13 avril 2010

Chartrand


Il y a presque 30 ans, je travaillais avec un vieux menuisier dans une jobbine de chômage entre deux sessions à l’université. Un midi, Michel Chartrand est l’invité de la radio AM locale. Mon menuisier se tait, écoute religieusement. Chartrand parle fort. Il va jusqu’à dire l’indisable en Estrie. Il faut oublier l’amiante, fermer les mines et se replier vers la sylviculture. Mon menuisier opine, même s’il vient d’Asbestos.


À la fin de l’émission il me dit que Chartrand et Réal Caouette sont les seuls hommes politiques qu’il aime et écoute. Les autres racontent n’importe quoi. Je suis perplexe. Comment mette à égalité la droite crédististe et la gauche syndicale. Oui, deux populistes, mais encore ?


***


Cinq ou six ans plus tard, je travaille à la radio communautaire et j’ai une entrevue avec Chartrand. Je suis nerveux. C’est que c’est un personnage intimidant, ombrageux parfois. Il entre en studio de production, avise un disque de Pablo Casals qui traîne et s’exclame qu’on a tort d’en faire un musicien baroque, il est à son goût meilleur dans le romantique. Il est gentil, simple, demande un café, insiste pour que nous le partagions, sort son flasque de rhum (du cubain précise-t’il) et en verse une rasade dans nos tasses. L’entrevue peut commencer.


Je ne me souviens plus si j’ai posé plus qu’une question. Tout y est passé. Des infirmières qui se brisent le dos à manipuler les alités, aux médecins incapables de défendre les accidentés du travail, aux gouvernements qui n’écoutent que les riches. Tout ça avec les trucs du fort en gueule mais aussi cette tendresse profonde pour les humains d’où naissait sa colère.


Un homme droit, sans concession qui agaçait l’éternel temporisateur que je suis. Parce qu’il nous ramène aux idéaux.


On les oublie trop souvent. Il était la pour les rappeler.

Merci camarade

3 commentaires:

É. a dit...

Yup. Amen.

nina a dit...
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blogue.
magoua a dit...

grand bonhomme en effet