24 janvier 2013

Un point de Droit

Depuis le début de l'année j'ai l'impression de recommencer un peu à souffler. Tellement que ce soir j'ai même le goût d'écrire ici et ça fait un bail. Le stress est le même, juste que je m'en fous, un peu.

On nous anonce cette semaine un jugement de la Cour Suprême. Une Lola contre son mec. Sordide histoire de fric. Mais aussi un intérêt fondamental. En principe,  le code civil permet tout ce qu'il n'interdit  pas donc pas de faute. Il présume l'accord sans responsabilité entre les parties lors de coïts.  Mais la coutume germanique ( et anglaise ) prévaudra-t'elle ?

Un jugement compliqué et fondamental, mettons
Mais va sans dire que la victoire du Canadien est plus importante.
Pas sur.

28 décembre 2012

La fin décembre (Adieu, l'ami)


J’ai devant moi une pile de livres de l’ami en allé. Yves Boisvert était poète. Il laisse dans le deuil outre sa blonde, sa famille et ses amis quelques boites de livres qui traînent dans les entrepôts. Parfois aussi dans les rayonnages de bibliothèques publiques ou privées.

Je ne saurais juger de son œuvre. Des universitaires patentés la disséqueront selon les modes littéraires du jour. On peut aussi souhaiter que de jeunes poètes la lisent au hasard des circonstances.

Mais on ne pourra plus l’entendre.

J’ose le gros cliché : Yves était homme de parole(s). Je l’ai connu il y a vingt ans, alors qu’il prêtait sa grande voix à la poésie québécoise contemporaine, cette émission de radio (communautaire) qu’il enregistrait à CFLX. Pour vous dire le genre, ça commençait par la grosse guitare sale d’Ayoye d’Offenbach. Fade out avant les paroles. Le contenu était simple : Yves lisait des extraits de parutions récentes en poésie, trois minutes maximum (comme au festival)  ensuite, musique. Du Garbarek souvent. Il terminait en rappelant les titres lus et concluait en une phrase ou deux qui fessaient dans le dash de l’actualité ambiante. Mon rôle là-dedans était simplement de faire le technicien. Il m’impressionnait, c’est rare de voir un vrai poète et en plus ses émissions étaient impeccablement préparées, chose rare en radio communautaire. Une fois les émissions enregistrées on descendait au Magog prendre une grosse bière ou deux. Je ne me souviens plus si c’est au hasard de ces soirées qu’il rencontrera sa complice et amie Dyane qui était une habituée de ce bar où on allait tous les soirs...

Il y a eu beaucoup d’autres bières depuis. Des bouteilles de vin aussi. Mais aussi de grandes conversations. Je me souviens de longues marches avec lui à observer et disséquer les fils INVISIBLES dont Monsieur le comte Diderot emmaillote le Québec.  Mille autres fois  à l’écouter vitupérer contre les fédéralistes, les bureaucrates, banquiers, toute cette engeance d’administrateurs patentés et autres frimeurs émmebiéisés..

Quel conteur aussi, une verve rurale dans un vocabulaire qui n’admettait pas l’à peu près.  Je me souviens d’un épisode d’une série radio que réalisait et animait mon ami Daniel Desroches. On faisait des tours de machines dans les cantons de l’Est et j’y racontais les territoires traversés. On avait eu l’idée d’inviter Yves en se dirigeant vers l’Avenir, son village natal. Au hasard du chemin, on s’arrête près d’un étang à grenouilles. Boisvert part en chasse. Le résultat fut concluant :

Yves Boisvert, chasseur de grenouilles; remarquez la mimique très boisvertienne.
La grenouille a repris sa liberté par après.
(photo: Patricia Godbout communiquée par Daniel Desroches)
Tout le reste de cette émission a été magique, de l’histoire de Jean-Baptiste-Éric Dorion, l’autre enfant terrible de l’Avenir, racontée en l’église même, jusqu’au concert de vraies cloches à vraies vaches en finale.

Si Yves parlait beaucoup, il écoutait aussi. Sa poésie se nourrissait autant du monde des tavernes que de l’astrophysique. Boulimique lecteur jusqu’à la fin, le monde le nourrissait parce qu'il est ainsi fait qu’il faut le défaire pour qu’il se tienne debout. Curieux de tout, je ne me suis pas gêné pour lui faire partager ma passion toute géographique des territoires. Lui savait les rendre en mots.

Yves était un ami. J’ai peu d’amis et je ne les vois que trop rarement. Ils existent toujours de par ce qu’ils ont changé en moi en mieux. De Yves, je retiens la verve, le sens du mot qui porte et qui change l’auditeur. Très utile en salle de classe. Il en avait fait la démonstration éclatante en octobre 2001 alors qu’il était venu lire en classe Bang, son poème post 11 septembre. Je me souviens de la stupeur des étudiants à la fin et de l’ovation qui a suivi. Je me souviens aussi de ce même poème lu en duo avec l’Amérique de Jean-Paul Daoust dans cet espace éphémère que Dyane avait offert aux poètes et artistes. Inoubliable. Insubventionnable, évidemment.

Il y a mille autres facettes au personnage. Le colérique qui savait aussi être d’une douceur et d’une gentillesse rares.  Le patriote, bien sûr.  Peut-on aimer tant sa langue et ne pas lui offrir un pays à habiter? Cet homme a su se tenir debout toute sa vie et même devant la mort, avec le courage et le soutien de sa Dyane. Je connais une province qui devrait se lever avant de subir le même sort.

En tout cas, merci, Yves, de m’avoir rendu meilleur.


1 novembre 2012

Dehors novembre !

Il y a que ce matin, j'ai eu de mauvaises nouvelles d'un vieil ami.
Depuis j'ai cette chanson en tête.
Et je n'ai pas trop ma tête.

2 août 2012

La campagne vue de Sherbrooke

J'ai un blogue moi ? En fait, j'en ai quelques uns d'ordre pédagogique et celui-ci était en hibernation. Ou en sieste, parce que c'est un bel été. Grosse paresse aussi de ma part. Il fait beau, suis en rénos, le jardin pousse bien merci. Et moi, je vais pas mal non plus. 

Nous voilà donc en élections. Tous les médias, chroniqueurs y vont de leurs analyses pour en général conclure que tout peut arriver. En plus d'être vraie, cette conclusion présente aussi l'avantage de créer une sorte de suspense dans lequel les journalistes pourront se sentir utiles et dramatiser les insignifiances de la twittosphère, les gaffes médiatiques  et autres catastrophes lilliputiennes comme autant de points tournants d'une campagne forcément d'images. Je la raterai donc puisque je n'ai pas la télé. Remarquez qu'avec la radio et internet, plus besoin de télé. Et en plus, on a moins d'annonces. 

Mais je m'égare. De mon coté. mon choix est fait. Péquiste j'étais, je suis et je demeure. Et même si je n'aime pas le coté Germaine de Pauline, je vais voter pour son parti comme j'ai voté avec joie pour celui de Lévesque ou Parizeau, sans enthousiasme pour les autres. Au moins, elle a une équipe de grosses têtes fortes, ce qui est un atout sur papier et dans les faits, mais un danger dans le cirque médiatique qui aime les belles grosses images lisses et simples. Attendons-nous donc à beaucoup de vous dites ceci mais untel dit cela. Au PLQ, on doit déjà lire tous les bouquins et chroniques de Lisée depuis 1978 pour en faire un pile de post-it à usage du PM.  On y a l'habitude du post-it et de fermer sa gueule. 

C'est qu'on a un cheuf. Un néo-Duplessis. Ratoureux, beau parleur, une bête politique prête à toutes les bassesses pour gagner. Sa gestion partisane de la crise étudiante en est un bel exemple. Mettre le feu et jouer le pompier. Jouer sur la peur. Au fond, c'est un vieux disque, un air déjà joué, en 1970, en 1973. À croire même que si Pauline monte trop haut, il n'y a pas un petit coup de la Brinks en réserve, façon 2.0. Quand on a des amis dans la finance, ça peut se faire. 

Reste le cas Legault. Je l'aurais bien vu à la place de Pauline au PQ. C'est dire ma naiveté. Et peut-être la sienne. Son cas est étrange. Au fond, il veut parler au Québec tranquille plus américain qui voit l'impôt comme un vol, l'entrepreneur comme un Dieu et a le nombril comme centre du monde. Un e vision pragmatique en politique avec des idées simples pour des problèmes qui sont faciles à régler. Alors qu'ils ne le sont pas. Si ce l'était, ça se saurait. 

Je passe vite sur Québec solidaire. J'y ai plein d'amis que j'estime. Et je sais assez compter pour savoir que les votes de mon ami Bibeau à Sherbrooke en 2008, s'ils étaient allés au PQ, auraient suffi pour obliger John James à se faire élire dans Westmount, son vrai lieu de résidence. Encore là, rien de nouveau, on sait comment les services secrets canadiens ont toujours couvé d'un oeil tendre les marxistes-léninistes des années 1970. Je ne pense pas que ce soit le cas de QS, mais quand on met un projet de société avant l'indépendance, on ne la fait pas. Et QS, ça fait tellement Plateau... ça devrait y rester.  Bis pour Aussant. 

En tout cas, dans mon coin je crois que le PQ a de bonnes chances d'emporter l'ex fief de Monique-Gagnon-Tremblay, d'autant plus qu'il est favorisé par le redécoupage. Le candidat Réjean Hébert est connu,  ancien doyen de la fac. de médecine et spécialiste de l'organisation des soins pour personnes agées, il a un CV idéal faire face aux défis du secteur de la santé. En tout cas plus qu'un radiologiste... En plus, il est de la paroisse, comme on dit. En face de lui, au PLQ Nathalie Goguen, une conseillère municipale du Nord de Sherbrooke. Ici on est dans l'Est. Ça devrait suffire pour la discréditer. 

Et la question du jour à Sherbrooke, outre Saint-François, est :  ça se peut-tu que? Est-ce que les étudiants se sont inscrits ? Est-ce qu'ils iront voter ? Sherbrooke n'est pas un terreau libéral fertile. Il a voté oui en 1995, voté péquiste entre 1976 et 2003. L'organisation Charest y est solide mais le seul fait qu'elle ait du sortir l'ancien maire de sa retraite comme organisateur en chef, montre qu'on y sent la soupe chaude. En face, au PQ, un ancien député de terrain du bloc, Serge Cardin.  Assez connu et aimé. Ce sera intéressant. 

Si on y vote utile.
Tant pis pour mon ami Christian.

PS. Il n'y a qu'une chose de prévisible dans ce scrutin, c'est l'opinion de La Presse. 

17 mai 2012

Ras le bol

Je n'écris plus tellement sur ce blogue. Je suis occupé ailleurs. Notamment à refaire des planifs de cours tout en donnant un d'été. Normalement la session d'hiver serait terminée, et je n'aurais que ça à faire. Mais voilà, la session est prolongée au cégep, celle de l'université est quelque part dans le brouillard, entre les injonctions et les grèves qui se poursuivent.

Ce conflit étudiant aurait pu se régler honorablement fin mars. Je suis persuadé que les AG auraient avalé une augmentation moindre des frais de scolarité. Quelque chose qui aurait ressemblé à ce qui s'est négocié début mai. Mais voilà, le gouvernement n'a rien fait à ce moment.

De deux choses l'une: ou bien on a laissé volontairement pourrir la situation, ce qui est un calcul politique d'un cynisme rarement atteint. Grôtesque. Ou bien encore ce gouvernement a simplement mal géré le conflit en ne voulant pas négocier dès le départ. Une incompétence à laisser l'opinion pantoite.

Et voilà qu'on sort la matraque d'une loi spéciale. Qui ne règlera rien. Dans mon cégep, on est retourné en classe. Autant le syndicat des profs que l'administration et même l'asso étudiante coupent les coins ronds, on veut tous finir une session correcte, quitte à contourner les virgules de conventions collectives ou règlements administratifs qui font obstacle. Et la rentrée se passe bien. Même que tous les profs sont surpris de la maturité et du sérieux qu'ont pris nos jeunes après ces semaines de grève.

Mais voilà que non content d'avoir méticuleusement saboté les quelques moments d'apaisement dans ce conflit, la mafia Charest en ajoute une couche. Au moment d'écrire ceci, on ne sait pas le contenu de la loi spéciale qui va s'appliquer. J'anticipe une énième replanif de cours, des horaires encore plus incertains, un bordel administratif carabiné. Ces sans-génies au pouvoir ne voient pas les problèmes de locaux, de personnel, de contorsions pédagogiques, de surtâches et de coûts associés à leurs lubies anti-associations étudiantes.

C'est faire peu de cas tout ceux et celles qui quotidiennement essaient de se battre contre l'ignorance et la bêtise de cette droite qui ne voit dans le système d'éducation qu'un repaire d'enfants gâtés. Lisez sur tous les journaux, les blogues, les commentaires de ces apôtres des Martineau et consorts. Comptez les fautes des anti-grèves. Vous aurez une bonne idée de ce pourquoi ils n'aiment pas les étudiants et l'éducation en général.

Et voilà précisément ceux à qui les libéraux veulent donner un os.

M. Charest est le premier premier ministre à égaler les trois mandats consécutifs de Maurice Duplessis. Celui là même qui avait fait du Québec le champion de la sous-scolarisation en Amérique du Nord. Duplessis disait que l'éducation, c'est comme la boésson, y'en a qui portent pas ça. Il aimait bien les lois matraques aussi. On se souvient aussi comment les entrepreneurs en construction finançaient ses somptueuses campagnes électorales.

J'ai toujours eu un fond d'estime pour M. Charest que j'ai souvent croisé il y a 25 ans. On était pas du même bord, mais bon, la politique crée des adversaires, me disait-il, pas des ennemis.

C'est bien dommage, monsieur Charest, mais votre mépris pour mes étudiants, surtout les plus éveillés paraît trop. Votre loi, votre impéritie envers cette mision fondamentale qu'est le fonctionnement normal des institutions d'éducation qu'on ne peut régir à coup d'injonctions ou de lois trahit ce que vous êtes au fond. 

Un petit opportuniste aussi médiocre que ceux qui vous protègent sont puissants.

Je vous déteste maintenant.

Addendum après lecture de la loi. Tu es pire que je pensais, petit Pinochet. Je te vomis, toi et ta bande. 

3 mai 2012

Dans mon cégep, les étudiants ont décidé de retourner en classe à 56%. C'est sage, Suis sûr qu'une plus grande majorité n'en pense pas moins.

C'est une grève exemplaire.
Mais là, avouez qu'on bat le record de la manif.

Et si l'endroit où s'est inventé la guérilla montrerait quelque chose au reste du monde...

13 avril 2012

Un brouillon de lettre à ma ministre


Lettre ouverte à ma ministre 

Bonjour madame la ministre et Line.

Je n’ose pas trop être familier. Vous êtes ma patronne et tu es mon ancienne collègue. Il y a vingt ans j’étais DG de CFLX et vous étiez directrice de CIBL. Je suis devenu chargé de cours à l'uni et prof précaire au cégep de Sherbrooke, vous ministre de l'éducation (des loisirs et des sports aussi, ô ironie). Il y a 20 ans, je me me souviens qu’il y avait un atelier sur la gestion de conflits dans un congrès de l’ARCQ, l’asso des radios communautaires du Québec. Si mes souvenirs sont bons, vous\tu n’y étais pas. C’aurait été utile. On nous expliquait qu’en cas de conflit il faut toujours maintenir des canaux de communication entre les parties. 

Je constate que ce n’est pas le cas dans le cas des frais de scolarité. Même mon voisin de droite qui est pour la hausse ne comprend pas pourquoi depuis six ou sept semaines il n’y a pas eu dialogue. Ce serait la moindre des choses. Du gros bon sens, comme tout ce qu’on apprend des administrateurs patentés.  Mais peut-être qu’entourée de conseillers en communications comme vous l’êtes on vous perd en savants jeux.

On a tort. Depuis le début de ce conflit, il me semble qu’un deal est possible. Juste proposer moins d’augmentation et demander aux AG de se prononcer, si vous n’aimez pas leurs représentants. Ce n’est pas élégant, mais ce serait déjà ça. Il semble que vous préférez les recours judiciaires. Sauf tout le respect que je dois au judiciaire, n’est ce pas là donner un mauvais exemple ? Le problème n’est pas juridique, il est politique. Utiliser ce détour, c’est précisément souligner à grands traits comment cette institution peut être détournée par quiconque a les moyens de se payer un avocat, sans égard à la légitimité de sa cause. 

Madame Beauchamp, votre problème est politique. Et tout prof bien constitué vous remerciera longtemps d’avoir réussi à réveiller quelques consciences à l’utilité de ce monde trop souvent discrédité. Par contre, votre entêtement risque précisément de nuire à ce qui est, sauf erreur, une mission de l’enseignement secondaire: créer de bons citoyens qui croient encore au politique. C’est une chose importante dont, dans le temps, le député alors fédéral et conservateur de Sherbrooke m’a a longuement parlé en entrevue. 

En ce sens, écouter vos étudiants c’est simplement ne pas trahir ce à quoi sert votre ministère. 

Ne pas le faire vous disqualifie de votre fonction.

Point.
Un magoua (Qui s’ennuie de ses étudiants)