécanicien sache Brel.
v

7 mars 2011

LA tempête

Il sera finalement tombé quelque chose comme 60 à 70 cm de neige depuis hier soir. On pourrait dire qu'à part la fermeture à peu près complète de la ville, cette tempête s'est bien passée.
Petit état des lieux dans mon coin, à la brunante.

Où l'on voit qu'au jardin, à défaut de clématites, on a de la neige grimpante en cette saison.

Où l'on voit que la tempête a donné des lignes nouvelles et nivodynamiques à la Subaru du locataire

Sous les névés les chars...

Une des rares bornes-fontaines qui émergent encore.

Raquetteur frimeur ayant oublié qu'à 17h 00 les télés sont retournées dans leurs studios. 

La côte King déserte à l'heure de pointe. Oui, oui, on en a une !

La neige donne des sourcils aux feux de circulation mais pas aux agents. 

Et pour terminer, un peu d'art public. Ultra Nan squatte un panneau inutile pour pas un rond.

Mais à la course au bonheur, j'ai préféré les courses tout court. On était huit clients dans l'immense maxi des Grandes Fourches. Tout le monde était heureux. Et tous les gens que j'ai croisés se saluaient. Curieux qu'il faille ce genre de circonstances pour qu'on sorte de la réserve ordinaire des urbains. Comme si la rupture d'un code météo entraîne celle des codes sociaux. 
Pour le mieux, l'entraide.
À croire que la normalité la décourage. 

Et dire qu'il ne restera plus rien de tout ça dans un mois peut-être.

Relâche (s)

C'est une belle invention que la semaine de relâche, surtout si comme aujourd'hui un congé inespéré vient la prolonger un peu. La cause du congé est assez évidente:

Au moins 45-50 cm de neige de tombés au moment d'écrire ces lignes. Ma ville est à peu près fermée, le cégep, l'université, les services municipaux et la plupart des bureaux aussi. Les services d'urgences ont mis leurs 4x4 et leurs motoneiges disponibles pour les urgences. On voit que les leçons de la dernière grosse tempête a été retenue.  

Ce congé inattendu est d'autant plus précieux que j'ai moi aussi fait relâche la semaine dernière. Les piles de copies n'ont bougé qu'à la suite du grand ménage de mon bureau, je vais les corriger tantôt. J'en ai aussi profité pour lire un peu, me commander un nouveau lit, l'ancien ira meubler la chambre d'amis finalement vidée par ma nièce. J'ai songé à repeindre ma chambre mais comme il faudra de toutes façons en changer la fenestration et refaire les murs, aussi bien attendre les grandes rénos prévues pour d'ici deux ou trois ans. 

J'ai fait un saut à Montréal voir ma mère qui s'est bien remise de son opération. Je suis même content de voir que ma soeur qui habite avec elle a enfin commencé à comprendre que les tâches ménagères étaient devenues trop lourdes pour ses 82 ans. J'aime bien jaser avec ma mère de sa jeunesse en Gaspésie,  au temps des chevaux et des lampes à l'huile. Grande pauvreté mais richesses humaines. Elle m'a raconté que mon grand-père entretenait toujours des conteurs à sa boutique de forge pour faire patienter ses clients. Autre époque... 

 J'ai profité de ma visite en ville pour aller voir l'expo des guerriers chinois au Musée des Beaux-Arts avec mon vieil ami Michel. Impressionnante toujours cette grande et vieille civilisation si étrangère à la nôtre par ses rites ses croyances. L'expo est bien mise en scène et comme on l'a visitée sur l'heure du souper, on a pu éviter la cohue. On a erré un peu aussi dans les salles permanentes où mon ami a pu exercer sa nouvelle passion de photographe.

Je pense qu'il est pas mal plus doué que je ne le suis...

J'en ai ramené trois petits guerriers qui trônent maintenant au dessus de mon bureau. 

C'est le prix des trois paquets de cigarettes que je n'ai pas fumés depuis vendredi ;-)



19 février 2011

La routine

Il faut croire que je n'ai pas grand chose à dire, des idées de textes : une ode au fromage en grain, un compte-rendu d'un livre sur la relation du Québec à son grand voisin du Sud... Mais rien qui presse. La session a pris son rythme de croisière, les corrections s'accumulent qui réclament le peu de discipline que je possède.

Les cours sont agréables, j'ai de bons groupes.  Un cas inédit:  un étudiant tétraplégique à la suite d'un accident d'auto qui suit mon cours tout simplement pour se cultiver. Peut être pour se prouver que même s'il  n'est plus qu'une tête sur un corps figé, il est encore vivant. Son corps est inerte dans sa chaise roulante, une machine le fait respirer.  Je lui ai fait passer son examen oralement, il ne demandait rien mais son courage m'impressionne. Bel exemple à donner à mes cégépiens pas toujours motivés...

Le hasard des rencontres d'anciens étudiants m'a donné le plus beau salaire d'un prof, savoir qu'on a compté, que telle excursion a ouvert les yeux sur son milieu... Voir qu'un autre étudiant qui a lâché le cégep est en hôtellerie qu'il veut devenir sommelier, qu'il va partir découvrir les scotch et les vins en Europe. Pourquoi pas ? La passion fait souvent apprendre plus que l'école.

***

Il a fait 11 hier sous un soleil radieux. Aujourd'hui c'était un vent glacial. Ici l'hiver a une mort d'opéra, ça n'en finit plus. Une première brèche quand même, un soleil plus fort qui ouvre son agonie. Et tiens, une chanson d'hiver pour souligner la chose. Je ne suis pas un grand fan de Claude Dubois qui se caricature en vieilissant. Il a fait de bonnes chansons mais il en est une qui pour moi est à part des autres. Elle est magique.


Souhaitons que le Labrador ne s'attarde pas trop dans notre Sud cet hiver.

6 février 2011

Ah comme la neige a neigé !


Oui c’est l’hiver. Ici une éventuelle marmotte n’aurait même pas pu sortir de son trou le deux février puisqu’il est tombé un peu plus de 30 cm de neige dans la journée. Et gloire aux cols bleus de la ville de Sherbrooke puisque jamais la circulation n’a été interrompue dans notre vallonneuse cité. Et comme il y a à peu près deux trois pieds (1m) de neige au sol, je crois que je vais enfin pourvoir étrenner mes raquettes.

Et puis la nuit dernière on a eu droit à un deuxième service, un autre 30 cm avec une neige très forte  tellement qu’on a eu droit même à des éclairs. 


Un très rare orage de neige qui devait laisser tomber pas loin de 5 ou 6 cm de neige à l’heure si je me fie aux observateurs de mon site météo préféré.

Et ce matin au jardin on constate que ça va prendre un certain temps avant de s'installer sur la table à pique-nique:


Mon gentil voisin d'en face est un homme équipé, outre son abri tempo, emblème suburbain de l'hiver québécois, il également un souffleuse très utile maintenant d'ailleurs puisque son banc de neige est devenu trop haut pour y pelleter de nouvelles couches. Il pousse d'ailleurs la courtoisie jusqu'à souffler la bordure que laisse la charrue devant mon entrée. 


Je n'ai pas d'auto mais voici mon locataire qui dégage la sienne: 
Là où il m'a impressionné c'est que deux minutes plus tard, sans finir de la dégager, il a sorti son auto pour terminer le déneigement dans la rue. Pas bête, c'est toujours ça de moins à pelleter. 

Mais bon, comme on ne sait plus tellement où mettre la neige on a convenu, mon voisin d'à coté et moi, de se faire appel à un contracteur qui a une grosse souffleuse pour le reste de la saison. Ça rend la contemplation du paysage hivernal tellement plus agréable.  




30 janvier 2011

Sur le neutre


C’est une journée blanche et grise. Il ne fait ni froid ni doux. Il ne fait pas franchement soleil, mais on le voit de temps en temps et, au moment où j’écris, il se couche tout orange au dessus d’un mur de nuages. Il neigeotte un peu, des fois plus des fois moins, ce genre de flocons tout légers qui mettent une éternité à choir, comme s’il voulaient musarder et explorer leur monde avant de se fixer au sol.

Je me sens un peu comme ça aujourd’hui. Je varnousse. Un peu de préparation de cours, beaucoup de lectures de blogues, une brassée de lavage et un début de ménage dans mon ex-bureau. C’est assez typique de ce temps de l’année, le bruit des fêtes se calme, la routine de la session s’engage. Pour tout dire je me sens un peu sur le neutre, sur l’erre d’aller.

C’est une situation confortable,  assez plate finalement mais n’est-ce pas là l’idéal de nos sociétés modernes. ? Étre satisfaits, entourés de richesses comme peu de sociétés avant nous ? Un peu vedge, on consomme  les uns de la culture savante,  les autres du hockey, de la télé. On rêve pourtant à mieux, plus de bébelles ou d’action, un prince charmant ou de la santé, puis on se dit qu’il y a pire.

On pourrait être en Égypte et réclamer la même chose ?

Quand même pas. 

25 janvier 2011

Quinze livres: une feuille en hiver

Les grands froids d’hier on fait place à une petite neige. La rivière Saint-François devient une abstraction, tracé noir et géométrique au milieu de la gangue blanche de ses deux rives. J’ai beaucoup souri hier à la panique médiatique. Oui, il faisait moins trente-deux le matin. So what ? On appelle cela l’hiver au Québec et il me semble qu’on a toujours deux ou trois vagues de froid semblables entre décembre et mars. Et ça dure parfois plus d’une semaine. Juste embêtant pour aérer l’appart maintenant que j’ai réarrêté de fumer. Profitons-en pour durcir l’exercice : rédaction d’un texte sans boucane. Une seule feuille aujourd'hui, peut-être d'amélanchier.

***

Ah le docteur Ferron ! Curieusement, le premier livre de lui que j’aie lu ne m’avait pas impressionné plus qu’il ne le faut. Je l’ai lu dans un cours de roman au cégep, vers 1978 et il était obligatoire. Les roses sauvages est un livre triste, dans la veine où Ferron regarde des gens de peu décrocher lentement du monde. Je ne savais pas qu’au même moment l’auteur faisait la même chose. Pourtant Ferron était une célébrité à Longueuil. Le fondateur du parti Rhinocéros habitait à deux pas de mon gros cégep et j’avais même eu la curiosité d’aller voir son bureau de médecin, sur le chemin Chambly.

C’est peut-être vingt ans plus tard que j’ai redécouvert son œuvre. D’abord les Escarmouches, recueil des ces historiettes et autres articles qu’il a multiplié dans les journaux. J’y ai savouré son ironie parfois féroce qui savait mordre les élites là où ça fait mal. Mais j’ai surtout lu un des plus grands connaisseurs de l’âme québécoise. Il a su la sortir de son empaillement folklorique catholique-français pour la montrer diverse,  métissée de touches irlandaises ou amérindiennes, britannisée aussi par les écossais et les anglais, toujours franchement amériquaine.  Il a su aussi aller derrière le décor du Québec des gros villages de pour trouver celui des écarts, celui des hommes libres qui savent voir que la vanité des élites politiques et religieuses n’est rien d’autre que le masque commode que se donne un peuple profondément inquiet, parfois rebelle et qui se tait pour survivre dans un pays incertain.  On le sent parfois désolé de voir ce peuple s’anesthésier dans le confort de la grande  banlieue universelle. Je pense qu’il n’a pas tort.


J’ai parlé souvent de Ferron dans ce blogue, son plus grand livre est sans doute Le ciel de Québec, récemment réédité en poche à la bibliothèque québécoise. L’édition est heureusement annotée, ce qui permet de savourer toutes les clefs, tous les clins d’oeil qui fourmillent dans le récit. Ce n’était pas le moindre talent de cet écrivain que de savoir distiller dans ses livres sa connaissance encyclopédique et pratique du Québec. Les études ferronniennes sont encore très vivantes, on en a l’écho dans ce très vaste site qui lui est consacré. On y trouve quelques historiettes, ce qui ne gâche rien. 

15 janvier 2011

Un beau vieux film

L'autre jour, j'entendais des étudiantes parler de La belle et la bête et de louanger le film de Disney. Je n'ai pas pu m'empêcher de leur demander si elles connaissaient la version de Jean Cocteau. Dans le brouhaha de la fin du cours elles m'on dit que non. Elles ne connaissaient probablement pas Cocteau non plus. Moi non plus, si ce n'avait été de cette curieuse prof du cégep qui nous avait fait lire la Difficulté d'être dudit Cocteau. J'avais aimé ce livre, ce qui m'a amené à écrire un texte dans le genre de plutôt que de faire le banal résumé. Dans ce temps là, les profs nous proposaient souvent ce choix et j'aimais mieux m'épivarder en création plutôt que de résumer banalement. Payant coté note, puisque personne ne le faisait, utile aussi pour l'exercice d'écriture et l'introspection demandée dans le contexte.  Je me souviens d'avoir pondu un texte sur les masques, ceux que l'on se donne et qui, à force de les porter, nous transforment à leur tour. Mais le masque, on le choisit aussi... Elle avait bien aimé.

C'est dans ce cours qu'elle nous a présenté le film de Cocteau. Et le hasard avait fait que dans notre groupe, il y avait une dame qui était figurante dans son film. Je vous laisse imaginer les potins du plateau de tournage, toujours sous entendus (on est en 1979), mais néanmoins explicites. Le film est daté. La langue des comédiens va du français classique à la gouaille des banlieues de 1940. Mais bon, Cocteau avait un flair, une audace et le carnet d'adresse que ça prenait. C'est un conte pour enfants que seuls les adultes peuvent comprendre.

Ça se trouve sur You Tube.

13 janvier 2011

Quinze livres: suite de l'effeuillage

L'hiver revient. Les dernières plaques de gazon sont maintenant recouvertes d'un bon 15 cm de neige folle. Après l'université il y a deux semaines, la session commence lundi au cégep. Un bel horaire, que des cours le matin. Je suis lève-tôt, ça me va. Quant à mes jeunes, je suis moins sûr. Un pétard qui explose dans une classe à 8h30 peut-il être considéré comme un outil pédagogique ?

***
Il est plus que temps de revenir à cette série amorcée il y a un mois voici donc trois auteurs qui ont été importants dans ma vie.

Le cégep a été pour moi un moment où j’ai fait beaucoup de lectures qui ont formé mes idées. Je dois à mes cours de philo d’avoir découvert Lewis Mumford. Non pas qu’on l’ait étudié mais parce que la revue Critère animée à l’époque par Jacques Dufresne avait organisé un concours d’écriture sur les questions urbaines qui m’intéressait. C’est parcourant ce numéro que j’ai découvert le classique de Mumford qu’est La cité dans l’histoire (The city in history) et renoncé à écrire ce texte. Dans ce livre,  faisant l’histoire des villes et de l’urbanisme, il plaide pour un retour à l’échelle humaine, pressentant le saccage qu’entraînait l’automobile ou l’inhumanité des idées modernistes de Le Corbusier et consorts. 

Son dernier grand livre, The myth of the machine (horriblement traduit en français) m’a encore plus impressionné. C’est un livre pessimiste où il ne condamne pas tant la technique en elle même que sa manipulation intéressée par ce qu’il appelle la mégamachine, vaste conglomérat des intérêts financiers militaires, industriels et politiques qui n’a d’autre fin que de se reproduire et d’élargir son emprise. Il en résulte une déshumanisation du monde, une croissance qui ne tourne que pour elle-même. Disons que depuis quarante ans que ce livre a été écrit les faits ne lui ont pas donné tort. Oui, grâce à internet  l’information circule et n’a jamais été aussi accessible, mais je me demande si cette omniscience virtuelle ne cache pas une plus grande ignorance du monde réel. Malgré son pessimisme, il conclut « But for those of us who have thrown off the myth of the machine, the next move is ours: for the gates of the technocratic prison will open automatically, despite their rusty ancient hinges, as soon a we choose to walk out » C’est un principe qui m’a toujours guidé.  



Mon premier contact avec l’œuvre de Raoul Blanchard s’est fait de la pire manière possible. Après une année mouvementée, le collège où j’ai fait mon secondaire 3 m’avait obligé à reprendre quelques travaux de session. Je ne l’ai finalement pas fait, ce qui m’a valu un changement d’établissement, par ailleurs bénéfique. Parmi ces pensums, il y avait celui de résumer la synthèse des Études canadiennes de Raoul Blanchard qu’était le Canada-Français version 1960.  J’ai lu le livre avec passion mais on comprendra que de résumer les 300 pages d’un livre qui en fait la synthèse de 1500 était au dessus des forces d’un ti-cul de 14 ans. Sans le savoir, mon prof de géo incompétent avec qui je m’étais chicané a confirmé ma passion pour toutes les choses géographiques. La prose de Blanchard avait aidé. Ce disciple de Péguy a une bonne plume, comme bien des géographes de son époque. Il avait le tour de dynamiser de longues énumérations de faits ou de données pour en arriver à en tirer le trait original, celui qui donne un sens. Ajoutez-y un don de la métaphore qui tue et vous aurez une description des collines montérégiennes qui sont comme « un lâche troupeau de pachydermes étalés dans la plaine de Montréal » et vous avez là un modèle d’analyse géographique jamais ennuyeuse à lire.

 Bien des années plus tard, alors que je débutais mon bacc en géographie, mon frère a suggéré à mon père  de me donner pour mon anniversaire la série des cinq gros volumes de Blanchard sur le Canada-Français. C’est le plus beau cadeau que j’aie eu. Je les ai savourés tout l’été, ce qui les a bien abimés mais m’a rendu assez incollable sur la géographie québécoise. Je rêve un jour d’avoir le temps, l’énergie et la discipline (!) pour rajeunir cette magistrale étude qui n’est guère plus lue que par les historiens. À une époque où les géographes se surspécialisent, il me semble que c’est oublier qu’une des qualités de la discipline est bien son sens de la synthèse des rapports que les humains ont avec leur milieu. (1)


 

Ce rapport est au cœur de la pensée du dernier auteur dont je parlerai aujourd’hui. Il s’agit de l’écologiste Pierre Dansereau. Je l’ai découvert dans le bon vieux Répertoire québécois des outils planétaires que Mainmise avait publié vers 1975. On y faisait grand cas de ce volume qui introduisait une grande étude sur l’impact écologique du défunt aéroport de Mirabel. Dansereau est l’un des derniers survivants de ce groupe d’hommes exceptionnels que Marie-Victorin avait réunis autour de lui, il sera d'ailleurs centenaire cette année. C’est un penseur original qui a voulu faire un pont entre l’écologie bio-biologique et les sciences humaines. Ainsi, contre la classique pyramide de transformation/prédation/recyclage des milieux naturels, il  propose la boule de flèche qui permet d’élargir la notion d’écosystème aux paysages et territoires humanisés.(2) Par exemple, l’appartement où vous vivez est un écosystème qui importe d’autres écosystèmes des produits (de l’électricité aux aliments) qui y sont utilisés et dont les résidus sont ensuite exportés vers d’autres écosystèmes, un dépotoir, disons.

Cette manière de voir le monde comme un réseau d’écosystèmes interreliés a été pour moi une révélation importante qui m’a permis de m’initier ensuite à la systémique et d’intégrer toutes les notions que j’ai pu apprendre dans mes études. Cela s’est d’ailleurs terminé par mon interminable mémoire de maîtrise où, à l’aide des concepts proposés par Dansereau,  je me suis amusé à construire l’histoire écologique ou la géohistoire d’un village des Cantons de l’Est. Et pas besoin de vous dire que quand mon directeur m’a proposé monsieur Dansereau comme lecteur externe du mémoire j’ai été plus qu’honoré. Il avait 94 ans et je pense que j’ai été son dernier étudiant. Il a bien aimé mon travail. (3)

(1) En bon universitaire, Blanchard a publié tout le contenu des ses cinq grands livres dans la Revue de géographie alpine qu'il avait d'ailleurs fondée. On peut les retrouver dans le merveilleux portail Persée, qui a numérisé bien des revues savantes, suffit d'y écrire (en recherche avancée) en titre Études canadiennes et en auteur Blanchard et magie tous les articles sont disponibles en fichiers pdf.  

(2) Pour comprendre la pensée de Pierre Dansereau dans ces années là, il y a cet entretien avec Joël Le Bigot, du temps où il savait se taire.

(3) Pour connaître l'homme tel qu'il est, il y a ce documentaire que son cousin Fernand Dansereau lui a consacré.  Son titre, Quelques raisons d'espérer résume bien ce qu'il est, et pour l'avoir rencontré  avec un groupe mes étudiants, c'est tout à fait lui. Simplement humain. Avec son drôle d'accent d'Outremont.

4 janvier 2011

Un peu de folklore

Un peu de neige ce soir, alors que je  me remets de mon sprint bisannuel de corrections. Déjà un premier cours demain à l'uni... les vacances sont courtes.  Heureusement que le cégep commence plus tard.

Le temps des fêtes ramène toujours un peu la musique traditionnelle, le Trad comme on dit maintenant. Voilà que j'ai finalement trouvé sur You Tube quelque chose que que je cherchais depuis longtemps. Il s'agit d'un extrait de la série télé L'homme et la musique que Radio Canada et la CBC avaient produite au milieu des années 1970. Un des grand moments se passe quand le célèbre violoniste classique et narrateur de la série, Yehudi Menuhin  joue un duo avec l'un des grands viololonneux québécois qu'était Jean Carignan sur une pièce qu'André Gagnon lui avait dédiée. Assez émouvant.






Le moment était d'autant plus magique que Menuhin était l'idole de Carignan. En lisant les commentaires sur You Tube on comprend aussi que ce folklore de rigodons de gigues de reels et autres quadrilles est le produit d'influences irlandaises, écossaises ou anglaises ajoutées au vieux fond français. Un métissage, bien avant que cela ne devienne la vertu de notre modernité. Allez, deux autres pièces de Jean Carignan.  l'increvable Rêve du Diable:







Et, soyons chauvins, la gigue de ma ville, podorythmie comprise:




Ça doit pas être facile de taper du pied en jouant du violon....

31 décembre 2010

Entre deux années


Depuis quatre jours, j’agonise sur mes piles de copies à corriger et tout est prétexte à la distraction. Il faut bien prendre l’air ! Et c’est tellement beau, une marche le long de la rivière, à regarder les glaces descendre, minuscules plaques que la tectonique du courant accumule en petits continents sur les berges. La ville est étrangement silencieuse. Quelques milliers d’étudiants en moins ça paraît dans ma cité universitaire. Il y aussi que les cols bleus étant en grève, les autos roulent sur la neige durcie plutôt que l’habituelle sloche des rues bien salées. Peut être pas confortable pour l’automobiliste mais agréable aux oreilles du piéton.

En ce dernier jour de 2010, il fait une journée douce, ça fond et même que le soleil perce. Le jour baisse mais pas de coucher de soleil, les nuages sont revenus. Je ne file pas tellement party ce soir de réveillon. J’en ai eu ma dose à Noël, heureux de voir tant de monde en si peu de temps. J’ai le nouvel an social ou solitaire selon les années. Mais ce n’est jamais un jour ordinaire il y a la magie du chiffre, cette fébrilité que je sentais en faisant l’épicerie.

J’aime bien sacrifier aux traditions, faire le bilan, les résolutions. 2010 a été bonne pour moi. J’ai été heureux de revoir la Gaspésie, de saluer trop vite Québec. J’y retournerai l’an prochain si ça se passe comme prévu. Ça fait aimer le métier de voyager avec les étudiants et de ce coté, j’ai une sécurité comme j’en ai rarement eu, toujours précaire, mais des espérances. Mon nouveau cours cet automne a été dur, dans un domaine où je n’étais pas à l’aise, mais l’expérience a été salutaire et si je retourne dans mes vieilles pantoufles cet hiver, c’est avec le goût de me renouveler et d’oser de nouvelles choses.

Sur le plan plus personnel j’ai avancé. Réussi à arrêter de fumer quelques mois pour succomber sous le stress en novembre. J’arrête de nouveau dans quatre jours, les patches sont achetées. Je connais un nouveau piège. Et comme ma santé m’oblige à l’exercice, je compte bien essayer le taï chi cet hiver, paraît que c’est bon pour ce que j’ai. Je souhaite que ma mère aille mieux, elle qui a souffert un peu trop de ses 82 cette année. J’espère que son opération prochaine lui soit bénéfique.

Je suis sorti un peu plus de ma coquille cette année aussi découvert de nouveaux blogues que j’aime à lire et qu’il faudra commenter plus souvent. Connu de nouvelles personnes. Compris que le cocounage du nouveau proprio ou du web a ses avantages mais aussi ses limites.

2011 arrive. Une nouvelle toile. Tâchons d’y mettre de belles choses.

C’est ce que je nous souhaite.



L'image est de Nan dont j'ai déjà parlé ici. Allez voir ses dessins de l'année, ça vaut tous les show télé qui vont sévir. N'oubliez pas de devenir son ami ;-)

27 décembre 2010

Détournements

Il y a mille façons de se perdre. De regarder ailleurs. J'aime bien celle des recycleurs que mon ami Daniel m'a montré. Rien de nouveau sous le soleil, juste de la job bien faite. Un situationniste parlerait de détournements. C'est cela 50 ans plus tard. Inégal, mais drôle par moments, souhaitant que mes lecteurs français se fassent l'oreille à un accent étranger ;-)

24 décembre 2010

Joyeuses fêtes quand même

Il y a ces copies que je n'ai pas terminées, cette série sur les bouquins, un grand ménage. Mais je plonge vers les amis et la famille à Montréal content de les revoir et de partager avec eux cipaille et bons vins.
Alors il ne me reste qu'à vous souhaiter que vos réjouissances soient à la hauteur de vos espérances, que vous ayiez du plaisir à voir et revoir parents et amis.


Et l'inévitable cantique par la grande Mahalia Jackson

18 décembre 2010

Une perle

«  Plusieurs aéroports sont paralysés et de nombreux vols ont été annulés, notamment en France et en Grande-Bretagne, qui est en voie d'enregistrer le mois de décembre le plus froid depuis 2010. »
Perle trouvée ici. Pour le moment. À l'ère numérique, les perles sont évanescentes.

13 décembre 2010

Parenthèses


Entre deux examens à écrire, par une journée où un matin doux, jaune et vert devient une soirée blanche et froide, je retravaillais un texte à venir sur les livres importants dans ma vie.

Beaucoup viennent de la jeunesse et certains d'entre eux avaient une source fameuse (ou fumeuse?) . Je parle bien sûr de la revue Mainmise. C'était la grande époque de la contre-culture au KébeK d'alors.




Bande-annonce d'un documentaire hélas non réalisé de Marc-André Brouillard (2005)

Babyboumeur de l'autre versant, j'en ai connu le lent déclin à partir du milieu des années 1970. J'en ai collectionné les numéros anciens qui dorment dans une boîte parce qu'il me distraient trop.  Il y avait ce grand compendium qu'était le Répertoire québécois des outils planétaires (dans le même boîte que les Whole Earth catalogues) et qui m'a ouvert bien des sentiers. Et puis tout le reste, l'homosexualité, le pot, Pink Floyd, le retour à la Nature. Merveilleuses utopies qui me gênent parfois aujourd'hui.

Peut être parce que trop de lecteurs de Mainmise ont lâché le pot et l'acide pour des drogues plus dures.

Le pouvoir et l'argent.

P.S Quelques numéros numérisés de Mainmise ici (dont l'introuvable numéro sur le pot ;-))

6 décembre 2010

Quinze livres: début de l'effeuillage

Il tombe la vraie première neige d'hiver. Une neige floconneuse, légère et fluide qu'on prend presque plaisir à pelleter. Occasion de revenir à soi. 

***

Il y a de ces chaînes sur le web qu’on aime bien s’auto-administrer. Grand livrophage, je ne pouvais manquer celle des quinze bouquins qui m’ont marqué. La consigne était 15 bouquins en 15 minutes. Je l’ai fait pour la liste, mais je ne peux m’empêcher d’expliquer en quoi ces livres m’ont marqué. Ça prend un temps que je n’ai pas tellement en fin de session mais ça m’occupera le mois de décembre. En voici les trois premiers:

La Flore Laurentienne de Marie-Victorin. 

Je l’ai achetée avec ma première paie de mon premier boulot d’été. C’est un livre technique, un monument de la botanique québécoise qui m’a permis de mettre un nom sur les plantes qui m’entourent. Mais c’est aussi de la littérature par moments. Ainsi, décrivant l’érable rouge Marie-Victorin s’envole : 
 « À l'automne, les hydrates de carbone dont le tissu chlorophyllien est gorgé, se transforment en anthocyane et colorent brillamment les feuilles de rouge pourpré. Nos bois deviennent alors incomparablement beaux. Les pentes sourceuses des Laurentides et les forêts de la plaine alluviale forment des horizons sanglants où sur le vert profond des résineux s'ajoutent, chevauchent et se fondent les gammes infinies des teintes que le rouge a sur sa palette.»
 Avouez que ça étonne dans un livre scientifique... Un très beau site en reprend le contenu. Et non, je n’ai pas acheté la nouvelle édition avec les photos couleur, la reclassification des espèces botaniques me déconcerte trop.

La Rage de Louis Hamelin



Quand j’ai acheté ce livre, le titre correspondait à mon état d’esprit. Je venais de vider mon bureau à la radio communautaire, j’étais enragé  contre  les magouilles des pseudo marketeux qui avaient mis fin à ce qui avait été somme toute une des plus belles périodes de ma vie (et de la radio, leur échec fut lamentable). Je connaissais le livre de réputation, le titre me convenait. J’ouvre la brique. La lit d’une traite, jusqu’aux petites heures du matin. J’avais décroché de la radio.

C’était le livre que j’aurais voulu écrire. Sur le coup, j’ai laissé tomber mes vagues ambitions littéraires pour retourner à mon autre passion, la géographie. J’ai souvent chanté les louanges de Louis ici, l’ai rencontré quelquefois, assez pour savoir que c’est un gentil garçon, très drôle, curieux et allumé. Beaucoup d’autres écrivains ont son talent (salut Mistral !), mais Louis me touche par un sens profond du territoire qui réjouit le cœur du géographe.



Walden de Henry David Thoreau.


Ce doit bien être par un vieux Mainmise que j’ai découvert ce classique de la littérature américaine. Thoreau y raconte une année passée dans une petite cabane au bord de l’étang Walden, quelque part pas loin de son village du Massachusetts. Il y a dans ce livre beaucoup d’une certaine Amérique encore puritaine mais  séduite aussi par la sensualité de la nature et de la vie dans les bois.



Je l’amenais toujours ado quand j’allais me balader dans les bois du Mont-Saint Bruno, tout fraichement parc national.  Il y avait là un tout petit lac complètement sauvage à peine connu des gens du lieu. C’est en les imitant que j’ai appris les joies de me baigner nu, à me laisser flotter dans la couche tiède de la surface eaux pour éviter les profondeurs froides et aussi rêver en regardant le ciel.

Mon Walden à moi au Mont-Saint-Bruno

Voilà pour aujourd'hui. J'hésite à ajouter ma liste. 
Sachez pour le moment qu'elle se termine par tous les atlas du monde.
Je ne crois que ça surprenne mes amis...