18 mars 2006

Métonymies toujours

Il fait aujourd’hui un froid coupant, un vent aigre sous des nuages indifférents qui crachent quelques maigres flocons. Comme si l’hiver doux se venge des sa faiblesse générale en s’éternisant. Un hiver louseur qui s’acharne malgré sa défaite inéluctable. Je suis sorti à peine pour faire quelques courses et j’ai gelé autant que par moins 25.

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Les choses commencent à se dessiner tranquillement. Je vais bientôt rencontrer une prof de l’UQTR pour explorer l’idée d’un doctorat en études québécoises. Je n’ai pas assez de travail ici alors passons à autre chose. Je me rends compte en peaufinant mon projet et sujet que ce sera un gros contrat. La démarche doit aussi être rare : entamer un doctorat à 47 ans est chose étrange. Je m’imaginais hier performer dans un séminaire avec des jeunes qui pourraient presque avoir l’âge des enfants que je n’ai pas eu. On verra bien sur place les modalités de la chose.

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Je compte quand même financer mes études en continuant mes rares charges de cours ici. C’est un métier que j’aime bien, la paye est presque bonne, même si je constate que l’intérêt pour la géographie reste fort limité dans mon propre département. J’ai même du dépanner un collègue trop dur scientifique pour savoir quoi dire à un raoût universitaire sur le développement durable. Je riais dans ma barbe de voir cet illustre défenseur des vraies sciences s’abaisser à aller chercher les lumières d’un humble humaniste, simple chargé de cours par surcroît. Je lui ai conseillé la lecture de mon mémoire J’espère qu’il lira la conclusion :

«Au début des années 1980, j’ai commencé mes études au département de géographie de la Faculté des Arts de l’Université de Sherbrooke. Je me suis inscrit en maîtrise à ce qui était devenu le Département de géographie et de télédétection de la Faculté des lettres et sciences humaines. Au moment d’écrire ces lignes (octobre 2003) ce département entend changer de nom pour en devenir un de géomatique appliquée. On n’en est pas encore à la faculté de gestion ou de génie social.

Il ne s’agit pas ici de contester ces changements. Ils sont cependant symptomatiques d’une époque en perte de sens. Si les mots veulent dire quelque chose on remarque une sorte de glissement métonymique dans l’appellation de mon propre département. On le sait, la métonymie consiste, à prendre l’objet pour le contenu et vice-versa. On peut donc se demander si toutes ces techniques qui nous permettent de mieux voir la terre ou de mieux en cartographier les éléments ne sont pas en train de devenir une fin elles-mêmes, quitte à faire l’économie de ce qu’elles sont supposées nous aider à voir.(…) On se demande si à force de s’acharner à maîtriser ces merveilleux instruments on n’oubliera pas un peu de se demander à quoi ils servent.
(...)
À l’heure de la société du spectacle, décrite par Debord (1996), des rencontres virtuelles par Internet, du cocooning, on peut se demander si on a encore besoin de toutes façons de la réalité. Le contenu est si peu important. (…).»

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Ajoutons que le dernier changement d’appellation de mon département survenait après des menaces de fermeture de la part d’un certain Pierre Reid, alors recteur de l’université.

Et dans le fond, ma théorie de la métonymie générale s’appliquerait bien au gouvernement dont il fait partie. En politique, la gestion d’image c’est ce qui compte de nos jours. Mais si on ne fait que ça, ça ne marche pas toujours. Heureusement.

Jean Charest en est la preuve.

Quoique.

3 commentaires:

Anonyme a dit...

Il se passe des choses étranges dans la Cité de Montcalm par les temps qui courent.
André Arthur est député. Never forget it.
Et si tu as des projets, GOOD! A 47 ans comme tu dis...
C quand on se promène dans la Ville de Québec? :)

magoua a dit...

Ça fait bien des démarches quand même mais on verra, j'ai d'autres marrons au feu aussi.

Possible que j'aille zoner dans la ville de Québec fin avril pour colloquiser et me faire voir de la faune universitaire. Je songe d'ailleurs à me faire un badge chargé de cours à louer ;-)

Anonyme a dit...

Bien des changements.
Les établissements scolaires semblent tombés au service des entreprises. Avec nos cégeps, nos universités et même nos polyvalentes, nous formons des esclaves sur spécialisés afin qu'ils servent les grandes multinationnales, ceux-là même qui ne paient pas d'impôt. Comment avoir l'esprit critique sans culture générale? Bien heureux les ignorants, ils gagneront le paradis (pas fiscal pour eux). Petite lueurs d'espoir, certains économistes commencent à prédire la fin.
Bon courage.